Affiches Sorties de la semaine du 24 décembre 2025
Metropolitan/ Pyramide/ Paramount

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
LA FEMME DE MENAGE ★★☆☆☆

De Paul Feig

L’essentiel

L’adaptation ciné du roman-phénomène navigue entre érotisme soft, efficacité algorithmique et hitchockisme dégénéré. Un petit plaisir coupable ?

Le best-seller de Freida McFadden, semblait taillé pour le cinéma. Pas seulement à cause de son succès massif, mais aussi pour son intrigue s’inscrivant dans une généalogie qui va de Rebecca à Gone Girl. Lignée qui aurait pu pousser le réalisateur Paul Feig vers une forme de maniérisme post-hitchcockien, à la façon du Joe Wright de La Femme à la fenêtre. Mais non : l’esthétique est celle d’un catalogue de déco, la narration ne s’autorise aucune zone d’ombres, comme si le film avait d’abord été pensé pour sa consommation sur une plateforme. Le premier acte racole gentiment, avec ses bouffées porno-soft à la Cinquante nuances de Grey, sa caméra s’attardant sur les seins de Sydney Sweeney ou le postérieur de Brandon Sklenar. Tout ici est tellement énoncé, surligné, que quand Amanda Seyfried s’empare de la voix off à mi-parcours, les images paraissent presque superflues. C’est la troisième partie qui sauve les meubles, quand le tout vire au thriller horrifique crapoteux et assume sa nature de sous-produit. C’est trop long, putassier, l’histoire est invraisemblable… Mais on mentirait en disant qu’on n’a pas passé un bon moment. 

Frédéric Foubert

Lire la critique en intégralité

PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

LE MAÎTRE DU KABUKI ★★★★☆

De Lee Sang- il

À première vue, Le Maître du Kabuki pourrait ressembler à une fresque un peu poussiéreuse sur un art figé. Mais derrière les gestes millimétrés et le rituel du kabuki, Lee Sang- il déploie un drame vibrant où l’ascension du fils d’un yakuza adopté par un maître du théâtre se transforme en lutte silencieuse contre l’ordre établi. La mise en scène conjugue sophistication visuelle et énergie éclatante. Les séquences sur scène, éclairs de couleurs et de précision chorégraphiée, offrent un spectacle littéralement hypnotique. À l’inverse, les coulisses, parfois violentes, révèlent la mécanique d’un monde où beauté et cruauté cohabitent. C’est là que le film trouve sa vraie dynamique : dans les tensions entre héritage sacré, ambitions frustrées et fraternités qui se fissurent. En questionnant à la fois le prix de la grâce et le sacrifice nécessaire pour devenir un artiste, Lee Sang-il signe un grand spectacle sensible mais aussi une fable profondément touchante.   

Gaël Golhen

Lire la critique en intégralité

LE TEMPS DES MOISSONS ★★★★☆

De Huo Meng

Tout est ici question de temps. Un temps long que Huo Meng réussit à ne jamais faire rimer avec ennui au fil de l’année qui voit s’écouler son récit. L’année 1991, où le système social agricole collectiviste allait laisser la place à une industrialisation massive et à une gestion autonome par chacun de ses parcelles. On suit ce bouleversement à travers les yeux d’un gamin de 10 ans que ses parents, partis chercher du travail en ville, ont confié à leur famille restée au village. Et Le Temps des moissons s’appuie deux mouvements contradictoires. D’un côté les anciens qui, inquiets de la bascule qui s’annonce, aimeraient arrêter le temps. De l’autre, les jeunes, impatients que ce futur arrive, certains qu’il ne sera pas pire que leur présent. Ces mouvements contradictoires épousent la manière dont la fiction se teinte en permanence de documentaire, la beauté de la composition de chaque plan contrastant avec la violence de ce qui s’y passe. D’une ampleur jamais écrasante et primé pour sa réalisation à Berlin, Le Temps des moissons a été accueilli froidement par le régime chinois. Une preuve supplémentaire qu’il a touché juste et fort.

Thierry Cheze

Lire la critique en intégralité

PREMIÈRE A AIME

LA PIRE MERE AU MONDE ★★★☆☆

De Pierre Mazingarbe

La quarantaine passée, une brillante magistrate est forcée de se coltiner la matriarche qu’elle n’a pas vu depuis quinze ans après sa mutation à Nogent-le-Creux. Entre autopsies de canidés, trafics de drogue et squelettes dans le placard, ce transfert n’est pas la promenade de santé qu’elle se figurait. Il y a quelque chose du 9 mois ferme de Dupontel (2013) dans le premier long-métrage de Pierre Mazingarbe : sphère judiciaire, personnage féminin aux prises avec ses propres contradictions, rapport difficile à la maternité, rythme effréné presque bédéesque. Ici, tout est propice à l’absurde, des patronymes – Beyoncé, l’assistante du légiste, et le Capitaine Chaton en tête –, aux joutes verbales dans lesquelles les langues acérées de Louise Bourgoin et Muriel Robin s’épanouissent, impérieuses, tranchantes. Un joli premier essai, en somme, dont on accepte d’ignorer les quelques faiblesses.

Chloé Delos- Eray

Lire la critique en intégralité

SELON JOY ★★★☆☆

De Camille Lugan

Joy (Sonia Bonny) a la foi. L’église semble être sa maison. Nous sommes dans des faubourgs peu identifiés. On dira que l’époque est sûrement la nôtre mais aucune boussole spatio-temporelle nous le certifie. Dans les années 80, des cinéastes comme Enki Bilal, Luc Besson voire Jean-Jacques Beineix avaient investi des espaces souterrains, vestiges probables d’une apocalypse. Dans ces lieux périphériques, l’humanité se retrouve souvent réduite à presque rien, ne subsiste ici que des âmes égarées qui se sont reconstitués une famille autour d’une « mater » peu « dolorosa » (Asia Argento) Joy quitte bientôt les portes de sa paroisse soucieuse de sauver d’Andriy (Volodymyr Zhdanov), un jeune homme agressé sous ses yeux. Un saut dans le vide autant qu’une rupture intime.  Le scénariste Camille Lugan (Ibrahim, Le Beau rôle) signe ici son premier long de cinéaste et fait le pari d’une embardée à l’image de sa (super)héroïne, sauvage et grâcieuse.

Thomas Baurez

Retrouvez ces films près de chez vous grâce à Première Go

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

BOB L’EPONGE, LE FILM : UN POUR TOUS, TOUS PIRATES ! ★★☆☆☆

De Drek Drymon

Depuis la mort de son créateur Stephen Hillenburg en 2018, la saga Bob l’éponge a perdu un peu de son âme. Mais le succès est toujours là et la machine continue de tourner à plein régime. Dans ce quatrième long-métrage, Bob et son copain Patrick l’Etoile de Mer partent à l’aventure en compagnie du Hollandais volant, doublé en VO par Mark Hamill (en VF, c’est Eric Antoine). L’intrigue, très générique, est digne d’un DTV mais, le temps de quelques vannes, le bon vieil esprit « nonsensique » de Bob souffle encore. Pas toujours facile de tenir le grand écart constitutif de la saga : faire marrer les marmots autant que leurs aînés amateurs d’absurde et de stoner movies. Ces derniers seront sans doute enchantés par le final du film, à deux doigts de l’hallu psychotronique, où Hamill apparaît en chair et en os, sous un déguisement de pirate qu’il a l’air d’avoir trouvé au magasin de farces et attrapes du coin.

Frédéric Foubert

UNE ENFANCE ALLEMANDE, ÎLE D’AMRUM, 1945 ★★☆☆☆

De Fatih Akin

En portant à l’écran le scénario d’Hark Bohm (comédien vu chez Fassbinder, disparu en novembre à 86 ans), inspiré par son enfance, Fatih Akin aborde les ultimes jours du régime nazi vu du côté allemand. Et plus précisément à travers le regard d’un enfant de 12 ans, membre des Jeunes Hitlériennes dont la mère est une farouche partisane du Reich mais totalement inconscient de l’horreur de l’époque. Akin lorgne pour ce récit initiatique d’un gamin forcé à grandir à marche forcée tant du côté du Voleur de bicyclette que de Stand by me. La photo de Karl Walter Lindenlaub (Black book) et sa manière de faire du ciel changeant un personnage à part entière reflétant la température émotionnelle du récit se révèle remarquable. Mais il y a quelque chose de quelque peu dévitalisé et totalement à rebours du cinéma de l’homme d’Head on et In the fade qui crée une distance avec le récit. Comme si le sujet l’avait poussé à mettre en veilleuse ce qui constitue sa spécificité.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

L’ENGLOUTIE ★☆☆☆☆

De Louise Hémon

En 1899 dans un village alpestre trop haut perché, la vie s’articule à l’abri du vaste monde. Les regards s’arrêtent aux frontières d’un horizon sans perspectives. Dès lors, les croyances spirituelles permettent d’élargir le cadre. Encore que, la jeune institutrice (Galatea Bellugi) venue de la ville va vite comprendre que tout le monde vit replié sur lui-même et qu’une intimité est impossible. Louise Hémon sculpte un film d’abord intriguant autour des pièges du désir avant de finir étouffé par les limites d’un univers sauvage trop décoratif.

Thomas Baurez

 

Les reprises

Mariage royal, de Stanley Donen      

Metropolis, de Rintaro   

La Panthère rose, de Blake Edwards