Caïd Netflix
Netflix

La mini-série française, en 10x10 minutes, nous plonge dans le trafic des cités, caméra à l'épaule. Une immersion à couper le souffle, racontée par ses deux réalisateurs, Ange Basterga et Nicolas Lopez.

Avec Caïd, adaptation netflixienne de leur film coup de poing éponyme sorti en 2017, Ange Basterga et Nicolas Lopez racontent le trafic dans les cités de manière stupéfiante. Tony, parrain des barres d'immeubles au milieu desquelles il a grandi, commande un vaste réseau qu'il gère comme une grande entreprise. Mais il aspire pourtant à une vie plus calme. Alors que deux Parisiens débarquent pour filmer un clip de rap, ils vont se retrouver aux premières loges de son quotidien de Caïd, entre espoir et règlements de compte. Une plongée en "found footage" à couper le souffle, que les deux réalisateurs nous racontent.


Au départ, il y a ce film sorti en 2017, couronné au festival de Cognac. Vous avez décidé de l'adapter en mini-série pour Netflix, en 10 épisodes de 10 minutes, en remaniant le script initial. Comment avez- vous imaginé cette idée ?
Ange Basterga : On a voulu prendre le parti d'upgrader d'un point de vue créatif, narratif et technique. Introduire un label de rap, cela amenait plus de dynamisme dans la narration. La série est plus un thriller immersif, c'est plus fictionné que le long métrage d'origine. On avait une vision très documentaire sur le film. Là, on voulait quelque chose de plus tendu. Découper l'histoire en épisodes de 10 minutes, cela permet de renforcer une certaine tension. Et puis avoir Netflix à nos côtés, en termes de moyens, cela nous a permis plus de choses. On pourrait dire qu'on est passé du football amateur au football professionnel. On a eu la possibilité, créativement, en termes d'image, de décors, de pouvoir tout upgrader. Il fallait mettre l'histoire au niveau des standards internationaux de Netflix.

La série se passe dans une cité du sud de la France, qui semble être Marseille, sans jamais dire son nom...
Nicolas Lopez : C'est tourné à Martigues, ma ville de naissance, les cités où j'ai grandi. Mais c'est vrai qu'on peut dire qu'on est dans la région marseillaise. Les accents des acteurs ne trompent pas. Maintenant, on est surtout basé sur les personnages et au final, Caïd pourrait se passer dans n'importe quelle ville de France. On précise le sud de la France, mais on voulait un côté universel, on ne voulait pas s'enfermer dans les stéréotypes d'une seule ville.

Caïd Netflix
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La série n'est pas vraiment plus longue que le film, avec son format 10x10 minutes. Comment est-ce que vous avez abordé l'écriture ?
Nicolas : Le truc, c'est qu'il faut écrire un cliffhanger à la fin de chaque épisode. C'est très différent de penser comme ça, mais c'est un exercice très intéressant. Ça rend le projet beaucoup plus nerveux, beaucoup plus rythmé, beaucoup plus dynamique.  

« Moi je regarderais tout d'une traite ! »

Comment est-ce qu'il faut regarder la série selon vous ? D'une seule traite ou en plusieurs parties ?
Nicolas :  
Moi je la regarderais d'une traite !
Ange : Moi aussi, c'est une série facile à binger. Mais après, on peut aussi la regarder dans le métro, dans l'avion, ça peut s'adapter à toute forme de consommation des spectateurs.

Votre réalisation reprend le style "found footage" du film original. C'est une approche délicate à mettre en scène, puisqu'il faut systématiquement justifier chaque séquence...
Nicolas : On a beaucoup travaillé au découpage technique pour justifier chaque plan. Là, ce fut un vrai défi. D'autant que le "found footage", c'est un style qui est surtout utilisé dans le cinéma d'horreur, depuis Blair Witch
Ange : C'est LA référence. Je dirais que Caïd, c'est même Blair Witch qui rencontre Top Boy. Le plus difficile, à mon sens, c'est à l'écriture. Là, c'est vrai qu'on s'est arraché les cheveux !
Nicolas : C'est même très frustrant à certains moments le "found footage". Parce qu'on aurait envie de faire de beaux cadres, ici et là. Mais on ne peut pas... On ne peut pas faire tout ce qu'on veut. Même si j'avoue que, des fois, on s'est un peu lâché. À partir du moment où le spectateur est rentré dans l'histoire, on peut se permettre de se sortir un peu du cadre.
Ange : Mais à l'inverse, grâce au "found footage", on peut aussi faire des séquences ou des plans qu'on n'aurait jamais imaginé de façon conventionnelle. Au-delà des frustrations, il y a aussi un gros kiff à prendre en réalisant dans ce style. C'est un aspect immersif excitant, qui demande aux comédiens d'être hyper-réactifs. Ils se doivent d'être dans une composition viscérale, et c'est un gros challenge pour eux aussi.

Caïd Netflix
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Déjà le film Caïd était comparé à La Haine en 2017. Qu'est-ce que la série raconte des cités de France d'aujourd'hui ? Est-ce qu'elle montre aussi une forme de réalité ?
Nicolas : Oui, dans le sens où notre Tony est un dealer, mais ce n'est pas Tony Montana ! Ce n'est pas une vie rêvée. Il a une vie de merde. On veut montrer que son seul désir, c'est de sortir de sa condition, il n'est pas heureux d'être comme ça. Il n'est pas heureux de vivre cette vie-là. En quelque sorte, il n'a pas trop le choix.
Ange : Caïd montre la réalité des quartiers d'aujourd'hui, mais on avait vraiment à cœur d'y ajouter beaucoup d'humain, qu'on puisse adhérer à l'humanité de ces personnages. Rentrer dans leur intimité. Que ce ne soit pas à charge, ni à décharge d'ailleurs. 

Vous trouvez que la banlieue est bien représentée dans la fiction française ?
Ange
: Ça évolue petit à petit. On a plein de collègues qui ont réussi à faire leurs longs métrages. C'est vrai qu'on part de loin, mais on se rend compte qu'il y a beaucoup de films qui commencent à se faire là-dessus. Après, l'arrivée des plateformes de streaming comme Netflix permet de faire des choses qui ne se faisaient pas avant. Pour nous, ce fut une bénédiction !

« J'ai grandi dans ces milieux-là, donc je me sentais légitime pour parler de ça ! » 

Avec Caïd, on est pleinement plongé dans ces règlements de compte dont on entend parler, le matin, en allumant la radio. C'est une série qui a cette ambition : être dans l'air du temps ?
Nicolas
: Oui parce que dans la réalité, c'est même souvent pire. Comme on dit, la réalité rattrape souvent la fiction. On a juste essayé d'être le plus authentique possible. On a filmé des choses presque vécues. Personnellement, j'ai grandi dans ces milieux-là, donc je me sentais légitime pour parler de ça. Je connais. Même si c'est de plus en plus violent aujourd'hui.
Ange : Après, il y a une forme de morale dans cette série et on aimerait qu'elle fasse réfléchir les jeunes. Mais on ne fait pas de politique non plus.
Nicolas : On ne montre pas une mauvaise image des quartiers, on dépeint une tragédie. Celle de vivre dans ces environnements-là. Quand on est au quotidien dans ces trafics, dans ces réseaux, 95% des gens qui y vivent n'ont qu'un seul souhait : quitter la cité ! Comme Tony. C'est une réalité. Moi je rêvais de quitter ma cité avec ma caméra...