Première
par Frédéric Foubert
Skender (Niels Schneider), ancien légionnaire devenu SDF, est contacté par Max (Ramzy Bedia), l’un de ses anciens frères d’armes, désormais majordome d’une mystérieuse femme d’affaires. Celle-ci (Linh-Dan Pham) propose une très importante somme d’argent à Skender en échange d’un « jeu » à haut risque… Pas besoin d’avoir lu le premier roman du réalisateur Lucas Belvaux – qui adapte ici lui-même son propre livre – pour vite comprendre qu’on est face à une variation sur Les Chasses du Comte Zaroff : la commanditaire, prédatrice accomplie, veut savoir si elle aurait le courage de tuer un homme. Skender, lui, entend assurer le confort matériel de son ex-femme et de ses fils. Le thème du gibier humain a été joué sur tous les tons dans l’histoire du cinéma, de La Proie Nue au Chasse à l’homme de John Woo. Mais Belvaux ne s’aventure pas ici sur le terrain de l’action viscérale – la promesse du survival est une fausse piste. Il préfère explorer la question du pacte « zaroffien » sous ses angles psychologiques, politiques, philosophiques, s’interroger sur la brutalisation de la société, sur le rôle de l’argent dans la recherche du bonheur, sur les traumas causés par les guerres. Il sonde l’intériorité de ses personnages dans une mise en scène élégante et triste, comme endeuillée, ponctuée de projections mentales et de beaux flashbacks mutiques. Cette approche cérébrale est parfois trop distanciée (jusque dans l’interprétation, très hiératique), mais a le mérite d’aborder un sujet classique de façon originale. En attendant le nouveau Running Man…