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Warner Bros

Sortir un blockbuster en ayant déjà annoncé un reboot de la saga était peut-être une erreur...

Variety publie une longue analyse du mauvais démarrage de The Flash au box-office américain. Plusieurs raisons expliquent un début à 55 millions de dollars, là où un blockbuster de cette ampleur doit enregistrer autour de 120 millions dès son premier week-end pour être considéré comme un succès.

Sa production a été très longue, ce qui a entraîné des réécritures et des reshoots. Le comportement violent de sa star Ezra Miller, qui a fait la une de l'actualité plusieurs fois depuis 2020, a aussi pesé sur sa promotion : il a été écarté de la plupart des événements organisés autour de The Flash, et a dû s'engager à suivre une thérapie pour soigner des problèmes de santé mentale avant la sortie du film.

Il existe aussi plus généralement une certaine lassitude de la part du public pour les productions super-héroïques, très présentes sur le grand et le petit écran depuis deux décennies. "Il y a eu au moins 55 films basés sur des comics sortis durant la dernière décennie, calcule ainsi le site américain. Et la plupart sont connectés au sein de méga-franchises, qui comptent sur le fait que les fans feront le déplacement peu importe quel super-héros est en haut de l'affiche."

A ce propos, l'histoire de The Flash est particulière, puisqu'une série sur ce même personnage vient de s'arrêter sur CW, après 9 saisons... et qu'elle n'est jamais mentionnée dans le film !

Supergirl dans The Flash
Warner Bros.

Variety s'arrête plus longuement sur un autre point : la conception de The Flash a été initiée par des producteurs qui ne travaillent plus pour la Warner Bros, et sa sortie a été officialisée après la réorganisation interne du studio depuis l'arrivée à sa tête de David Zaslav. Après avoir annulé Batgirl, et annoncé le retour du Superman de Henry Cavill avant de changer d'avis, le nouveau patron a embauché Peter Safran et James Gunn en octobre dernier pour repenser le DCU, la franchise tirée de comics DC. Leur mission est de rebooter la franchise sur la prochaine décennie, tout en tirant un trait sur le "Snyderverse".

Ces bouleversements ont pu peser lourd sur le choix des spectateurs au moment d'acheter leur ticket de cinéma, explique le site hollywoodien, qui cite une source anonyme employée par un studio concurrent : "Ce flop est peut-être lié à un très mauvais timing ? Le public ne veut sans doute pas investir deux heures de sa vie dans un film qui n'aura de toutes façons pas de suite ?"

James Gunn : "Je crois qu'il existe une forme de lassitude des super-héros"

Un problème à 1,1 milliard de dollars
En associant The Flash avec les trois autres productions super-héroïques programmées par la firme en 2023, qui sont toutes censées boucler le "Synderverse", l'univers créé à partir de Man of Steel, de Zack Snyder, il y a dix ans, l'ampleur du problème est évident. Shazam : La Rage des Dieux et The Flash ont tous les deux enregistré des scores en dessous des attentes, tout comme Black Adam fin 2022. La comédie avec Zachary Levi a précisément gagné 133 millions de dollars dans le monde, et le film d'action porté par Dwayne Johnson a fini sa course en dessous des 400 millions au global. Le studio doit encore sortir Blue Beetle, cet été, et Aquaman 2 en fin d'année, alors qu'il a déjà été officiellement annoncé que ses personnages ne reviendraient plus dans le DCU.


Aquaman 2 pas vraiment affecté par le "reset" du DC Universe ou The Flash ?

Variety calcule que ces quatre blockbusters ont coûté en tout entre 1,1 et 1,2 milliard de dollars au studio, le plus cher de tous étant The Flash, qui a vu son coût augmenter à cause de ses retards et des chamboulements de sa promotion. Doté à lui seul d'un budget de plus de 200 millions de dollars sans compter sa publicité, il sera difficile à rembourser... Le seul moyen pour le studio de s'en sortir la tête haute serait que Le Royaume perdu parvienne à franchir le milliard de dollars de recettes en décembre, à l'image du premier Aquaman en 2018.

Autre erreur de la part du studio : en plus d'avoir communiqué très tôt sur ses chamboulement en interne, James Gunn a dit lors du CinemaCon d'avril que The Flash serait "le meilleur film de super-héros de tous les temps". Meilleur que The Dark Knight, du même studio ? Que les premiers Spider-Man de Sony ? Qu'Avengers de Disney-Marvel ? Là aussi, un producteur concurrent réagit : "Quand vous dites à propos de l'un de vos films qu'il sera le meilleur, si ce n'est pas correct, alors vous vous mettez vous-mêmes en position d'échec. Dans cette industrie, il vaut mieux ne pas faire trop de promesse, sans quoi on ne satisfait personne."

The Flash : le Batman de Michael Keaton ressort son Batwing dans un nouveau spot
Warner Bros.

Revenant sur le problème des "méga-franchises", dont chaque opus est interconnecté, voire aussi lié à des événements survenus dans des séries télé, l'exemple de The Flash est parlant : le film référence des événements survenus dans Justice League ou Aquaman, et son climax est intrinsèquement lié à l'intrigue de Man of Steel, sorti au cinéma il y a dix ans. Sans oublier le retour de Michael Keaton en Batman, plus de 30 ans après ses deux opus tourné pour Tim Burton.

"Quand vous concevez un film dans un multivers, cela demande au public de se souvenir de ce qui s'est passé dans les opus précédents, plutôt que de débrancher le cerveau pour profiter du spectacle, analyse Jeff Bock, qui travaille pour Exhibitor Relations. Alors qu'un personnage tel que Batman est si fort en solo qu'il n'a pas vraiment besoin d'être rattaché à d'autres super-héros."

Variety considère que la scène de fin de The Flash est particulièrement ironique sur ce point (attention spoilers !) : quand Barry Allen découvre que ses multiples voyages dans le multivers ont amené toutes les timelines à s'entrechoquer, créant un bordel qu'il ne parvient plus à maîtriser, on peut y voir un symbole de ce que vit actuellement la Warner Bros face au dilemme créé par toutes ses super-productions.

D'ailleurs, les films du studio qui ont le mieux marché récemment sont ceux qui n'étaient pas intégrés à la saga principale : le Joker de Todd Phillips, dans lequel n'intervenait pas le Dark Knight de Ben Aflleck, par exemple, était milliardaire au box-office en 2019, et The Batman avec Robert Pattinson a bien fonctionné aussi, alors que cette nouvelle incarnation n'est elle non plus pas liée à Justice League.

Paradoxalement, c'est bien une nouvelle saga dont les opus seront connectés que Gunn et Safran préparent pour la prochaine décennie. Le premier film de cette nouvelle stratégie sera Superman : Legacy, une "origin story" de Clark Kent, qui ne sera donc plus joué par Cavill.

L'article se conclut sur une ultime citation anonyme d'un producteur, qui considère que même dans le cadre d'une énorme saga, le public suivra si le film est bon : "Oui, il existe sans doute une fatigue du public dès lors que vous devez avoir vu 20 films pour apprécier pleinement une nouveauté. Mais cela n'importe pas vraiment quand le film en question est réussi." Ce qui n'est pas entièrement le cas de The Flash, qui a globalement reçu des avis mitigés.

Voici sa bande-annonce : 


The Flash : Il y avait plus de super-héros dans le final initial