Cannes jour 3
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Tous les jours, le point à chaud en direct du 78e festival de Cannes.

Le film du jour : Dossier 137 de Dominik Moll

Dominik Moll revient dans la compétition cannoise, 20 ans après Lemming, 25 ans après Harry, un ami qui vous veut du bien. La Nuit du 12, son précédent film, celui qui l’a remis en selle avec son gros succès critique, public, et ses sept César, avait dû se contenter d’une présentation dans la section fourre-tout Cannes Première en 2022. La sélection de Dossier 137 en compétition cette année ressemble presque à une validation a posteriori de l’importance de La Nuit du 12. Les deux films sont d’ailleurs jumeaux : un chiffre dans le titre, une structure de procedural obsessionnel, un thriller autour d’un sujet de société : après le féminicide de La Nuit du 12, les violences policières pendant les manifs des Gilets Jaunes.

Le film, inspiré de faits réels, détaille l’enquête d’une flic de l’IGPN (Léa Drucker, excellente, comme toujours), qui doit identifier les policiers ayant grièvement blessé un manifestant d’un tir de LBD, dans une rue près des Champs-Elysées. Le sujet est sérieux, et le ton extrêmement mesuré, réfléchi, précis, didactique. Du pur cinéma Dossiers de l’écran, intelligent et fin, peut-être, mais trop prudent et édifiant, et qui donne le sentiment que Dominik Moll répète une formule, quand on espérait que sa sélection en compétition était le signe qu’il était parti explorer des zones plus inconfortables. 

Dossier 137 Lea Drucker
Haut et Court / Fanny De Gouville

La perf du jour : Mélanie Laurent 

Le 17 mai 2014, Mélanie Laurent présentait à la Semaine de la Critique son deuxième long métrage, Respire, et offrait à Joséphine Japy le personnage qui allait changer le cours de sa carrière. Ce 15 mai 2025, quasiment 11 ans jour pour jour, voilà que les rôles s’inversent. C’est au tour de Joséphine Japy de passer pour la première fois derrière la caméra avec Qui brille une combat, une histoire inspirée par sa propre petite soeur atteinte d’un trouble génétique rare et la déflagration qu’a pu avoir ce handicap lourd sur sa famille. Un film d’une sensibilité immense sans un instant verser dans le pathos.

Et pour jouer la mère de cette enfant, Joséphine Japy a donc choisi de faire appel à… Mélanie Laurent ! Une mère au bord de l’épuisement, forcée de gérer ce qui peut l’être comme elle peut alors que son mari semble avoir choisi de multiplier les heures supp’ au bureau pour éviter de se confronter au réel. Un rôle aussi passionnant que casse-gueule tant les roller coaster émotionnels contradictoires surgissent à tout moment et dans tous les sens qu’elle transcende avec un naturel désarmant et une virtuosité jamais performative. Une composition aussi marquante que celle de Je vais bien ne t’en fais pas qui lui avait valu le César de la révélation, portée par le regard d’une réalisatrice qui la connaît si bien. L’art de la transmission.

Mélanie Laurent dans Qui brille au combat
Apollo Films

Le fantôme du jour : Fatma Hassona

Un nom hantait Cannes depuis trois jours. Celui de Fatma Hassona, Fatem, 25 ans, photojournaliste palestinienne tuée le 16 avril par les forces israéliennes avec plusieurs membres de sa famille, deux jours seulement après l'annonce de la sélection du documentaire qui lui est consacré. Juliette Binoche dans son discours d’ouverture l’avait mentionnée, rappelant que “Fatma aurait dû être parmi nous ce soir. L'art reste. Il est le témoignage puissant de nos vies, de nos rêves et nous, spectateurs, nous l'embrassons.” 

Un nom donc, comme le symbole de notre impuissance. Mais depuis la projection de Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi, ce spectre, ce nom est devenu un visage. Un visage qui désormais va nous obséder.

Fatem Hassona
Rêves d'Eau Productions

Le teasing du jour : Jennifer Lawrence et Robert Pattinson 

C’est potentiellement le plus gros buzz cannois de la compétition. Die, My Love, le nouveau Lynne Ramsay, sera présenté samedi soir sur la Croisette. Et un premier extrait sauvage, teasant une relation animale entre Jennifer Lawrence et Robert Pattinson, vient d’être dévoilé. 

Ce teasing annonce une histoire bien barrée. Normal, on parle de la réalisatrice de We Need to Talk About Kevin et A Beautiful Day. Entre trip arty et pub pour parfum, cette demande de mariage sauce national geographic laisse entrevoir un film bien clivant qui devrait déchirer la presse et les festivaliers. Et sans doute la rédaction de Première.

Ce projet réunit les deux dernières movie stars de la nouvelle génération (J Law et R Patz), avec une promesse de glamour dont Cannes 2025 a manqué jusqu’ici. C’est aussi une énorme attente de cinéma, avec un couple d’acteur au talent indéniable. Coup de génie ou arnaque ? On prépare déjà le pop corn. 


 

Le trip du jour  : Sirāt d’Oliver Laxe

Du sable ocre, des falaises majestueuses et un mur d’enceintes qui envoie du gros son. D’abord dépeuplé, le film de l’espagnol Oliver Laxe (récompensé du Prix du Jury Un Certain Regard pour Viendra le feu en 2019) se remplit de corps en transe. Les beats électros font vibrer le cadre par saccade. L’action se passe dans le désert marocain. Au milieu de la foule, un homme (Sergi Lopez) accompagné de son jeune fils, distribue des avis de recherche. Sa fille a disparu il y a 5 mois. Bientôt l’armée viendra déloger tout ce petit monde. Le film va dès lors se resserrer autour d’une bande de desperados soucieux de trouver la prochaine rave qui se présentera à eux. Mais plus ils s’enfoncent dans le désert, plus le trip vire au cauchemar. La mort rôde, brutale, sans sommation.

Laxe filme la fin d’un monde, la fin du monde. Son Sirāt c’est  Mad Max en sarouel, Zabriskie Point version punks à chien… Un film-chaos tel que les seventies en ont pondu à la pelle pour mieux figurer l’agonie des illusions. Dans la dernière partie, au milieu d’un champ de mines, deux enceintes, monolithes kubrickiens, diffusent des vibrations pour s’envoyer en l’air. Laxe prend ses teufeurs au mot et les dégomment un à un. Avant ça, on aura vu un enfant disparaître tragiquement. Sirāt selon la tradition islamique est le pont qui sépare le paradis de l’enfer. Le mystique Laxe envoie ici des ondes de l’autre côté des vivants.      


 

Aujourd’hui à Cannes 

Allez, on se lève évidemment comme chaque jour à 7 h pétantes pour réserver ses places (courage à tous) et on file voir The Plague, thriller avec Joel Edgerton à Un Certain Regard. Puis enchaînement sur Que ma volonté soit faite de Julia Kowalski à la Quinzaine, avant de se faire le mythique Hard Boiled (restauré en 4K) à Cannes Classics. Un petit détour s’impose du côté de La Semaine de la critique pour la comédie Baise-en-ville de Martin Jauvat, et on termine en feu d’artifice avec les surexcitants Eddington d'Ari Aster et La Petite Dernière d'Hafsia Herzi en compétition.

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