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Pour Michael Bay c’est la taille qui compte. Celle des bagnoles, des muscles, des seins siliconés, mais aussi de la bêtise de ses héros. Et quand il décide de faire le portrait de trois abrutis, il prend les plus gros abrutis que la terre ait jamais portés, ou pas loin. Cette histoire vraie de rois de la gonflette qui, à la recherche d’une vie meilleure, sont tombés dans une spirale criminelle, était taillée, dans toute sa démesure, pour le réalisateur de Bad Boys. De leurs mésaventures, Michael Bay tire un des plus spectaculaires portraits de crétins du cinéma hollywoodien (on pense aux frères Coen), doublé d’une satire de l’Amérique dégénérée dont il passait pourtant pour un des plus grands représentants.En roi des cons et du sophisme, Daniel Lugo (Mark Wahlberg) est un accro au fitness qui considère qu’il a non pas le droit mais le devoir, en tant que patriote, de goûter au rêve américain - quitte à le ravir. C’est donc en bon patriote qu’il kidnappe, vole et massacre son prochain, avec l’aide d'Anthony Mackie, un type qui ne bande plus à force d’avoir trop bouffé de stéroïdes, et de Dwayne Johnson, un ex-détenu cocaïnomane qui a trouvé le Christ - et dont l’interprétation de l’idiot tient du génie. Le plan était simple : kidnapper un riche client du club de sport où Lugo travaille et lui voler sa fortune. Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu, encore moins quand on ne prévoit rien, le simple enlèvement tourne au carnage et les trois bodybuilders se transforment en dangereux criminels.Le culte du corps et de l’argent facile, l’ambition stérile, la dictature de l’American Dream… Dans son style outrancier habituel (montage épileptique, débauche d’explosions, de ralentis et de plans à 360) qui en fait pour certains l’antéchrist du cinéma mais qui est ici absolument raccord avec le fond, le réalisateur des Transformers fait des mésaventures du Sun Gym Gang d'abord un film d'action drôle et délirant, mais aussi l’emblème de ce qui ne tourne pas rond en Amérique. Et rappelle au passage qu'il n'est peut-être pas aussi demeuré que ses héros.Vanina Arrighi de CasanovaNo Pain No Gain sort le 11 septembre dans les salles Mark Wahlberg : "Michael Bay, c'est comme si la caméra était dans sa tête"