Justine Triet triomphe aux César 2024

Marechal Aurore/ABACA

Avec 6 trophées, dont meilleurs film, réalisation, scénario et actrice, Anatomie d’une chute s’impose dans une soirée où la quasi- totalité des favoris ont tenu leur rang.

Un triomphe façon remontada. Dans le duel qui l’opposait à l’autre grand favori des César 2024, Le Règne animal (recordman des nominations de la soirée, 12 au compteur), Anatomie d’une chute a d’abord connu un début de soirée délicat, où les trophées semblaient le fuir. Mais une fois les prix techniques collectés par le film de Thomas Cailley (costumes, son, photo, effets visuels, musique), le rouleau compresseur s’est mis en marche avec une gourmandise qui faisait plaisir à voir et à entendre. Montage puis second rôle masculin (où Swann Arlaud a triomphé de son camarade Antoine Reinartz), scénario, actrice (Sandra Hüller) et réalisation, seulement le deuxième trophée de cette catégorie remportée par une femme en 49 ans de cérémonies, 24 ans après Tonie Marshall pour Vénus beauté. Avant que le César du meilleur film ne soit attribué, l’égalité était parfaite. 5 César d’un côté, 5 de l’autre. Mais comme l’an passé, Dominik Moll avec La Nuit du 12, Justine Triet a réussi le doublé réalisation- film et s’impose donc comme la grande vainqueur de soirée, quinze jours avant d’aller porter haut nos couleurs aux Oscars


 

Ce succès symbolise la domination des films écrits ou réalisés par des femmes dans ce palmarès 2024. De Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry (second rôle féminin pour Adèle Exarchopoulos) ainsi vengée d’être injustement repartie bredouille pour Pupille en 2019 à L’Amour et les forêts (meilleure adaptation pour le duo Valérie Donzelli- Audrey Diwan) en passant par Les Filles d’Olfa en meilleur documentaire, Le Théorème de Marguerite qui permet à Ella Rumpf de décrocher le César de la révélation féminine ou encore Linda veut du poulet co- réalisé par Chiara Malta dans la très relevée course au César du meilleur film d’animation.


 

Mais ce succès d’Anatomie d’une chute symbolise aussi un palmarès qui a fait la part belle aux favoris et laissé peu de place aux surprises, à l’image aussi d’un Arieh Worthalter qui paraissait imbattable cette année pour sa composition en Pierre Goldman devant la caméra de Cédric Kahn ou de Chien de la casse de Jean- Baptiste Durand en meilleur premier long métrage. Et si l’on excepte Raphaël Quenard, sacré certes révélation masculine pour le même Chien de la casse mais que beaucoup annonçaient en route vers un doublé voire un triplé historique  (il était aussi nommé en meilleur acteur pour Yannick et court métrage documentaire) et l’absence de vannes contre la ministre de la Culture (une première depuis… combien de temps déjà ?), le seul vrai moment totalement inattendu nous a été offert par la catégorie film étranger où, à la manière de Quatre mariages et un enterrement terrassant La Liste de Schindler malgré la présence de Steven Spielberg dans la salle en 95, Simple comme Sylvain s’est imposé face au Oppenheimer de Christopher Nolan, reparti – à l’exception de son César d’honneur – bredouille comme pour Inception (battu par Social network) et Dunkerque (terrassé par Faute d’amour). Soit là encore, la victoire d’une réalisatrice (Monia Chokri et son Simple comme Sylvain dont le bonheur faisait un plaisir fou à voir). Ces César 2024 – qui resteront d’abord et surtout dans les mémoires pour la prise de parole forte, limpide, implacable de Judith Godrèche - furent incontestablement une affaire de femmes. Qui s’en plaindra ?


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