Adú de Salvador Calvo
Manolo Pavón/ Netflix

Trois récits croisés pour raconter les tragédies humaines autour de la question des migrants. Des bonnes intentions qui se fracassent sur trop de maladresses

Pour son deuxième long métrage, Salvador Calvo aborde l’épineuse question des migrants venant chercher en Europe une terre promise qui se révèle souvent leur tombeau et plus largement, à travers ce sujet, les rapports troubles entre l’Afrique et l’Occident. Et il s’y emploie avec une ambition scénaristique certaine. Puisque le Adú qui lui donne son titre n’est que le héros d’une des trois histoires croisées qui constituent son récit. Celle donc de ce petit garçon donc qui entreprend un long voyage vers l’Europe avec sa sœur pour y retrouver leur père mais aussi celles de gardes- frontières espagnols accusés de meurtre sur un migrant et d'un de leurs compatriotes travaillant en Afrique pour une ONG à la protection des éléphants qui entretient des rapports compliqués avec sa fille accro aux stupéfiants en tout genre.

L’ambition est donc là, la sincérité du geste aussi. Mais le résultat ne se montre hélas pas à la hauteur. Trop de musique inutile (pâle copie souvent, qui plus est, des compositions de Gustavo Santaolalla pour Babel), une manière de filmer la violence rarement à bonne distance mais d’abord et avant tout une vraie difficulté à mener ces trois histoires de front. Car Adú porte bien son titre. C’est le destin de ce petit garçon qui semble avant tout passionner Salvador Calvo et apporte au film ses meilleurs moments. Logique : il s’agit du récit le plus creusé, le plus sous tension, le plus riche en rebondissements des trois. En comparaison, le destin vu et revu de ces garde- frontières soutenus par leur hiérarchie bien plus puissante que les associations de défense des victimes et cette relation père- fille (malgré le toujours parfait Luis Tosar) tout aussi cousue de fil blanc manquent de souffle et de coffre. Salvador Calvo dilue son message et fabrique un puzzle dont seules certaines pièces apparaissent réellement essentielles. Dès qu’il se concentre sur Adú, même sa mise en scène se fait plus précise, plus haletante (impressionnante scène de voyage d’Adú et sa sœur dans la soute glaciale d’un avion,  à quelques centimètres du train d’atterrissage). Il se libère enfin du carcan du film à sujet et de ses nobles intentions. Mais il le fait à de trop rares moments pour convaincre pleinement.

 

De Salvador Calvo. Durée : 1h59

 

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