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France 2 diffuse cette après-midi le plus gros succès de Jean Yanne réalisateur. Retour sur la fabrication animée de cette farce burlesque dopée aux anachronismes.

Le retour d’exil de Jean Yanne

Entamée en fanfare dans la première partie des années 70 (les 4 millions d’entrées de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, les 2,5 millions de Moi y en a vouloir des sous), la carrière de cinéaste de Jean Yanne a patiné dans la seconde avec les scores décevants de Chobizenesse et Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Il a même choisi de quitter la France pour les Etats- Unis pour étudier l’art et la littérature à UCLA mais aussi fuir quelques soucis fiscaux. Et ce jusqu’en 1981, où il croise Claude Berri venu à Los Angeles assister à la cérémonie des Oscars. Ce dernier, sous contrat avec Coluche pour 4 films, lui demande s’il n’aurait pas une idée en tête dont le comédien pourrait tenir la vedette. Cet échange fait tilt dans la tête de Yanne qui avait réfléchi quelques mois plus tôt à une chronique de la civilisation romaine traversée par de nombreux anachronismes. Claude Berri dit banco. Deux heures moins le quart avant Jésus Christ naît de cet échange. Jean Yanne rentre en France.

L’apport décisif de Tarak Ben Ammar

Jean Yanne voit grand pour le film de son retour et imagine entourer Coluche d’un casting international mêlant Ugo Tognazzi, Alberto Sordi ou encore le Telly Savalas de Kojak. Mais la distribution sera finalement 100% française avec Michel Serrault, André Pousse, Michel Constantin, Darry Cowl, Françoise Fabian, Michel Constantin, Paul Préboist et en guests deux stars du petit écran Léon Zitrone et Yves Mourousi. Jean Yanne ne souhaite pas pour autant réduire la voilure de ses ambitions. Pour lui, cette farce ne peut fonctionner qu’avec le faste du peplum à l’écran. Et un jeune producteur va lui permettre de réaliser ses rêves : Tarak Ben Ammar. Neveu du président tunisien Habib Bourguiba, il a débuté sa carrière une poignée d’années plus tôt en co-produisant notamment La Traviata de Franco Zeffirelli et en accueillant dans ses studios au sud de Tunis le tournage de plusieurs grosses productions hollywoodiennes comme La Guerre des étoiles et Les Aventuriers de l’arche perdue. Ben Ammar propose à Yanne de s’associer à la production en lui ouvrant les portes des infrastructures fastueuses de ses studios et en s’occupant de construire les décors et de réunir la fpule de figurants… indispensables à son projet sans que son budget n'explose en plein vol. Le deal est conclu. Le tournage de Deux heures moins le quart avant Jésus- Christ peut alors commencer.

Les rapports tendus entre Coluche et Jean Yanne

A l’écran, Coluche campe Marcel Ben Hur, mix du héros du roman de Lewis Wallace et d’Etienne Marcel, prévôt très réformateur des marchands de Paris sous le règne de Jean Le Bon. Mais sur le plateau, l’ambiance va vite tourner vinaigre entre lui et son partenaire- réalisateur. Coluche aurait en effet eu la mauvaise idée d’injurier Jacques Martin, l’un des meilleurs amis de Yanne, prévu au casting avant, pour des pépins de santé, de céder sa place à Léon Zitrone. Yanne ne le pardonne pas à Coluche et les accrochages se multiplient entre les deux hommes. Michel Serrault arrive tant bien que mal à éviter qu’ils en viennent aux mains. Mais Coluche et Jean Yanne n’échangeront plus un mot jusqu’à l’ultime clap. La rencontre avec des forts tempéraments ne pouvait que faire des étincelles

A deux doigts de l’incident diplomatique

Le sens de la provocation et de l’irrévérence de Jean Yanne n’a rien perdu de sa force au fil des années. Après avoir fait son sort à la religion catholique avec la Radio Dieu de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, il va se faire un malin plaisir de titiller la religion officielle et majoritaire en Tunisie : l’Islam. Fêtes très alcoolisées, défilé de jeunes femmes peu vêtues sur son plateau, voisin de lieux de culte… L’acteur- réalisateur se fait fort de franchir allègrement les lignes, provoquant la fureur de Tarek Ben Ammar qui déplorera cette attitude dans la presse. Là aussi, entre les deux hommes, la rupture sera consommée.

Un montage renié, suivi par un triomphe… romain

Les intempéries et d’inévitables retards pris dans la construction des nombreux et fastueux décors ont vite entraîné Deux heures moins le quart avant Jésus- Christ dans une course contre la montre quasiment perdue d’avance, alors que sa date de sortie avait été fixée bien en amont et sans possibilité de changement au 6 octobre 1982. Pressé par le temps, Jean Yanne réussit quand même à finir son montage dans les temps. Mais ses producteurs, mécontents de cette version de deux heures, trop longue à leurs yeux, lui demandent de la réduire de 20 minutes. Yanne refuse et claque la porte. Hervé de Luze, le monteur de Tess, finit donc en solitaire un travail que Yanne ne découvrira… qu’en salles ! Malgré ce couac et en dépit d’une critique massivement négative, Deux heures moins le quart avant Jésus- Christ deviendra pourtant le plus gros succès de sa carrière de cinéaste avec 4,6 millions d’entrées. Seuls L’As des as et E.T. feront mieux cette année- là ! Jean Yanne essaiera de rejouer la carte de l’anachronisme mais en pleine Révolution Française cette fois avec Liberté, égalité, choucroute, en 1985. Mais cette fois- ci, le plébiscite public le fuira et il ne reviendra plus derrière la caméra.

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