Affiches sorties de film mercredi 9 juin 2021
Walt Disney Company France/ Le Pacte/ Shellac

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT

NOMADLAND ★★★★☆
De Chloé Zhao
L’essentiel
Après Les Chansons que mes frères m’ont apprises et The Rider, Chloé Zhao poursuit son exploration des invisibilisés du pays de l’Oncle Sam et pose un regard d'une humanité poignante sur cette Amérique des déclassés

Nomadland suit les traces de Fern, une sexagénaire qui, en l’espace de quelques mois, a tout perdu. Son mari Bo, victime d’un cancer et son boulot dans une usine d’une petite ville minière. Il ne lui reste plus en sa possession qu’un van, avec lequel elle va traverser les Etats- Unis, de parking en camping, au gré des petits boulots qu’elle arrivera à glaner ici et là mais aussi des rencontres qu’elle fera au fil des étapes avec ceux qui ont fait leur cette vie de nomade. A travers elle, à travers eux, Chloé Zhao plonge donc une nouvelle fois dans l’Amérique des laissés pour comptes. Comme toujours, elle évolue sur une ligne de crête extrêmement fine entre une naïveté assumée qui la pousse à préférer scruter la lumière au bout du tunnel plus que la noirceur violente du quotidien et cette part documentaire (en faisant notamment appel majoritairement à de vrais nomades pour camper ses personnages) qui inscrit son propos dans cette réalité rude. Depuis son premier film, Chloé Zhao revendique cette part de poésie que permet la fiction. Son cinéma ouvre grand les bras aux spectateurs, quitte à froisser les tenants d’une radicalité cinématographique. Et son actrice principale symbolise ce grand écart qu’elle exécute avec un naturel à chaque fois fascinant : Frances McDormand.

Thierry Cheze

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PREMIERE A ADORE
LE DISCOURS ★★★★☆
De Laurent Tirard

Après une salve de projets aux moyens imposants (du Petit Nicolas au Retour du héros), Laurent Tirard revient en mode unplugged en adaptant le livre de Fab Caro dont l’action se situe essentiellement dans la tête de son héros. Attablé à un dîner de famille, son esprit vagabonde ailleurs. Dans l’attente d’un SMS de sa copine qui a voulu faire une pause et dans l’angoisse de ce qui vient de lui demander le compagnon de sa sœur : faire un discours à leur mariage. Sur ce point de départ, Tirard tisse une variation génialement ludique autour de ces petites habitudes de la vie (en amour, en famille…) qui nous horripilent jusqu’au jour où on en devient nostalgique. Hilarant, Le Discours se révèle aussi, dans sa dernière ligne droite, étonnamment émouvant. Et ce tour de magie doit beaucoup à Benjamin Lavernhe. Un génie de la comédie capable de ruptures insensés avec un naturel qui lui donne toujours un coup d’avance.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A AIME
200 METRES ★★★☆☆
De Ameen Nayfeh

200 mètres, c'est la distance qui sépare Mustafa et sa femme, installée avec leurs trois enfants de l'autre côté de ce mur construit par Israël à partir de 2002. Et quand il doit s'y rendre, il faut montrer patte blanche et passer par le filtre des checkpoints. Un parcours du combattant qui relève de la mission impossible en absence des papiers requis. Soit précisément ce que Mustafa va devoir vivre ce matin où, apprenant que son fils a eu un accident, il découvre que sa carte d'identité périmée ne lui permet pas de le rejoindre. Une seule solution s'impose alors à lui : faire appel à des passeurs. Débute alors un road movie à la tension étouffante où chacun des clandestins embarqués dans ce périple de tous les dangers se méfie des autres, vus comme autant de possibles traîtres. Pour son premier long, Ameen Nayfeh fait preuve d'un sens du suspense insensé pour raconter une oppression quotidienne en poussant au bout la logique absurde de la situation de ce coin du monde où le mot paix semble rayé de la carte pour un long moment encore..

Thierry Cheze

 

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17 BLOCKS ★★★☆☆
De Davy Rothbart
C’était il y a 20 ans, un soir de 1999. Le journaliste Davy Rothbart passe devant un terrain de basket dans les rues de Washington, remarque deux frères de 15 et 9 ans en train d’y jouer, les aborde puis, de fil en aiguille, va se lier d’amitié avec eux et leur famille et offrir au plus jeune, une caméra quand il exprime son envie de devenir cinéaste. 17 blocks (la distance entre leur maison du Capitole) est le fruit de ce geste. Vingt années qui retracent des (rares) moments de joie et des tragédies vécus par cette famille afro- américaine, vues de l’intérieur et encapsulées par Rothbart en 95 minutes. Vingt années d’espoirs fracassés sur le mur impitoyable de la réalité mais jamais totalement éteints au cœur d’un quartier considéré comme le plus dangereux du pays. Vingt ans des dégâts causés directement ou indirectement par la petite délinquance, l’argent facile des trafics de drogue, la banalité de cette violence (aussi subie qu’alimentée) qui vous fait régulièrement perdre un frère, un fils, un ami. Tel un Boyhood en mode documentaire, 17 Blocks raconte cette Amérique des déclassés à travers deux générations d’une même famille, dont on devine vite qu’un ou plusieurs de ses membres auxquels on s’attache vont connaître un sort funeste. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, cette chronique aussi sociologique qu’intime vous serre le cœur et met des visages sur des statistiques. Avec empathie mais sans angélisme.

Thierry Cheze

 

THE LAST HILLBILLY ★★★☆☆
De Diane Sara Bouzgarrou
En 2013, Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe partent en vacances dans le Kentucky, cet Etat américain que le reste du pays voit comme Ploucland. Ils y rencontrent Brian qui leur ouvre les portes de ce monde à part.  Sept ans plus tard, Brian est le personnage central de leur premier long documentaire, sa voix accompagnant en off le portrait de sa famille. Sa mise en route, exigeante, ne tend pas la main aux spectateurs. Mais peu à peu, la richesse de ce personnage, la sublime BO et ce parti pris d’image au format carré qui casse les représentations stéréotypées des grands espaces US vous emporte, vous embarque, vous envoûte. Jusqu’à une dernière ligne droite bouleversante centrée sur les enfants de Brian, dont la puissance de vie contraste avec la flamme qui peu à peu s’éteint chez lui. Son monde tombe en ruines. Le leur est à construire. Ce voyage en terre méconnu vaut le détour.

Thierry Cheze

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VAURIEN ★★★☆☆
De Peter Dourountzis
Peter Dourountzis a de la suite dans les idées. D’abord parce que le personnage central de son premier long, Djé, était déjà celui de son court Errance en 1994 : un tueur en série inspiré de Guy Georges dont l’aspect affable cache un monstre sans foi ni loi. Mais aussi car, plus tôt encore, il avait travaillé au Samu social pour connaître en détails le quotidien d’un de ces squats où Djé s’installe au cœur de Limoges. Ce travail de longue haleine constitue le socle de Vaurien. Car cette part solidement documentée dans la description du quotidien de ce SDF squattant d’appart’ en appart’ aide à faire monter la pression, à garder au maximum le mystère autour de lui. Même si, dès la première scène, on est sous tension. Dans un train, Djé y aborde une jeune femme assise. Et sans jamais se départir de son sourire, se fait de plus en plus insistant puis flippant, au point de faire fuir de panique sa « proie ». C’est ainsi que Dourountzis ne cessera de raconter Djé : en insistant sur son charme, en fonctionnant par ellipses au moment de ses crimes. Et pour cela, il s’appuie sur un impressionnant Pierre Deladonchamps. Jamais même dans Les Chatouilles où il jouait un pédophile, un cinéaste n’avait à ce point saisi son ambivalence pour en faire le cœur d’un film. Face à lui, Ophélie Bau (Mektoub my love) prouve qu’elle ne sera pas l’actrice d’un seul metteur en scène dans un rôle de proie qui n’a aucune idée de qui est vraiment celui dont elle est tombée amoureuse. Alors certes, dans sa dernière ligne droite, Vaurien perd un peu en fludidité. Mais il révèle un auteur à suivre.

Thierry Cheze

LE PERE DE NAFI ★★★☆☆
De Mamadou Dia
On croit d’abord à un simple conflit familial. Nafi, l’Imam d’un village sénégalais refuse de marier sa fille au fils de son frère Tierno, candidat à la mairie et jaloux de lui. Or ce conflit dépasse ce seul cercle intime. L’opposition entre eux deux est d’abord une opposition sur leur vision de l’Islam. Eclairée et modérée chez Nafi. Radicale et prompte à tous les arrangements pour arriver au pouvoir chez Tierno. Sans comprendre qu’en cherchant le soutien d’Islamistes radicaux, il fait rentrer le loup dans la bergerie et sera écrasé par ces figures foncièrement sans foi, ni loi. Ce premier long raconte la montée en puissance de l’obscurantisme avec une finesse impressionnante, via un drame shakespearien où règne une bienveillance calme, une fois en un avenir radieux malgré les nuages noirs qui s’accumulent. Et la brutalité de ce qui s’y produit n’en est que plus saisissante. Un choc.

Thierry Cheze

UN PRINTEMPS A HONG-KONG ★★★☆☆
De Ray Yeung
Inspiré par Histoire orale des gays âgés à Hong Kong de Travis S.K. Kong réunissant 12 interviews de gays âgés entre 60 et 70 ans étant sortis ou encore dans le placard, Ray Yeung met en scène la rencontre impromptue dans une rue de Hong-Kong entre un chauffeur de taxi et un retraité. Tous deux ont construit leurs existences autour de leur famille mais soudain, comme dans tout coup de foudre, l’évidence surgit. Celle de vivre une histoire d’amour forcément cachée en rusant auprès de leurs proches. Une infinie délicatesse entoure chaque plan de ce long métrage, d’une sensibilité inouïe et incroyablement poignant dans sa manière de raconter une passion qu’on sent vouée à ne jamais se déployer tel que ces deux hommes voudraient qu’elle le soit.

Thierry Cheze

JULIANA ★★★☆☆
De Fernando Espinoza et Alejandro Legaspi
Dans les années 80, le collectif le Groupe Chaski s’est évertué à raconter, à travers le cinéma, les plus démunis et les plus marginaux de la société péruvienne. Dans ce film de 1989 (resté inédit en France), deux de ses membres s’intéressaient plus précisément à une ado de 13 ans qui, maltraitée par son beau- père, décide de fuir le domicile et se voit contrainte de se faire passer pour un garçon pour intégrer une bande, seule condition pour survivre dans la rue. En équilibre parfait entre fiction et documentaire, Juliana séduit par la maîtrise de mise en scène et son absence de pathos.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ
CONJURING : SOUS L’EMPRISE DU DIABLE ★★☆☆☆
De Michael Chaves

James Wan confie les clés de la franchise à Michael Chaves, avec qui il avait déjà travaillé sur La Malédiction de la Dame Blanche, pour prendre la place de producteur exécutif. Le film est inspiré par une histoire réelle - le procès d’Arne Cheyenne Johnson, en 1981 – et les deux enquêteurs, le couple Warren, font tout pour aider le jeune Arne accusé de meurtre. Suivant la volonté de Wan, Sous l’emprise du diable tient finalement tout autant voire plus du film d’enquête policière que du film d’horreur. Un choix plutôt judicieux tant Conjuring 3 peine à renouveler quoi que ce soit dans le genre et donne souvent une impression de déjà- vu. Reste son point fort, commun à tous les opus de la franchise : l’interprétation du tandem Vera Farmiga- Patrick Wilson

Inès Derbak

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L’OUBLI QUE NOUS SERONS ★★☆☆☆
De Fernando Trueba

Fernando Trueba (Belle époque) porte à l'écran son livre de chevet, le portrait - écrit par son fils comme une lettre d'amour - du docteur Héctor Abad Gomez. Un père de famille adoré de ses six enfants et un héros du quotidien colombien, médecin humaniste et engagé qui, faisant fi des menaces pesant sur lui dans la ville de Medellín, gangrénée par la violence des politiques et des narco-trafiquants dans les années 70 et 80, n'a jamais faibli dans sa lutte contre la misère. Le cinéaste encapsule vingt ans d'un combat quotidien où la mort plane à chaque instant en un peu plus de 120 minutes d'une réalisation hélas sans grand relief. Ce qui implique qu'il survole plus qu'il ne creuse le destin hors norme et passionnant de ce personnage. Voilà pourquoi son film nous laisse sur notre faim, en dépit de la composition éclairée du toujours impeccable Javier Cámara dans le rôle central.

Thierry Cheze

 

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