Première
par Frédéric Foubert
Le titre français fleure bon le cinéma US des fifties, quelque part entre Les Indomptables et Seuls sont les indomptés. Et c’est d’ailleurs dans les années cinquante que ça se passe. Du Kansas à la Californie, Les Indomptés est l’histoire d’un triangle amoureux, qui deviendra un quintet. Muriel (Daisy Edgar-Jones) a épousé Lee (Will Poulter), mais succombe bientôt au charme du frère de celui-ci, le beau Julius (Jacob Elordi). Qui lui-même tombe amoureux d’un as du poker mexicain (Diego Calva). Avant que Muriel ne s’intéresse aussi à sa voisine Sandra (Sasha Calle), une artiste aux mœurs libres… Pour le réalisateur Daniel Minahan, il s’agit de dépeindre des passions contrariées, des élans homosexuels étouffés par la gangue de l’Amérique conservatrice. On pense au cinéma de Todd Haynes, à Loin du paradis ou Carol, pour cette façon de vouloir mettre à jour les douleurs cachées sous la surface trompeuse des chromos. Minahan capture bien la tristesse de lieux où la vie semble mécanique, voire absente : tripots sans joie, chambres de motels, zones pavillonnaires en friche… Mais Les Indomptés a aussi, paradoxalement, la raideur d’un drame 50s corseté. Tout y est très écrit, trop souligné, comme ce parallèle entre les jeux de hasard que pratiquent les personnages et ceux de l’amour. Les comédiens (plein de visages bien-aimés, d’Edgar-Jones à Elordi) composent des personnages attachants mais, à cause de cette mise en scène cadenassée, échouent en partie à faire ressentir la passion censée flamber en eux. Trop sages sont ces Indomptés.