Tahar Rahim et Jodie Foster dans Désigné Coupable
Metropolitan Film Export

L’actrice vient de remporter un Golden Globe pour son rôle dans Désigné Coupable.

Près de 30 ans après son prix pour Le Silence des Agneaux, Jodie Foster a remporté son troisième Golden Globe, cette fois dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle pour sa performance dans Désigné Coupable (The Mauritanian en VO). Un trophée mérité, arraché face à un concurrence féroce (Olivia Colman, Glenn Glose, Amanda Seyfried…) et qui vient récompenser les choix de carrière de la réalisatrice et comédienne, qui n’accepte depuis quelques années que les projets qui lui tiennent vraiment à coeur. 

Comme Jodie Foster nous l’expliquait dans le numéro de février de Première (toujours disponible sur notre boutique en ligne), si elle a dit oui au film de Kevin Macdonald c’est pour la "personnalité fascinante" de l’avocate Nancy Hollander, qu’elle incarne dans le film, mais aussi pour l’histoire de Mohamedou Ould Slahi (Tahar Rahim, également nommé aux Golden Globes), un écrivain mauritanien qui a été détenu pendant 14 ans à Guantanamo. 

Dans cet extrait de l’entretien, elle nous confie notamment que le personnage de Nancy devait au départ avoir plus d’importance, mais qu'elle a personnellement insisté pour que ce soit bien celui de Mohamedou qui soit au centre du récit. 

Jodie Foster : pourquoi elle se fait plus rare en tant qu'actrice

PREMIÈRE : C’est la première fois que vous incarnez une personne réelle. Ça change quelque chose dans votre travail de comédienne ?

La responsabilité que cela implique explique sans doute pourquoi je ne l’avais jamais fait jusque-là. En tant que comédienne, je n’aime rien tant qu’inventer, changer des choses par rapport à ce qui est écrit dans le scénario pour que mon personnage serve au mieux l’histoire. Or, quand on joue quelqu’un qui existe, on n’en a pas le droit. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai ici car Nancy n’étant pas une personnalité connue du grand public, j’ai un peu modifié son caractère pour que cela serve l’histoire. Dans la vie, elle est à mille lieues de la méchanceté et de l’impolitesse que je joue mais j’y tenais pour qu’à l’écran on puisse voir comment elle évolue au contact de Mohamedou.

Comment a-t-elle réagi ?

Elle a tout de suite été d’accord. Mais ce n’est pas le seul changement que j’ai demandé. Dans le scénario initial, Nancy occupait plus de place. Et j’ai vraiment insisté pour que sa présence soie réduite et que, comme tous les autres personnages, elle soit au service de Mohamedou et de son message. C’était mieux pour le projet. C’est le premier grand film américain avec un visage arabe en tête d’affiche quand, chez nous, ces personnages sont souvent invisibles ou caricaturés.

Avec Désigné coupable, le lien que vous entretenez avec le cinéma français se poursuit grâce à votre collaboration avec Tahar Rahim...

Quand j’ai su que Tahar allait incarner Mohamedou, j’ai littéralement sauté de joie : Un prophète est un film majeur. Sur le plateau, Shailene [Woodley] et moi savourions chaque instant l’honneur d’être dans la même pièce que Tahar pendant ses scènes. C’est ce qui me plaît le plus dans ce métier d’acteur : être témoin et soutien de telles performances.

Propos recueillis par Thierry Chèze