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Ce qu’il faut voir ou pas en salles cette semaine.

PREMIÈRE A AIMÉ

Aquarius ****
De Kleber Mendonça Filho

L’essentiel

A travers le portrait d'une soixantenaire bien déterminée à se défendre (formidable Sonia Braga) face à la rapacité d'un promoteur immobilier, le cinéaste observe les changements de mentalité induites par la société post-moderne en les inscrivant dans le temps. Du même coup, il traite de l'héritage, de la transmission, de la mémoire, et de l'importance des lieux et des objets comme témoins de vie. Sans oublier la musique, qui joue ici une rôle considérable, et est magistralement utilisée.
Gérard Delorme

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Fuocoamare, par-delà Lampedusa ***
De Gianfranco Rosi

Il paraît d’abord un peu poseur, avec ses longs plans fixes, ce documentaire sur le drame des migrants capté à travers le quotidien de l’île de Lampedusa. Mais Gianfranco Rosi sait se situer à juste distance de la tragédie et, à force de séquences délicatement hallucinées (le scintillement nocturne des couvertures isothermes parant les corps des rescapés africains), rendre digeste l’allégorie centrale du film (dictée par la réalité, certes) : comment un gamin italien de 12 ans affligé d’un œil "paresseux" (presque aveugle), va devoir s’exercer le regard pour mieux saisir le monde et donc le tolérer. Ce drôle de descendant du Antoine Doinel des 400 Coups change la noirceur du film en lumière.
Eric Vernay

Ivan Tsarevitch et la Princesse changeante ***
De Michel Ocelot

Comme Les Contes de la nuit (2001), le nouveau Michel Ocelot rassemble des courts métrages issus de la série télévisée Dragons et Princesses. On y retrouve le vieil homme et ses deux jeunes assistants qui se projettent dans les histoires qu’ils inventent : Le Mousse et sa Chatte, L’Écolier sorcier, La Maîtresse des monstres, Ivan Tsarevitch et la Princesse changeante… Entièrement en ombres chinoises, ces petits récits merveilleux mettent en avant le courage, la morale, la justice et même la ruse – à de nobles fins. Mention à La Maîtresse des monstres et à sa jolie parabole sur l’émancipation et l’ouverture au monde.
Christophe Narbonne

 

PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

Les sept mercenaires **
D’Antoine Fuqua

Dans le vieil ouest américain, sept as de la gâchette unissent leurs forces pour aider des villageois à faire face à leurs assaillants.

Les 7 Samouraïs d’Akira Kurosawa a dépassé son statut de matrice de film d’aventures pour devenir mythe originel : un standard folk se jouant des époques et des modes à force de réinterprétations. On en tire des parodies (Three Amigos), des dessins animés (1001 Pattes) et des remakes de remake un peu ternes, comme ce Sept Mercenaires reprenant – la joie et l’extraordinaire allant en moins – le refrain du film de John Sturges tourné en 1960. Modernité oblige, le travail d’adaptation consiste à insuffler un désir de vengeance et des motivations psychologiques aux personnages. Ce ne sont pas des flingueurs livrés à eux-mêmes mus par le sens de l’honneur et la camaraderie, mais des cow-boys (et un indien) dépressifs cherchant à guérir leurs bobos intérieurs. Autant dire que l’on ne s’amuse pas beaucoup… À l’exception de Denzel Washington et Vincent D’Onofrio, les acteurs gesticulent (Chris Pratt et Ethan Hawke sont épouvantables) et le "thème" choisi à la place de la fanfare euphorisante de Leonard Bernstein donne le bourdon. Heureusement, Fuqua aborde le job en mercenaire et, comme à son accoutumée, en tire une ou deux fulgurances visuelles (Denzel au crépuscule sur son cheval). Après un été américain tartiné de films approximatifs et d’effets spéciaux pas finis, Les Sept Mercenaires offre une thérapie non négligeable : un western bien éclairé et bien cadré.
Benjamin Rozovas

Radin ! **
De Fred Cavayé

Obsédé par sa volonté de dépenser le moins d’argent possible, François a logiquement une vie sociale inexistante. Mais quand sa fille de 16 ans, dont il ignorait l’existence, vient habiter chez lui, ce solitaire endurci va devoir se remettre en question.

Après Florent Emilio Siri (Pension complète) et Jean-François Richet (Un moment d’égarement), Fred Cavayé rejoint le cercle des réalisateurs de thrillers français qui s’essaient à la comédie. Sa mise en scène s’adapte habilement à la pathologie de ce personnage de musicien avare, notamment par sa façon de filmer le trouble que suscite en lui la rencontre avec une timide violoniste (campée par la fantasque Laurence Arné) dont il va tomber amoureux. D’abord amusant, le scénario s’appuie trop longtemps sur les mêmes ressorts comiques et manque de mordant dans son traitement de la relation père-fille. La veine mélodramatique de la dernière partie s’avère à l’inverse précipitée et fait regretter la cruauté satirique qui semblait percer par endroits.
Damien Leblanc

La Danseuse **
De Stéphanie Di Giusto

Passionnée de danse, Loïe Fuller fuit l’Amérique pour rejoindre le Paris de la Belle Époque. Elle crée un spectacle visuel inédit grâce à un dispositif complexe qui fait d’elle une star des Folies Bergère.

Ce premier film prometteur s’intéresse au parcours hors du commun d’une cow-girl un peu rustre devenue la coqueluche du Tout-Paris. Il en saisit la grandeur et la décadence avec un souci permanent de coller au plus près des émotions de l’héroïne, maltraitée par la vie et par le lourd mécanisme qui lui permettait de faire voler autour d’elle des mètres de soie blanche qu’un subtil jeu de lumières colorées rendait féérique sur une scène. Plus que de la danse, il s’agissait là d’une performance. En introduisant le personnage d’Isadora Duncan, célèbre artiste en devenir embauchée par Fuller, le film appuie un peu trop la démonstration : à l’image de ses créations éphémères, Loïe Fuller, plus conceptrice qu’interprète, était vouée à être oubliée. La Danseuse lui rend justice, à l’instar de Soko, bouleversante.
Christophe Narbonne

Dogs **
De Bogdan Mirica

Atmosphère poisseuse, mouches bourdonnantes et ciel truffé de charognards : il y a quelque chose de pourri dans ce coin reculé de la Roumanie. Venu vendre les terres de son grand-père, le citadin Roman ne tarde pas à se rendre compte que la mafi a de rednecks locaux a fait de ces terres infertiles son funeste QG, avec l’accord du défunt aïeul. Un pied de cadavre est bientôt retrouvé dans un marais, puis autopsié de manière peu orthodoxe par un policier pas vraiment dans son assiette. Servi bien noir, l’humour à froid de Bogdan Mirica rappelle dans ses meilleurs moments celui des frères Coen. Dommage que ce quasi-western, trop léthargique et empesé pour captiver, souffre de pannes de courant.
Eric Vernay

L’étoile du jour **
De Sophie Blondy

Au pays du naturalisme roi, il a fallu une fameuse audace à la réalisatrice de L’Étoile du jour pour réunir Iggy Pop, Denis Lavant et Béatrice Dalle dans un fi lm de cirque fantastique. Mais, alors qu’on espérait la voir déployer une flamboyante fresque baroque à la Jodorowsky, Sophie Blondy a conduit son casting d’allumés à contre-emploi et tissé un univers poétique maladroit autour d’intrigues confuses. Dommage, son geste regorge d’idées.
Mathias Averty

The sea is behind **
De Hicham Lasry

Après C’est eux les chiens, Hicham Lasri s’attaque à nouveau au conservatisme sévissant au Maroc. Tarik se travestit en femme pour animer des fêtes, une coutume traditionnelle qui lui vaut d’être durement malmené par ses voisins. En situant son intrigue dans un lieu anonyme et une temporalité floue – un futur proche à la Mad Max où "l’eau qui bugue" semble accentuer la folie des hommes –, le réalisateur peut dénoncer sans détour l’homophobie, le sexisme et la misère sociale qui frappent ses antihéro(ïne)s. Il signe un ovni expérimental en noir et blanc, une ode foutraque à la liberté parfois déconcertante, mais qui parvient à ne jamais sombrer dans le pathos.
Elodie Bardinet

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

Nola Circus *
De Luc Annest

Avec cette histoire de barbier qui sort en secret avec une jeune femme, dont le demi-frère jaloux tabasse tous les pizzaiolos du quartier, le réalisateur français Luc Annest voudrait transposer à La Nouvelle-Orléans l’ambiance des comédies de Guy Ritchie. Hélas, l’humour lourdingue et la direction d’acteurs en roue libre peinent à nous arracher un sourire.
Damien Leblanc

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