SACRÉES SORCIÈRES
Warner Bros

Pas sorti au cinéma en France, Sacrées sorcières arrive sur Canal +, ce vendredi.

Sans révolution à mener, Zemeckis, l’inventeur fou de Hollywood, le virtuose du jamais-vu, exécute cette adaptation d’un des grands classiques de Roald Dahl en pilotage automatique. On l’a connu plus inspiré.

Dernièrement Robert Zemeckis a pris le temps de s’offrir un méga bide : un faux drame à Oscars avec Steve Carell, un projet très cher et très high-tech, hautement testamentaire et complètement suicidaire. Bienvenue à Marwen est sorti en 2018, et il y était question d’un artiste dépressif qui se rêvait en caïd d’un gang de poupées sexy. Un autoportrait fracassé, tordu, grivois mais sublime : délibérément conçu pour la postérité. Ce film, il fallait le faire avant de quitter la scène, et tant pis si personne n’a aimé. En attendant la réhabilitation, ne restait donc plus pour son auteur que la retraite ou le pardon. En réalisant Sacrées Sorcières, il a finalement choisi les deux. C’est à la fois un film de papy gâteau et une exécution sans trop de débordements vis-à-vis du cahier des charges – celui qu’on vous impose lorsque vous acceptez d’adapter un best-seller de Roald Dahl avec lequel trois générations de spectateurs ont grandi. Il y est question d’un jeune garçon endeuillé qui va tomber nez à nez avec un rassemblement de sorcières, toutes très unies dans leur haine des moins de 10 ans. Les plus attentifs remarqueront que c’est la deuxième fois de suite que le cinéaste met en scène des hommes-enfants aux prises avec un groupe de femmes fortes qui vont le révéler à luimême, et on a du mal à y voir une simple coïncidence.

Bienvenue à Marwen : un petit Zemeckis [Critique]

PRINCIPE POÉTIQUE. Au-delà de toute dérive psy, Sacrées Sorcières est surtout un film pour enfants réalisé par un vieux monsieur qui a passé sa carrière à vouloir les effrayer (notamment avec sa série Les Contes de la crypte), et qui va enchaîner bientôt avec un Pinocchio pour Disney. C’est presque un événement, car le cinéaste avait abandonné ce registre depuis 2004 et Le Pôle Express où il se réinventait en prophète de la motion capture et en pionnier du cinéma du futur. On y voyait un préado un peu éteint et en proie au doute face à « la magie de Noël ». L’idée était de raconter sa reconnexion au réel par le truchement d’une créature fantasmagorique, en l’occurrence Santa Claus. Sacrées Sorcières est construit sur ce même principe poétique. On suit cette fois un petit garçon plongé d’un coup dans les ténèbres et le mutisme après la mort de ses parents dans un accident de voiture (sublime plan séquence statique et virtuose qu’on croirait sorti d’un grand Shyamalan). S’ensuit une thérapie gorgée de tubes 60s menée dans la maison de sa mamie où Zemeckis expose une sensibilité mélo très premier degré, qu’on ne lui connaissait pas. Ce premier acte est ce que le film a de mieux à offrir, d’autant qu’il se conclut par l’arrivée de créatures maléfiques qui font soudainement basculer le récit d’apprentissage vers l’allégorie, l’épouvante et même la satire politique. Au moment où les sorcières engagent un grand sabbat dans la salle des fêtes d’un palace et que le jeune héros se fait transformer en souris, le film est même à deux doigts de la surchauffe, pas loin de l’horreur pure et du petit doigt adressé à l’industrie. Il se ravise immédiatement et choisit de jouer la carte du film cartoon : ce sera une longue course-poursuite à échelle réduite.

SAVOIR-FAIRE. Le problème est que ce cette fois, Zemeckis n’a aucune révolution visuelle à mener (c’est son film le plus faiblard techniquement depuis très longtemps) et pour un cinéaste qui a toujours carburé au jamais-vu, il s’agit forcément d’un problème majeur, d’un coup pour rien. De fait, le grand huit toussote et révèle que son auteur ne peut se mettre qu’au service de la démesure, de l’inouï, du subjuguant. Demandez-lui de réinventer une méthodologie vieille d’un siècle et il partira au combat la fleur au fusil. Proposez-lui de s’en tenir à son seul savoir-faire et vous le trouverez aussi démuni qu’un petit garçon face à une jolie sorcière.


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