La série enregistre le dernier râle d’une industrie transformée par les plateformes, et désormais uniquement en quête de rentabilité. Mais attention : c’est très poilant.
Bienvenue à l’enterrement. Cérémonie à cercueil ouvert mais pas de corps à pleurer : on s’apprête ici à mettre en terre une certaine idée du cinéma américain, à la fois ambitieux et grand public. Les causes du décès sont multiples : Covid, hégémonie des plateformes, désintérêt du public et peur bleue des studios de ne pas rentabiliser leurs investissements.
Dans cet Hollywood en bout de course, Matt Remick (impeccable Seth Rogen, également co-créateur et co-réalisateur de la série) fait office de dinosaure. Ce cinéphile passionné est propulsé à la tête d’une société de production en crise, Continental Studios. Son rêve : relancer la machine en fabriquant des films d’auteurs d’envergure, dans la droite lignée du Hollywood des années 70/80. Son cauchemar : un actionnaire qui ne jure que par la rentabilité et les projets faciles. Alors avec son petit groupe de fidèles, Matt tente de concilier l'inconciliable, naviguant à vue entre réunions absurdes avec le marketing, tournages chaotiques, décisions impossibles, coups bas, stars égotiques et la terreur permanente du faux pas fatal.
Satire cinglante et hilarante, The Studio appuie là où ça fait mal, observant mi-fascinée, mi-atterrée, l’agonie d’un système et le passage de témoin forcé des studios à l’ancienne vers Netflix et consorts. On le savait, évidemment, mais cela n’empêche pas la radiographie d’être aussi vertigineuse que déprimante. Car derrière le vernis de la comédie, le constat est implacable : l’industrie hollywoodienne a capitulé, avalée par la logique du « contenu » qui acte la fin du cinéma en tant qu’objet culturel d’importance (la scène où Matt tente de défendre la valeur de son métier face à des pédiatres oncologues est extrêmement savoureuse).
La série enregistre habilement ce dernier râle en mettant le paquet sur la forme (photo sublime, quasi crépusculaire ; plans-séquences qui soutiennent toujours le récit ou le propos…), pour mieux dénoncer la disparition d’un monde artistique dont chacun semble éperdument se moquer (même le vieux projectionniste du studio préfère le numérique à la pellicule).
Portée par un casting en or (Kathryn Hahn, Bryan Cranston, Ike Barinholtz, Catherine O’Hara, Chase Sui Wonders) ainsi qu’une avalanche de guests dans leurs propres rôles (mention spéciale à l’autodérision de Martin Scorsese, Ron Howard et Zoë Kravitz), The Studio ne fait - chose rare - que s’améliorer d’épisode en épisode, jusqu’à un final fou furieux au CinemaCon de Las Vegas. Ne subsistera qu’une incertitude : quel contenu serez-vous encore prêt à consommer après ça ?
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