Iron Man 2
Marvel Studio

Chadwick Boseman aurait pu jouer Drax, Daniel Craig, Thor, et John Krasinski, Captain America... Pour fêter les 15 ans du MCU, Sarah Halley Finn livre ses meilleures anecdotes de casting.

Depuis quinze ans, les super-productions de Marvel font un carton au cinéma. Encore plus depuis la sortie d'Avengers, en 2012. Dans le cadre de cet anniversaire, Joanna Robinson, Dave Gonzales et Gavin Edwards publient un livre consacré aux coulisses du Marvel Cinematic Universe. Intitulé MCU : The Reign of Marvel Studios, il contient des tonnes d'anecdotes, notamment de casting. Car parmi toutes les personnes travaillant pour Kevin Feige sur cette énorme saga, le trio a longuement discuté avec Sarah Halley Finn, une directrice de casting qui a grandement participé au succès de ces adaptations de comics.

Le Marvel Universe a 15 ans : tous les chiffres d'une franchise hors-normes

C'est elle qui a choisi Robert Downey Jr. Pour incarner Tony Stark/Iron Man, pierre angulaire du MCU de 2008 à 2019. C'est aussi elle qui a choisi les interprètes principaux de Thor, de Captain America, des Gardiens de la Galaxie, de Black Panther... Chris Pratt lui doit d'ailleurs une fière chandelle, puisqu'elle a insisté pour que James Gunn le rencontre pour le rôle de Star-Lord. Idem pour Scarlett Johansson en Black Widow, qu'elle a soutenue pour Iron Man 2, même si la comédienne devait encore faire ses preuves en terme de cinéma d'action.

Vanity Fair partage plusieurs anecdotes tirées de cet ouvrage de référence sur Marvel. En voici une poignée, racontées par Finn en personne. Vous remarquerez que très souvent, des actrices et acteurs qui ont vu un rôle clé leur échapper sont finalement apparus dans le costume d'autres personnages dans des films ou séries du studio.

Robert Downey Jr. revient sur l’impact qu’a eu Iron Man sur sa vie

Vision d'ensemble et contrat à long terme

La directrice de casting raconte d'abord : "On castait Cap et Thor au même moment. Ces deux rôles semblaient très risqués." Elle confirme au passage qu'un contrat chez Marvel comprend d'emblée plusieurs films. De base, les rôles principaux sont signés pour pas moins de 9 apparitions. Car Robert Downey Jr., qui avait signé pour "seulement" une trilogie en Iron Man, a pu renégocier un contrat en or quand il a appris que Kevin Feige voulait qu'il revienne dans les Avengers ou dans Spider-Man : Homecoming. Après lui, la production a directement fait signer des deals de longue date à ses acteurs, sauf exception : Oscar Isaac jure ne s'être engagé que sur une saison de Moon Knight, par exemple. Mais les autres comédiens phares des films et séries du MCU savaient qu'ils s'engageaient pour au moins une décennie et de nombreuses apparitions, ce qui a notamment fait flipper Chris Evans, l'interprète de Steve Rogers/Captain America.

"Quand vous lisez les comics, cela peut vite devenir très confus", explique Finn, qui a conscience qu'avec toutes les timelines, et donc les différentes versions possibles d'un même personnage, un acteur est amené à incarner un super-héros ou un super-méchant dans plusieurs films, qui ne seront pas forcément conçus par la même équipe. "J'ai appris à me fier à la vision d'un réalisateur pour un film en particulier, confie-t-elle. Essayer de comprendre leur approche et de toujours partir de l'histoire qu'ils voulaient raconter." Elle ajoute ne pas chercher forcément de stars, même pour les rôles importants.

Elle raconte aussi avoir dès le début organisé des castings en présence d'une petite équipe technique et du réalisateur, ainsi que d'une poignée de producteurs, pour chaque acteur ou actrice dans la "short-list" finale. Ils devaient pour cette étape de sélection lire une scène du film à tourner, parfois en costume et souvent en duo, afin de tester l'alchimie entre plusieurs comédien(ne)s. Exceptionnellement, elle a accepté de recevoir une audition en vidéo, quand une personnalité qu'elle voulait absolument tester était retenue sur un tournage, par exemple. Seuls une poignée de rôles ont été distribués sans passer de test, quand Kevin Feige ou elle connaissaient déjà l'artiste choisi.

Marvel casting
HBO/Marvel

Daniel Craig, Alexander Skarsgard et Tom Hiddleston en lice pour Thor

"Pour Thor, notre défi principal était de trouver quelqu'un qui puisse jouer un Asgardien, ce qui équivaut à un acteur shakespearien. Tout en étant crédible, les pieds sur terre", commence l'intéressée. 

En 2004, soit bien avant qu'elle ne soit embauchée, Avi Arad avait essayé de monter un film Thor chez Sony, avec Daniel Craig dans le rôle-titre. Mais celui-ci s'est rapidement désisté. Quand le blockbuster s'est finalement fait chez Marvel, c'était avec Avengers en ligne de mire.

Charlie Hunnam (Sons of Anarchy), Joel Kinnaman (le futur Robocop), Tom Hiddleston (comédien britannique surtout connu au théâtre) et Alexander Skarsgard (True Blood) ont tous été en lice pour ce rôle face à... Liam Hemsworth (Gale dans Hunger Games).

Chris Hemworth a fini par être choisi, notamment grâce au soutien de Drew Goddard et Joss Whedon, qui étaient en train de tourner Cabin in the Woods avec lui, en 2009. A ce moment-là, il était surtout connu à Hollywood comme "le père de Kirk dans le reboot de Star Trek".

Quand le duo a vu qu'il n'était pas dans la liste des prétendants, il leur a répondu : "Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas en lice, j'ai dû foirer mon audition ? C'était frustrant, surtout de voir que me petit frère était allé plus loin que moi." Il a pu obtenir une seconde chance et a envoyé une vidéo à l'équipe racontant les exploits de Thor. Le réalisateur Kenneth Branagh a été emballé : "Il a proposé une performance si juste, si fun avec ce sens du danger. Il jouait ce personnage de Thor d'une manière qui nous a semblé parfaite."

L'équipe n'a pas voulu perdre Tom Hiddleston, qui s'en était bien sorti lors de ses auditions pour Thor, et qui connaissait déjà le réalisateur grâce à la série britannique Wallander. Feige et lui ont alors eu l'idée de lui proposer le rôle de son demi-frère, le machiavélique Loki. "Le truc un peu particulier avec ce rôle, c'est qu'on savait que Loki serait le grand méchant d'Avengers, précise le co-scénariste Zack Stentz. Les producteurs nous ont littéralement dit : 'Si vous vous foirez sur le reste, s'il vous plait, donnez-nous un méchant aussi réussi que Magnéto (l'adversaire des X-Men, ndlr) avec Loki.'" Le pari a été gagné, puisque ce personnage n'a cessé de gagner en importance au fil des Thor et des épisodes d'Avengers, avant d'avoir droit à sa propre série sur Disney+.

Tom Hiddleston : "Joss Whedon, merci d'avoir fait de Loki mon Hans Gruber"

"Si vous vous souvenez bien, quand Chris a été annoncé dans le rôle de Thor, les réactions étaient : 'Qui ça ? Le papa du Capitaine Kirk ? Cet Australien tout maigre amateur de surf ?', s'amuse Stentz. Mais le truc avec Branagh, c'est qu'il est très fort en casting. Il a l'oeil pour ça. C'est ce qu'on répétait tout le temps aux gens : 'Si Kenneth vous dit que c'est le bon mec, alors c'est le bon mec.' Il a vu quelque chose en Hemsworth que peu de personnes avaient perçu en lui. Sur ces films de super-héros, le bon casting, ça fait 75% du succès, je dirais. Vous choisissez le bon acteur pour le rôle, plutôt qu'un acteur qui serait ok, et ça devient magique."

Chris Hemsworth a alors lu des tas de comics pour se familiariser avec Thor, et il a suivi un régime important pour prendre du poids, et du muscle. Cet entraînement physique fut si intense que quelques semaines après son casting, il ne rentrait plus dans le costume fabriqué spécialement pour lui !

Marvel casting
Marvel

Ryan Philippe, John Krasinski, Sebastian Stan ou Wyatt Russell pour Captain America ?

Caster un Dieu fut difficile, et trouver le plus Américain des super-héros le fut tout autant. "Quand on a casté Captain America... Je ne comprenais pas où on allait avec ça, reconnaît Finn. Je n'en avais aucune idée. Quand Kevin a commencé à nous parler d'Avengers, ça m'a retourné le cerveau." Il fallait un acteur capable d'incarner un super-héros pur, fait de décence et représentant l'Amérique à l'ancienne, sans qu'il ne soit ringard pour autant.

"On avait cette liste de qualités qu'on souhaitait mettre en avant, mais le personnage était méconnu, poursuit-elle. Les gens le percevaient comme un héros de série B, le voyaient un peu vieillot, ne le comprenaient pas immédiatement." Ryan Philippe (Sex Intentions) a auditionné, tout comme Garrett Hedlund (Tron : l'héritage), Jensen Ackles (Supernatural), Chace Crawford (Gossip Girl) ou John Krasinski. L'acteur, alors en pleine hype grâce à The Office, figurait parmi les finalistes, et a passé un casting dans les locaux de Marvel. Pendant que Chris Hemsworth faisait des essais à côté pour Thor, en costume. Ce qui lui a donné des complexes !

John Krasinski est un bon exemple de la "méthode Marvel", puisque s'il n'a pas été choisi pour interpréter Steve Rogers, il est finalement resté dans un coin de la tête de la directrice de casting, qui a attendu le bon moment pour lui proposer un autre rôle, en l'occurrence Reed Richards/ M. Fantastique dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Idem avec Wyatt Russell, le fils des comédiens Kurt Russell et Goldie Hawn, qui a passé la toute première audition de sa carrière pour Captain America. A l'époque, il fut jugé trop jeune pour ce rôle, mais Sarah Halley Finn l'a recontacté quelques années plus tard pour qu'il porte à son tour le bouclier en adamantium dans Falcon et le Soldat de l'hiver, la série dérivée de cette même saga dans laquelle il incarne John Walker.

Et que dire de Sebastian Stan, qui rêvait lui aussi d'incarner Steve Rogers ? "Il y avait quelque chose de sombre en lui, il était limite pour ce rôle, se souvient Finn. Mais plus on avançait dans le processus de casting, plus on le voyait interpréter Bucky." Soit l'un des rares personnages de Marvel à mourir rapidement dans les comics, et qui a mis plus de 50 ans à réapparaître pour ses aventures papier. Au cinéma, "le studio n'allait pas attendre cinq décennies", s'amuse Vanity Fair. Et le comédien a signé pour 9 apparitions d'un coup, qui se sont réparties entre cinéma et série sur Disney+. Il en est précisément à 8, sans compter un doublage pour What if... ? et sa future participation à New World Order, dans lequel Captain America aura les traits d'Anthony Mackie.

Chris Evans est d'accord avec Quentin Tarantino : ce n'est pas lui la star de Captain America

"Le casting de Captain America a été super long, et très difficile, reconnaît Feige. J'ai commencé à penser : et si on était incapable de le trouver ? Si on ne trouve pas notre Captain America, qu'est-ce qu'on va faire des Avengers ? Est-ce que tout le projet va tomber à l'eau ?"

Chris Evans a finalement été courtisé, et ce même s'il avait déjà incarné un super-héros chez Marvel, Johnny Storm, alias La Torche des Quatre Fantastiques. Un personnage très différent, une véritable tête brûlée dans les films sortis en 2005 et 2007. Que la directrice de casting connaissait par cœur, car ses fils en étaient fans.

"On a tourné autour de lui, on a cherché, puis on est revenus à Chris, commente-t-elle. Déjà, il était Américain. On avait choisi plein de britanniques pour d'autres rôles, mais là on voulait caster un Américain. C'était un acteur charmant, drôle, aimable et talentueux. Parmi toutes ses qualités, je crois qu'il y en a une qui était un peu plus difficile à dicerner : son humilité. Il avait un sens moral, on pouvait se fier à lui. Il avait ce mélange de force et de vulnérabilité, donc on pouvait transformer ce maigrichon Steve en Captain America."

Chris Evans fut l'un des rares à ne pas avoir d'audition à passer. Comme Kevin Feige le connaissait déjà personnellement grâce aux Quatre fantastiques, il lui a proposé de signer pour neuf films d'un coup, et lui a laissé un week-end pour se décider. "Ce fut un week-end difficile", commente le producteur, tant l'acteur a hésité.

Evans n'a jamais caché ses difficultés à s'engager sur un rôle aussi important, qui lui demandait de signer pour neuf apparitions d'un coup étalées sur une décennie. Tout en suivant un régime important sur toute cette durée, afin de conserver une musculature imposante. Il savait qu'en devenant Captain America, ce rôle lui collerait à la peau longtemps, qu'il deviendrait "LE" rôle de sa carrière.

Il a récemment reparlé de ses angoisses face à une telle proposition, et expliqué que ce qui l'avait en partie rassuré, c'est que comme Quentin Tarantino, il considère que la star d'une production Marvel, c'est le super-héros, pas son interprète. Cela lui a mis moins de pression sur les épaules au cours de cette aventure.

Il a tout de même d'abord dit non, puis est revenu sur sa décision. "Pour moi, cette offre, c'était le point culminant de la tentation, dit-il. L'offre de job ultime. De la plus grand échelle qui puisse exister. (…) J'ai eu l'impression de signer mon arrêt de mort. Je me suis dit : 'ça y est, ma vie est finie. Je n'en reviens pas d'avoir fait ça. Ce n'est pas la carrière dont je rêvais.' Le truc qui me faisait le plus peur, au fond, c'était de signer pour des films pourris. Je ne voulais pas faire de la merde et être contractuellement obligé d'y aller quand même."

Face à son premier refus, Feige a refait une offre de six films : trois opus de Captain America et trois d'Avengers. Sur la durée, Chris Evans en aura finalement filmé plus que ça : onze apparition entre 2011 et 2019 (dont une très courte quand Loki prend son apparence pour irriter Thor, par exemple). Il est finalement heureux que son personnage ait eu une belle évolution depuis The First Avenger. Et surtout, une "belle fin", cohérente avec son parcours, dans Endgame. Ce qui lui fait dire aujourd'hui qu'il ne veut plus l'incarner pour ne pas gâcher cette expérience in fine plus positive et qualitative que ce qu'il craignait.

Avant Black Panther, Chadwick Boseman avait été courtisé pour le rôle de Drax chez Marvel
Marvel

Chadwick Boseman et Lupita Nyong'o devaient faire partie de l'équipe des Gardiens de la Galaxie

Chris Pratt a lui aussi fait partie des candidats au rôle de Steve Rogers/Captain America. Il avait alors grossi pour jouer dans la série comique Parks and Recreation, et devait perdre du poids, tout en se musclant, s'il voulait signer avec Marvel. Ce fut finalement le cas quelques temps plus tard, pour Les Gardiens de la Galaxie, sorti en 2014. Finn se souvient que quand elle a proposé son nom à James Gunn, le réalisateur et co-scénariste de la trilogie n'y croyait pas. Elle l'a tout de même inscrit à une audition, et Pratt a su le convaincre "en dix secondes" qu'il était le bon choix.

Avant de réunir à ses côtés Zoe Saldana (Gamora) et Dave Bautista (Drax), elle a fait passer des castings à Chadwick Boseman et Lupita Nyong'o pour ces deux rôles. Des comédiens si bons qu'elle a dans la foulée proposé leurs noms à Ryan Coogler pour Black Panther. Quand à Karen Gillan, choisie pour incarner Nebula, elle avait d'abord passé une audition pour jouer Sharon Carter dans Captain America. "Elle gardait un air chérubin, même en lançant les pires menaces", écrit Vanity Fair à son propos. 

Une fois choisi, Chris Pratt a été coaché pour perdre du poids et se muscler, et il a marqué l'histoire de Marvel en étant le premier comédien engagé pour un rôle par le studio à créer le buzz en dévoilant sa transformation physique sur les réseaux sociaux.

"Heureusement, ce n'est pas mon boulot (de superviser la transformation des acteurs choisis pour jouer des super-héros, ndlr), commente Finn. Moi, je suis chargée de choisir la personne qui saura incarner un personnage. Leur apparence est due à quelqu'un d'autre. Mais je dirais que cela participe au processus, non ? Il faut accepter de se soumettre à une certaine rigueur, il faut avoir cela en vous."

La manière dont les productions Marvel ont révolutionné l'image du (super)héros au cinéma est également détaillée dans le livre MCU : The Reign of Marvel Studios. Mais c'est une autre histoire...

Avant Iron Man, Robert Downey Jr. a failli jouer un autre super-héros chez Marvel