Moonfall
Metropolitan Film Export

Notre avis sur le nouveau film-catastrophe de Roland Emmerich, avec Halle Berry, Patrick Wilson et la Lune qui menace de nous percuter.

Là, comme ça, quel était le meilleur moment d’Independence Day : Resurgence ? Ce n’est pas une question venue de nulle part, puisqu’une nouvelle œuvre de Roland Emmerich sort aujourd’hui en salles. Et donc, si vous attendez la réponse à la question, et bien, il s’agissait sûrement (puisqu’il s’agit aussi de notre seul souvenir du film, ça doit être vrai) de ce moment où la titanesque reine alien pourchasse les héros dans le désert. Pas un triomphe de design, mais un véritable triomphe d’échelle : on ressentait la présence colossale de la bestiole, son gigantisme, sa présence dans le plan… A ce moment, on sentait que Roland Emmerich avait parfaitement réussi son objectif de cinéma : provoquer, ne serait-ce qu’un instant, un sincère ébahissement. Cet ébahissement-là, Moonfall ne parvient qu’à l’effleurer, malgré son sujet qui le conjure de tous ses vœux : la Lune quitte son orbite et va se fracasser sur la Terre. Le début du film est prometteur. Une mission spatiale se fait attaquer par une colonne de matière noire, intelligente et menaçante, surgie de la Lune… C’est l’occasion justement d’un beau jeu d’échelle, avec cette explosion lunaire que l’on aperçoit sur le reflet du casque d’un astronaute. Ensuite, dix ans plus tard, les anciens astronautes de cette mission (Halle Berry et Patrick Wilson) doivent sauver la Terre de la chute de la Lune avec l’aide d’un pseudo-scientifique. Un programme que l’on qualifierait de "classique et sans surprise", mais qui fonctionne très bien dans sa première partie, tant que le film se borne à suivre le compte à rebours d’un film-catastrophe visant l’excitation, le plaisir, l’ébahissement. La vision du globe lunaire de plus en plus gigantesque dans le ciel californien, un raz-de-marée provoqué par une poussée de gravité, la sensation inexorable de la destruction totale… Cela, ça fonctionne complètement tant que la trajectoire du film veut être celle d’un spectaculaire blockbuster -à l’échelle de ses ambitions, donc.

Tout cela s’effondre peu à peu lors du dernier tiers du film, qui précipite Moonfall dans le domaine de la science-fiction la plus délirante, en expliquant la vraie nature de la Lune, et refaisant au passage sur des millénaires l’histoire de l’humanité au dépit du bon sens cinématographique (et en pillant aussi bien le final de 2001, L’Odyssée de l’espace que de Mission to Mars, il fallait le faire). Comme s’il sortait de son orbite, de la trajectoire plaisante qu’il avait esquissé au démarrage, le film-catastrophe se divise de fait en deux arcs narratifs imbriqués : l’un au sol, suivant une bande de survivants cherchant à échapper à la chute de la Lune, et l’autre en l’air, qui devient une odyssée galactique métaphysique. L’aventure terrestre est trop mollassonne et celle dans l’espace est trop absurde. La combinaison des deux ne fonctionne pas vraiment : Moonfall souffre en somme d’un problème d’échelle.

Pas que d’échelle, en fait. Le vrai héros du film, K.C. (le sympathique John Bradley, vu dans Game of Thrones), expert en "mégastructures" affirmant que la Lune est un artefact alien, a raison contre les scientifiques de la NASA et contre tout l’establishment qui le considère comme un cinglé. C’est un tel cliché que ça finirait presque par ne plus se voir, mais en réalité -surtout en ces temps d’inquiétante défiance à l’encontre des corps scientifiques- ça commence à très bien se voir. Et c’est habituel chez Emmerich, qui trouve la plupart de ses sujets dans les rayonnages de la pseudo-science, de son excellent Stargate (les aliens ont bâti les pyramides) à son moins excellent 2012 (le calendrier maya a raison sur la fin du monde) en passant par Anonymous qui disait que Shakespeare n’était pas l’auteur de ses pièces. Pourquoi s’être ainsi compliqué la tâche alors qu’il suffisait de nous faire tomber le ciel sur la tête ? Peut-être parce qu’Emmerich trouve ça paradoxalement trop facile. A quand un film-catastrophe où les héros sont de vrais scientifiques, et doivent d’abord lutter contre les charlatans médiatiques ? Ah, on nous dit dans l’oreillette que Don’t Look Up vient d’être nommé à l’Oscar du Meilleur film et du Meilleur scénario. Comme quoi !