Chinatown
Paramount Pictures

Le duo Jack Nicholson- Faye Dunaway est à l’honneur ce soir de « Place au cinéma » sur France 5, présenté par Dominique Besnehard

Le retour de Roman Polanski à Hollywood

Chinatown met en scène, dans le Los Angeles des années 30 aux prises avec les guerres de l’eau, Gittes, un détective privé qui enquête sur la mort par noyade d’un ingénieur des eaux qu’il suivait au départ pour prouver son infidélité. L’initiateur de cet hommage à la grande époque des films noirs a pour nom Robert Towne. Après son travail de consultant – non crédité au générique – de plusieurs films dont Bonnie & Clyde, il vient tout juste de signer le scénario de La Dernière corvée d’Hal Ashby quand il se voit proposer par le producteur Robert Evans (qui vient de produire Le Parrain et Serpico) 175 00 dollars pour adapter Gatsby le magnifique de Fitzgerald. Il décline cette offre (que Coppola va accepter, lui, avec Jack Clayton à la réalisation), ne se jugeant pas capable de fournir un travail à la hauteur de l’œuvre, mais propose en échange – et pour une somme d’argent moins importante – une idée d’histoire, née de sa conversation avec un de ses amis policiers. Evans tope là et c’est ainsi que va naître Chinatown. A la réalisation, John Huston, Peter Bogdanovich et Mike Nichols sont tour à tour approchés mais déclinent. Robert Towne s’apprête alors à le porter à l’écran lui- même jusqu’à ce que Jack Nicholson (pour lequel Towne avait écrit, sans être crédité, son premier long métrage comme réalisateur, Vas- y fonce en 1971), engagé pour le rôle central, demande à son grand ami Roman Polanski de s’en charger. Polanski commence par décliner. Il vit en Europe depuis l’assassinat tragique à L.A. de sa femme Sharon Tate. Il envisage alors même de s’installer définitivement à Rome. Mais ses deux échecs successifs avec Macbeth et Quoi ?, l’insistance de Nicholson avec qui il voulait à tout prix faire un film et le désir d’Evans en quête d’une vision européenne pour ce film le feront changer d’avis. Sans se douter alors que ce serait le dernier film qu'il tournerait aux Etats- Unis

La guerre Roman Polanski- Robert Towne

Pour son retour à Hollywood six ans après Rosemary’s baby, Roman Polanski entend évidemment mettre son grain de sel dans le scénario de Robert Towne. Et il va le forcer à réécrire le scénario avec lui, sans que jamais ils ne parviennent à s’accorder. Ni sur l’arc narratif, ni sur la conclusion de l’intrigue. Polanski la souhaitait amère, dénuée de tout happy end quand Towne désirait une revanche jouissive de l’héroïne du film sur un père incestueux.

De Jane Fonda à Faye Dunaway

Robert Towne avait en tête le casting de Chinatown dès la phase d’écriture. Jack Nicholson pour incarner Jake Gittes donc et… Jane Fonda pour camper la mystérieuse Evelyn Mulwray, la femme de l’ingénieur assassiné qui l’engage pour continuer l’enquête. Mais, très vite, son producteur Robert Evans a une autre idée, sa femme Ali MacGraw. Idée qui ne survivra à son divorce après que la comédienne a eu un coup de foudre pour Steve McQueen sur le tournage de Guet- apens. A son arrivée sur le projet, Roman Polanski penche, lui, pour Julie Christie, proche amie de Sharon Tate. Mais le compromis se fera autour de Faye Dunaway, appuyée par Polanski, sensible à sa beauté étrange voire un peu démodée qui convenait à ses yeux au rôle (il construira même son look en s’inspirant de la manière dont sa propre mère se maquillait et s’habillait dans les années 30). L’héroïne de Bonnie & Clyde et L’Affaire Thomas Crown sort de quatre années remplies d’échecs successifs. Ce rôle de femme fatale relancera sa carrière et lui vaudra sa deuxième nomination à l’Oscar (où elle s’inclinera face à Ellen Burstyn pour Alice n’est plus ici de Scorsese). Mais le tournage fut houleux, l’actrice reprochant au cinéaste de lui avoir arraché les cheveux et de ne pas l’avoir assez dirigée, le réalisateur la traitant de dingue et d’emmerdeuse.


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