Première
par François Léger
Le jeu vidéo Exit 8 répond à des règles on ne peut plus simples : piégé dans un couloir vide de métro tokyoïte se répétant à l’infini, le joueur doit repérer des bizarreries qui se glissent dans le décor (une affiche qui change, une poignée de porte au mauvais endroit, une lumière qui clignote, deux hommes en costume noir qui apparaissent soudainement…). Si une anomalie apparaît, demi-tour immédiat. S’il n’y en a pas, alors il faut avancer pour espérer trouver la sortie, la moindre erreur vous faisant reprendre à zéro dans ce dédale infernal. Grand fan du concept, le Japonais Genki Kawamura (le drame N'oublie pas les fleurs en 2023) s’est lui-même confié la lourde tâche de transposer le jeu au cinéma. Il en garde l’ambiance oppressante, le motif répétitif et les murs d’un blanc immaculé, mais ajoute une surcouche psychologique avec un personnage principal confronté à l’annonce surprise de la grossesse de sa compagne. Doit-il aller de l’avant et assumer cette paternité ? Vous voyez l’analogie.
Pas toujours très malin dans ses effets de manche - on remarque souvent les anomalies avant le protagoniste -, Exit 8 ne perd pourtant jamais de vue son héritage ludique et parvient à maintenir à feu bas un sentiment d’étouffement. On n’aurait pas craché sur un peu plus de visions horrifiques, mais le film préfère prendre la voie de la critique d’une nation écrasée par ses conventions et la pression sociale. Il y gagne en profondeur ce qu’il y perd en efficacité.