Alain Tasma et les créateurs de la série racontent à Première la conception de grande fresque de France 2, au cœur du XVIIe siècle et de l’histoire méconnue de Marie de Rohan à la court de Louis XIII.
La fresque historique Une Amitié Dangereuse, diffusée à partir de ce soir sur France 2, plonge au cœur du XVIIe siècle français pour raconter l’irruption d’une jeune femme libre, fougueuse, dans une cour verrouillée par l’étiquette, les intrigues et les rapports de force. Écrite par Ève de Castro, Alain Tasma et Henri Helman, cette mini-série en quatre épisodes choisit de raconter l’Histoire à travers le prisme féminin, sans anachronisme mais avec une énergie moderne.
Tout commence avec Marie de Rohan, jeune épouse du favori royal, le duc de Luynes. Elle entre à la cour à 18 ans, devient la confidente d’Anne d’Autriche, et trouble l’ordre établi. "Ce qu'on a voulu mettre en scène, d'abord, c'est l'introduction d'une jeune fille de 18 ans, libre, dans une cour extrêmement figée, dirigée par un roi neurasthénique et une reine délaissée. L'introduction de Marie apporte une bouffée d'oxygène. Elle ouvre les fenêtres pour ainsi dire...", raconte le réalisateur Alain Tasma. Une arrivée tonique qui bouscule l’équilibre fragile de la famille royale.
Pour Ève de Castro, il s’agissait de faire exister des personnages féminins complexes et emblématiques : "On a trois types de femmes : Marie de Rohan, qui fait entrer de la vie dans une atmosphère corsetée. Il y a la reine, Anne d’Autriche, qui ne peut pas se libérer car enfermée dans son rôle. Les deux ont le même âge, ce sont des mômes. Et puis il y a la belle-mère, Marie de Médicis, une femme de pouvoir et une mère abusive, qui n’aime pas beaucoup son fils, Louis XIII. Chacune de ces femmes incarne son époque." Le trio, interprété par Kelly Depeault, Stephanie Gil et Maya Sansa, compose une fresque féminine subtile, entre rivalités, alliances et frustrations intimes. Face à elles, Jérémy Gillet incarne un Louis XIII jeune, fragile et dépassé par les tensions qui l’entourent.
"Les jeunes actrices avaient du mal à appliquer une autre grille de lecture que celle d'aujourd'hui, que celle de MeToo"
Mais pas question de plaquer une grille contemporaine sur leurs parcours. "Le casting n'a pas été simple parce que les jeunes actrices avaient du mal à appliquer une autre grille de lecture que celle d'aujourd'hui, que celle de MeToo", reprend Alain Tasma. "Ça a été compliqué de leur faire comprendre la réalité des relations des hommes avec les femmes au XVIIe siècle, de leur faire entendre ce rapport de soumission qui existait à l'époque. Et ça a été très important pour nous de respecter ça : la langue, la tenue des corps, tout en intégrant une forme de vitalité qui était la leur aussi. Parce qu'ils avaient 18 ans..."
Ce souci de justesse historique traverse l’ensemble du projet, même s’il laisse place à des choix narratifs assumés. "On prend des libertés, mais bien sûr qu'on fait attention à respecter l'Histoire", tempère Tasma. "Les mémorialistes de l'époque ne racontent pas tous la même chose. Le journaliste de l’époque inventait parfois. Il y a déjà des fake news (rires). Donc entre trois versions des mêmes faits, on choisit celle qui nous convient."
Où a été filmée la série ?
Le soin apporté à la reconstitution est aussi passé par le tournage, notamment dans le choix du lieu. Le Louvre, cadre d’une grande partie de l’action à l’époque, était hors de portée. Impossible de filmer dans le plus grand musée du monde. Donc il a fallu improviser. "Le Louvre est unique et on savait qu'on aurait du mal à trouver l'équivalent. On raconte l’histoire d’une famille dysfonctionnelle vivant sous le même toit, de gens qui ne se supportent pas. Donc j’étais très attentif à la circulation qui peut exister à l’intérieur des murs du château." C’est au château d’Ancy-le-Franc, en Bourgogne, que l’équipe a installé ses quartiers : "On n’a pas fait des répliques précises de leurs appartements au Louvre, mais ce sont des appartements du XVIIe siècle, historiquement crédibles. Ils ont cette grandeur."
Accessoires, costumes, mobiliers ont été minutieusement choisis. "En amont, il y a une très grande attention portée aux lieux et aux décors, aux accessoires, aux costumes, pour ensuite s'en fiche complètement et se focaliser sur les acteurs. On voit tout ça, mais ce n’est jamais au centre de la mise en scène."
Une Amitié Dangereuse, mini-série historique en 4 épisodes, à voir les mercredis 18 et 25 juin, sur France.







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