Affiches sorties de film mercredi 15 juin 2022
Diaphana/ Le Pacte/ Rezo Films

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
INCROYABLE MAIS VRAI ★☆☆☆☆

De Quentin Dupieux

L’essentiel

Quentin Dupieux réunit Léa Drucker et Alain Chabat dans une étrange maison. Mais la petite musique absurde de l’auteur de Mandibules tourne vite court.

Les films de Quentin Dupieux se basent sur des idées volontairement simples et frappantes qui, bien souvent, se suffisent à elles-mêmes. Tout est dans l’immédiateté du gag. La vie chez Dupieux n’est qu’un décor sur lequel vient se greffer une réalité recomposée. Dans cet Incroyable mais vrai, on sent toutefois poindre toutefois une volonté de se délester de cette dimension publicitaire, de mettre en sourdine l’ironie grinçante, pour toucher une corde sensible. C’est là que le bât blesse. Le concept du film repose cette fois sur le pouvoir d’une maison de projeter ses habitants dans une autre temporalité. Cette faille va, on s’en doute, dérégler les nouveaux propriétaires, Alain et Marie, surtout madame qui y voit la possibilité de remonter le temps et de redevenir jeune et … belle (elle se rêve désormais mannequin !). A ce versant sexiste, Dupieux adjoint un pendant masculin en la personne d’un voisin équipé d’un sexe numérique. En multipliant ainsi les possibilités de son idée-concept, Dupieux n’est soudain plus à la hauteur et l’aspect pseudo-cool de son cinéma se retrouve soudain mis à nu pour n’en révéler que la part grossière.

Thomas Baurez

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PREMIÈRE A AIME

FRATE ★★★☆☆

De Karole Rocher et Barbara Biancardini

Dans I comete, Pascal Tagnati racontait récemment le quotidien d’un petit coin de Corse en mêlant acteurs pros et habitants du cru. Le même principe est à l’œuvre avec ce premier long de Karole Rocher co- réalisé avec sa fille dans son village natal de Vezzani. Sauf qu’ici le terrain de jeu est celui de la comédie populaire - où on ne l’attend pas spontanément – bien plus casse- gueule que celui du cinéma d’auteur pointu car pouvant vite basculer dans le pittoresque caricatural. Tout le contraire de ce Fratè dans lequel, à la mort de son père, Dumè découvre l’existence d’un frère avec qui il devra partager l’héritage et qu’il va s’employer à dégoûter de l’île. Un buddy movie où Karole Rocher ose la farce. C’est brinquebalant parfois mais d’un charme fou, porté par la complicité entre deux comédiens aux styles différents et complémentaires : Samir Guesmi et Thomas N’Gijol.

Thierry Cheze

MON AMOUR ★★★☆☆

De David Teboul

Pour parler de soi, il faut parfois partir loin. Tel est le mantra de David Teboul dans ce documentaire. Teboul a aimé follement un homme, Frédéric Luzy, mort peu après leur rupture. Une disparation qui n’a depuis jamais censé de le hanter, rongé par la culpabilité de ne pas avoir su le sauver. Le point de départ de ce documentaire et d’un voyage – au sens propre comme figuré – pour tenter de faire un deuil a priori impossible dans un double geste. D’un côté, il remonte le fil de cette histoire d’amour tumultueuse par des images qu’il accompagne de sa voix pleine d’imperfections, en bafouillant, donnant à cette logorrhée une vérité qu’on ressent physiquement. De l’autre, un voyage en Sibérie où de village en village, il recueille les confidences de leurs habitants sur la manière dont ils vivent leurs histoires d’amour souvent au long cours, dans ces lieux si rudes et spartiates. Par ce double mouvement en apparence artificiel, Teboul fait de son histoire intime un récit universel sur la passion amoureuse et la difficulté de s’en relever quand le mot fin apparaît.

Thierry Cheze

LOVING HIGHSMITH ★★★☆☆

De Eva Vitija

Eva Vitija dresse avec ce documentaire le portrait de l'américaine Patricia Highsmith, disparue le 4 février 1995 à 74 ans, et autrice de nombreux ouvrages adaptés sur grand écran, de L'Inconnu du Nord- Express (par Alfred Hitchcock) à sa série Tom Ripley (Plein soleil de René Clément, L'Ami américain de Wim Wenders, Le Talentueux  Mr Ripley d'Anthony Minghella...) en passant par Eaux profondes (porté à l'écran par Michel Deville puis voilà peu par Adrian Lyne), Le Cri du hibou (réalisé par Claude Chabrol) et bien entendu Carol, livre qu'elle a d'abord écrit sous le pseudo de Claire Morgan (car parler d'une histoire d'amour entre deux femmes qui ne se terminait pas par une tragédie était plus que mal vu en 1952) avant de l'assumer totalement. Et Loving Highsmith entreprend de raconter l'autrice précisément à travers le lien entre sa vie privée et son oeuvre, mêlant lectures en voix- off de ses journaux intimes, interviews d'époque, témoignages de celles qui l'ont connue - amantes, amis ou membres de la famille - et extraits de films tirés de ses oeuvres. Et ce patchwork se révèle aussi réussi formellement que par l'éclairage - intime mais jamais voyeuriste - qu'il apporte sur cette femme qui, dès son plus jeune âge, a dû cacher son homosexualité pour ne pas déplaire à sa mère qui lui reprochait ses tenues trop masculines et avec qui elle entretenait un rapport pour le moins complexe.

Thierry Cheze

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BOUM BOUM ★★★☆☆

De Laurie Lassalle

On aurait pu croire le sujet essoré par des dizaines de reportages et des centaines d’heures de débat sur mes chaînes d’info. Mais les Gilets Jaunes inspirent aux cinéastes documentaristes des œuvres passionnantes. Quelques semaines après le remarquable Un peuple d’Emmanuel Gras, Laurie Lassalle revisite ce mouvement par un prisme inattendu, y compris pour elle. Celui de la naissance de son coup de foudre pour un des manifestants et d’une histoire d’amour qui va donc se déployer sous nos yeux au fil des samedis de lutte. Laurie Lassalle possède ce talent de savoir partager l’intime sans basculer dans l’exhibitionnisme. Et son Boum Boum devient un film sur l’engagement au double sens du terme, politique et amoureux, avec les mêmes certitudes et emballements qui se transforment si souvent en doutes et désillusions. Une pépite.

Thierry Cheze

JE TREMBLE Ô MATADOR ★★★☆☆

De Rodrigo Sepulveda

Rodrigo Sepulveda (Aurora) adapte le roman de Pedro Lemebel. On est au Chili, en 1986, sous la dictature de Pinochet, mais le cinéaste s’émancipe du bouquin en délaissant la figure du général pour se focaliser uniquement sur un duo d'outsiders, réunis par le destin : un travesti sur le déclin (Alfredo Castro) et un révolutionnaire idéaliste (Leonardo Ortizgris), engagés dans une opération clandestine. Naît entre ces deux-là une romance slow burn qui n’en est pas vraiment une, sublimée par la photo vintage et les couleurs saturées de Sergio Armstrong (chef op régulier de Pablo Larrain). Bête de jeu, Castro épate avec trois fois rien, tout en longs silences et regards fuyants. Très beau, même si l’obstination de Sepulveda à dépolitiser son film l’empêche d’accéder à un niveau supérieur.

François Léger

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

AU- DELA DES SOMMETS ★★☆☆☆

De Renan Ozturk et Freddie Wilkinson

Il y a au départ de ce documentaire un sujet en or. Il s’agit, peu ou prou, de partir d’une image photographique pour se projeter littéralement dedans. C’est en tout cas le projet des trois jeunes alpinistes fascinés par le travail de Bradford Washburn, le premier à capturer sur pellicule dès la fin des années 20, la majesté les sommets de l’Alaska. Les trois amis alpinistes aguerris tentent aujourd’hui l’ascension périlleuse du Moose’s Tooth. Le film montre les préparatifs, les retournements de situations, met en perspective les enjeux, pour enfin nous confronter à la montagne. Malheureusement la structure trop plan-plan du récit empêche la transcendance. Et la « traversée » promise ne se réalise pas vraiment. Reste un carnet de voyage intéressant pour les férus d’alpinisme.

Thomas Baurez

DEMAIN, JE TRAVERSE ★★☆☆☆

De Sepideh Farsi.

Une garde-frontière grecque et un clandestin syrien s'aiment entre leurs deux mondes. Tout comme les deux trajectoires de ces star-crossed lovers, le film tente courageusement de croiser deux idées de cinéma, l'une âprement réaliste et l'autre joliment mythologique. Et ça ne marche pas vraiment. Ce beau moment, placé au début du film, où un passeur place deux pièces sur les yeux du héros réfugié avant qu'il ne tente de franchir illégalement la mer nocturne, reste sans suite. Trop gris (la photo pseudo-Greengrass), trop fouillis, trop « auteur » (des poèmes en voix off sur des plans d'oiseaux dans le ciel), Demain, je traverse ne parvient ni à élever le fait de société au rang de mythe ni à raconter quelque chose de suffisamment fort sur notre présent. Le couple formé par Marisha Triantafyllidou (excellente en femme flic cherchant la liberté malgré le poids des normes et des hommes) et Hanna Issa reste cependant très beau.

Sylvestre Picard

LE PRINCE ★★☆☆☆

De Lisa Bierwirth

Produit par Maren Ade (Toni Erdmann), ce premier long raconte un choc culturel romantique. Un coup de foudre entre deux personnalités aux antipodes, une galeriste de Francfort et un diamantaire congolais en attente de régulation, dont les combines le font passer régulièrement par la case prison. S’aimer en dépit des réticences de leurs entourages respectifs ? Monika (Ursula Strauss, magnétique) et Joseph (le chanteur Passi, convaincant dans son premier grand rôle) ont beau n’avoir aucun doute sur leur capacité d’y parvenir, la méfiance – née de leur rapport différent au monde – mettra à mal la passion qui les unit. Lisa Bierwirth montre un talent évident dans l’écriture de personnages riches en contradictions et de situations n’enfonçant jamais les portes ouvertes mais en étirant quelque peu artificiellement son récit sur plus de deux, elle en abime hélas la tension.

Thierry Cheze

JE T’AIME, FILME- MOI ! ★★☆☆☆

De Alexandre Messina

C'est quoi l'amour ?, s'interrogeait-on de 2000 à 2013 sur TF1, dans l'émission de la philosophe (Carole) Rousseau. Ce film ne prétend pas y répondre, mais tente au moins d'apporter quelques pistes de réflexion. Compliqué à résumer : il s'agit d'un mélange de comédie à l'italienne (Christophe Salengro et Michel Cremades sur les routes de France) et de vraies déclarations d'amour de quidams ou de célébrités (Pierre Richard, Lâam, Thomas Dutronc...), livrées directement à leurs destinataires. Un composé où le vrai et le faux se marient dans une grande soupe joyeusement anarchique. C'est parfois limite indigeste, mais ça vous cueille quand vous vous y attendez le moins. Avec l'émotion de retrouver la grâce pudique du géant Salengro, disparu en 2018. Beaux adieux pour le président du Groland. Banzaï !

François Léger

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

SWEAT ★☆☆☆☆

De Magnus von Horn

« Tout le monde l’adore. Personne ne l’aime », dit la tagline sur l’affiche, pour résumer la situation. Sylwia est une coach sportive jeune, blonde, belle, athlétique, une influenceuse très populaire suivie par 600 000 abonnés. Mais quand vient le soir, et qu’elle éteint son smartphone, elle n’a plus personne à qui parler… Porté par l’énergie de l’actrice Magdalena Kolesnik, le début de Sweat intrigue, mais le film finit par s’égarer dans des scènes trop longues, nébuleuses, donnant une impression d’improvisation, où l’exhibitionnisme de Sylwia est mis en parallèle avec celui d’un harceleur qui se masturbe dans une voiture garée en bas de chez elle. Tout à son discours sur les réseaux sociaux, tour à tour décrits comme oppressants et libérateurs, Magnus von Horn ne parvient pas à trouver la clé émotionnelle qui nous permettrait de compatir à la détresse existentielle de son héroïne.

Frédéric Foubert

LE CHEMIN DU BONHEUR ★☆☆☆☆

De Nicolas Steil.

Il est des vies trop hors normes pour supporter d’être enfermées dans une fiction. Comme celle d’Henri Roanne-Rosenblatt, que Nicolas Steil (Réfractaire) entreprend de raconter en portant à l’écran le récit romancé que ce dernier en avait fait dans son livre « Le Cinéma de Saül Birnbaum ». L’histoire d’un gamin juif autrichien sauvé de la Shoah car caché pendant la guerre dans une famille bruxelloise et dont la résilience s’est construite sur son amour fou pour le cinéma. Simon Abkarian possède la faconde pour incarner ce personnage tonitruant, propriétaire d’un delicatessen dédié au septième art dont la rencontre avec une femme va le replonger dans des affres du passé. Mais l’enthousiasme de Steil à raconter cette histoire se retourne contre lui : son film finit par étouffer de ces clins d’œil cinéphile, de ses déclarations d’amour exaltées au cinéma qui ne laissent jamais la place au spectateur de s’emparer de ce récit. De belles intentions mal récompensées.

Thierry Cheze

 

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