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Diaphana

Dans le poétique Les Feuilles mortes, qui arrive aujourd'hui en VOD, DVD et blu-ray, le comédien finlandais campe un ouvrier alcoolique tombant amoureux d’une caissière de supermarché. Il nous raconte son expérience avec le cinéaste qu’il admire depuis toujours.

Cette interview a initialement été publiée le 20 septembre 2023, au moment de la sortie des Feuilles mortes, d'Aki Kaurismäki, au cinéma. Nous la repartageons pour célébrer l'arrivée du film dans nos salons.

Comment vous retrouvez-vous à incarner cet ouvrier alcoolique frappé par un coup de foudre dans Les Feuilles mortes ?

Jussi Vatanen : Tout a commencé par un coup de téléphone… que même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais imaginé ! A l’autre bout de fil Aki qui me propose de le rencontrer pour parler de son prochain film. Moi, j’ai grandi dans l’admiration de son cinéma donc j’ai évidemment couru à ce rendez- vous. On a déjeuné ensemble. Il m’a expliqué l’idée de film qu’il avait en tête sans l’avoir écrit et m’a demandé si ça m’intéressait d’en faire partie. Vous devinez ma réponse, non ?

Quand avez- vous découvert le scénario ?

Deux ans plus tard ! Et j’ai dévoré ce scénario d’une traite. Vous avez vu le film, je n’ai donc pas besoin de vous parler de sa beauté et de sa poésie. Mais ce qui m’a frappé en le lisant, c’est sa précision. Aki manie la langue avec une maestria inouïe. Comme acteur, page après page, il n’y a pas un mot, une virgule à changer. Votre personnage, les situations. Tout est aussi concis que limpide.  C’est un homme de peu de mots mais quels mots ! Et ça constitue une base de travail inestimable. Je n’avais aucune question à lui poser. Tout était écrit !

Du coup, vous n’avez pas besoin de passer par des répétitions pour vous préparer ?

Non, avec Aki, les échanges se passent… lors de déjeuners. C’est dans ces moments qu’on parle du film, du personnage. C’est lui d’ailleurs qui n’a pas souhaité faire de répétitions car il ne voulait pas que ma partenaire Alma Pöysti et moi nous croisions avant notre première scène ensemble pour garder intacte une spontanéité. Mon travail préparatoire à moi consistait donc simplement à savoir mon texte par cœur pour me laisser porter. 

Et comment se comporte Aki Kaurismäki sur un plateau ?

A l’image de son scénario, il est un homme de peu de mots. Mais toujours ouvert à l’échange. Et j’ai été impressionné par la profondeur et la précision de ses explications quand vous lui en demandez. En fait, chaque jour, j’avais l’impression de voir devant moi un peintre au travail et ce n’est pas un hasard si chaque scène de ses films ressemble à un tableau.

Alma Pöysti, d’Aki Kaurismäki à Amours à la finlandaise

Il fait beaucoup de prises ?

Très peu. D’emblée, il nous a même expliqué qu’a priori, il ne ferait qu’une prise par scène. Deux si on était vraiment mauvais ! (rires) Ca muscle votre attention et votre concentration comme comédien. Et cette idée épouse ce que vivent nos personnages, la manière dont l’inattendu surgit dans leurs vies de solitaires.

Quand on tourne avec un cinéaste qu’on admire depuis tant d’années, comment se sent- on le premier jour du tournage ? On éprouve un trac particulier ?

Je ne vais pas vous mentir, j’étais très stressé. Par peur de ne pas être à la hauteur du rôle, du film, du réalisateur et en effet de l’admiration que j’ai pour lui. Le seul remède à cela ? Le temps. Les jours du tournage qui s’enchaînent et font que votre esprit se libère de choses qui n’ont rien à voir au fond avec le film et ce qu’on doit jouer. J’ai eu la chance ici que ça arrive assez vite.


Les feuilles mortes, le beau mélo d’Aki Kaurismäki [critique]