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Portrait d'un Dieu du stade devenu une star de ciné, devenue une honte nationale.

Si la nouvelle série de Ryan Murphy, American Crime Story, fait l'événement aux Etats-Unis, en ce moment, c'est qu'elle raconte un fait divers qui a profondément marqué les Américains. La déchéance d'un homme qui fut, pendant deux décennies, l'une des plus grandes stars de l'Oncle Sam. Un sportif couronné, un acteur en plein boom, une icône de la pub et puis... la chute. Tout à coup, le nom d'O.J. Simpson est associé à une cavale mythique, à un procès dantesque et à un verdict choc, dont toute l'Amérique se souvient encore aujourd'hui.

Forcément, en France, si la chronique judiciaire a fait sensation, l'affaire O.J. Simpson a eu nettement moins d'impact et le personnage reste méconnu. Alors pour mieux comprendre la portée de la série American Crime Story, on vous propose de découvrir l'homme derrière le scandale. Concrètement, c'est qui, O.J. Simpson ?

C'est d'abord une histoire dramatique, digne d'un bon gros mélo hollywoodien. Celle d'un gamin, qui a grandi en HLM, dans la banlieue de San Francisco, élevée par sa mère divorcée. Celle d'un ado filant un mauvais coton, qui, après avoir rejoint un gang, finit par s'en sortir grâce au sport. Enfant, Simpson souffrait de rachitisme et portait des prothèses sur ses jambes. A 18 ans, c'est un Dieu du stade, qui cartonne à l'Université de South-California. Sacré meilleur joueur universitaire (Trophée Heisman) en 1968, O.J. Simpson y décroche son surnom, "The Juice", pour sa capacité à filer un coup de jus aux défenses adverses. Ce Running Back (il est chargé de percer la défense en courant avec le ballon) est ainsi sélectionné en première position à la draft 1969, par les Bills de Buffalo. 

En 1973, Simpson devient le premier joueur à courir plus de 2 000 yards en une saison et reçoit le trophée de MVP de l'année (meilleur joueur). Après une carrière professionnelle de 10 ans, qui lui aura tout offert hormis une bague de champion et un Super Bowl, il trouve une place au très convoité panthéon des stars du foot US (le Hall of Fame). Athlète reconnu et désormais inscrit dans l'histoire de la NFL comme l'un des meilleurs joueurs de tous les temps, O.J.Simpson fait ses adieux au ballon et rejoint définitivement le monde du show-business, en 1979. 

Lui, qui a déjà joué quelques seconds rôles au cinéma, notamment dans le film culte La Tour Infernale (face à Robert Redford et Steve McQueen) ou la mini-série événement Roots (1977), devient alors, à la surprise générale, une star de la comédie. Entre 1984 et 1991, Simpson est l'acteur principale de la sitcom 1st & Ten, sur HBO. Dans le même temps, il devient l'un des membres inoubliables de l'équipe de Leslie Nielsen, dans la franchise Y a-t-il un flic ? Son dernier rôle au cinéma sera justement dans le troisième volet de la saga, Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ?, sorti en mars 1994 aux Etats-Unis... trois mois seulement avant la découverte du corps de Nicole Brown Simpson et Ronald Goldman.

 En marge de sa carrière d'acteur, O.J. Simpson est une personnalité publique très appréciée. Il fait la Une du magazine People en 1977 et devient, au début des années 1980, consultant sportif pour la télévision américaine, notamment dans les émissions Monday Night Football sur ABC et The NFL, sur NBC. Evidemment, les grandes marques s'intéressent aussi à lui et veulent surfer sur son image irréprochable. Dès 1971, Simpson fait de la pub pour Chevrolet et signe de très juteux contrats. Perçu comme un homme affable, son charisme naturel lui permet de décrocher de nombreux contrats et il devient notamment l'image de marque du groupe de location de voitures, Hertz, à partir de 1978.

Pendant 25 ans, Simpson connaît donc une ascension fulgurante. Il réussit tout ce qu'il entreprend dans sa vie professionnelle et s'impose comme l'une des personnalités préférées des Américains. Début 1994, il tourne même le pilote d'une toute nouvelle série d'action à la "Agence tous risques", pour NBC, intitulée Frogmen, et dans laquelle il incarnait le leader d'un groupe de mercenaires, composé d'anciens Navy SEALs. Le pilote n'a jamais été montré au public et le projet a bien évidemment été enterré par NBC, avec le procès.

Car la carrière flamboyante d'O.J. Simpson va s'arrêter net, en ce matin du 17 juin 1994. Quelques jours après la découverte des corps et les accusations, la star décide de prendre la fuite, à bord d'une Ford Bronco. Rapidement pris en chasse par la police, les caméras de télévision filment, depuis des hélicoptères, chaque minute de cette séquence surréaliste. Le fils prodigue apparaît tout à coup comme un meurtrier en cavale. L'image de ce gros 4x4 blanc, s'enfuyant en direct sur l'autoroute 405, en direction du nord, marquera à jamais les Américains (qui se souviennent tous où ils étaient, le jour de la poursuite).

Dans la foulée, au cours de l'année 1995, l'Amérique assiste, ébahie, à 133 jours d'un gigantesque procès spectacle, qui transformera en star les avocats Robert Shapiro (joué par John Travolta dans la série) et Robert Kardashian (le père de Kim, joué par David Schwimmer). Le 3 octobre 1995, ce sont 100 millions de téléspectateurs qui découvrent le verdict du procès du siècle. O.J. Simpson est reconnu non-couple et libéré. Un jugement qui provoquera un énorme débat social dans tout le pays et une fracture manifeste au sein de la population américaine, notamment entre les blancs et les afro-américains.

Malgré ce verdict en sa faveur, le footballeur à la retraite devient un paria dans le showbizz. Son image est fichue. Sa carrière d'acteur est finie  et ses contrats publicitaires ne se sont pas renouvelés. D'autant qu'en 1997, il est reconnu responsable de la mort de Ronald Goldman et de coups et blessures sur Ronald Goldman et Nicole Brown, à la suite du procès au civil. En 2000, Simpson recouvre la garde de ses enfants et se retire à Miami en Floride. Il disparaît alors de toute vie publique.

Mais la justice n'en a pas fini avec lui. Après avoir été arrêté à plusieurs reprises au début des années 2000 pour divers délits, O. J. Simpson est aujourd'hui sous les verrous. Il a été condamné, en 2008, à purger une peine de 33 ans de prison, pour une affaire de vol à main armée et enlèvements. Un an plus tôt, accompagné de cinq hommes de main, il avait braqué et kidnappé des revendeurs d’objets de sportifs célèbres, dans un hôtel casino de Las Vegas. Il pourra faire une demande de libération conditionnelle en 2017.