Les films de David Fincher classes du pire au meilleur
Fox/Metropolitan Filmexport/Sony

Alors que Mank vient d’arriver sur Netflix et que The Game ressort dans un blu-ray collector, voici le classement des longs-métrages de David Fincher selon Première.

11 - The Game (1997)
Il y a tant de choses à admirer dans The Game : la magnifique photo chromée de Harris Savides, la puissance minérale de Michael Douglas dans le dernier grand rôle de son âge d’or, l’indéniable frisson d’excitation quand la machine du "game" s’emballe, les fils psychanalitico-cinéphiles qu’y entremêlent David Fincher autour du rapport au père, à San Francisco et à Citizen Kane… Mais par n’importe quel bout qu’on prenne ce film, on en revient toujours au même problème : ce "twist" nul (on ne disait pas encore "déceptif" à l’époque) qui fait s’effondrer le château de cartes méticuleusement mis en place. Un ratage. Somptueux, certes, mais un ratage quand même.

The Game
Universal

 

10 - Alien 3 (1992)
"Personne ne déteste Alien 3 autant que moi", a l’habitude de répéter Fincher, qui l’a désavoué et ne le considère donc même pas comme partie intégrante de sa filmo. Le film est en effet bancal, sans jus, un nombre considérable de scènes et de plot holes y témoignent du bordel qui régnait en coulisses, et il est bien sûr conseillé de ne pas le comparer aux deux mastodontes de cinéma qui l’avaient précédé…. Pourtant, les motifs et fixettes fincheriens sont déjà là, bien en place (les prisons labyrinthiques, la menace du viol, l’esthétique no future, la tentation du suicide), et le crâne rasé de Ripley a une incontestable puissance iconique. Mince alors, c’est vrai, on n’arrive pas à détester ce film autant que David Fincher…

Alien 3
Fox

 

9 - Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes (2011)
Lisbeth Salander ressuscite dans un fracas de sang, de sueur, de flammes et de métal en fusion. Le contraste entre la patine visuelle aveuglante du film et les ténèbres humains qu’il dépeint produit un choc thermique foudroyant. Mais Fincher, après Seven et Zodiac, donnait quand même ici l’impression de reculer d’une case dans le registre du thriller, en respectant trop scrupuleusement les rebondissements clichés de l’intrigue de Stieg Larsson (franchement, on devine tout de suite qui est le coupable, non ?) Il inaugurait aussi, juste avant House of Cards et le projet Utopia, sa période "remakes" – pas sa plus intéressante. Et le fait que ce Millénium soit resté sans suite (celle signée Fede Alvarez avec Claire Foy ne compte pas vraiment) contribue à en faire un bel objet un peu vain.

Millenium
Sony

 

8 - Mank (2020)
Un drôle d’animal, ce Mank… Film "à la manière des années 30" mais totalement trafiqué numériquement, archéologie des fake news elle-même un peu fake, crime de lèse-Orson Welles ourdi par un cinéaste wonderboy… Le film enchaîne les scènes brillantes (le flirt nocturne avec Marion Davies, la confrontation finale dans le manoir de Hearst…) mais, comme empêtré dans ses contradictions, peine à former un tout cohérent. Reste cette interrogation : pourra-t-on revoir Citizen Kane comme avant ? Ou Mank s’incrustera-t-il désormais subliminalement dans le chef-d’œuvre de Welles, comme une image terroriste dégoupillée par Tyler Durden ? Dans le futur, on le jugera aussi à cette aune-là.

Mank
Netflix

 

7 - Panic Room (2002)
Souvent balayé d’un revers de la main à cause de ses allures mineures de thriller du samedi soir, Panic Room est aussi un gros manifeste fincherien, autant technique que théorique, une hallucinante leçon de mise en scène hi-tech et post-hitchcockienne. Fincher a l’habitude de séparer les titres de sa filmographie entre « films » (investis, personnels, donnant à penser) et « movies » (juste pour le fun). Panic Room n’est peut-être qu’un movie. Mais quand même un sacré bon movie, non ?

Panic Room
Sony

 

6 - Gone Girl (2014)
Le plus retors de tous. Difficile de nier son importance au sein du corpus fincherien. Le réalisateur s’empare d’un thriller sociologisant de Gillian Flynn pour reformuler sa vision du monde et sculpter un bloc d’ironie sur l’enfer du mariage, la mort de l’amour et le triomphe des "apparences". Sauf que l’ironie du film elle-même paraît complètement factice… Alors, preuve du génie manipulateur de son auteur ou flagrant délit de cynisme ? Qu’on l’aime ou qu’on le déteste (et encore plus quand on le déteste), le vrai feel-bad movie de Fincher, c’est lui.

Gone Girl
Fox

 

5 - L’Etrange Histoire de Benjamin Button (2008)
David Fincher sur les terres de Forrest Gump. A priori le moins fincherien des Fincher, mais peut-être au fond, qui sait, son plus intime – hanté en tout cas, comme Mank et Zodiac, par le fantôme du père. Trop long ? Trop kitsch ? Cette traversée du 20ème siècle ravive pourtant une tradition de cinéma magnifique – celle du romantisme fantastique façon L’aventure de Madame Muir – et se distingue par sa capacité à utiliser ses effets spéciaux révolutionnaires de façon totalement chialante – l’émotion ressentie quand on a vu Brad Pitt émerger de la pénombre avec sa tête période Thelma et Louise reste inoubliable. Serait encore plus haut dans un classement "Brad Pitt du pire au meilleur".

Benjamin Button
Warner

 

4 - Seven (1995)
Attention, on franchit ici un palier pour aborder le carré d’as de David Fincher. Le quatuor des chefs-d’œuvre. Celui-ci, Seven, on ne l’imaginait pas forcément passer l’épreuve du temps. Pillée, pompée, "hommagée" partout, son esthétique ocre et craspec avait tellement envahi l’imaginaire de la fin du XXème siècle que son auteur lui-même dut en concevoir l’antithèse (Zodiac) pour mieux tourner la page. Et pourtant, à chaque fois qu’on le revoit, le pied qu’on prend est toujours aussi monstrueux. Seven n’est plus un film-phénomène, un réservoir à visions sensationnalistes. Juste un immense classique du polar US.

Seven
Metropolitan Filmexport

 

3 - The Social Network (2010)
Deux heures (montre en main) de bla-bla autour de Facebook qui virent sans crier gare au chef-d’œuvre mélancolique sur les amours déçues, les amitiés trahies et les egos toxiques. Succès public et critique, pénétration instantanée du zeitgeist, Oscars à la clé… Oui, parfois, les planètes s’alignent. En un film, Fincher réussissait à signer à la fois un instantané de l’époque, une matrice esthétique décisive pour la décennie à venir et un classique américain intemporel. « Le Citizen Kane des films de John Hughes » ? C’est Fincher lui-même qui le dit et on n’a pas trouvé mieux.

The Social Network
Sony

 

2 - Fight Club (1999)
Comme Seven, Fight Club semblait lui aussi condamné à vieillir à vue d’œil, voire à disparaître dans les décombres du World Trade Center – dont il prophétisait l’anéantissement. Mais cette comédie anar déguisée en brûlot punkoïde (ou était-ce l’inverse ?), l’Orange Mécanique de la génération X, défonce en réalité toujours aussi bien aujourd’hui. Il faut dire qu’en terme de flippe millénariste, de consumérisme débilitant et d’angoisse somnambule, l’époque se pose là… Derrière le sale gosse Fincher, le clippeur survolté, le fabricant d’images prétendument décérébré, se cachait donc bien un cinéaste visionnaire. Plus personne n’en doute désormais mais c’est toujours bon de le rappeler.

Fight Club
Fox

 

1 - Zodiac (2007)
Après cinq ans de silence, Fincher revenait avec ce film géant, massif, étourdissant, qui semblait vouloir non seulement rebooter sa propre imagerie de prince des ténèbres mais aussi, tant qu’à faire, remettre à lui tout seul les compteurs du cinéma américain à zéro. Le travail pionnier sur la HD, la prise en compte de l’héritage des 70’s (une référence qui n’était pas alors l’insupportable tarte à la crème qu’elle est devenue aujourd’hui), et l’affirmation du cinéma comme un impitoyable et vertigineux bréviaire du comportement humain… Difficile de faire plus fincherien. Et assez rare de voir plus génial.

Zodiac
Warner Bros