Toutes les critiques de Kouté Vwa

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thomas Baurez

    Le cinéma français se délocalise très peu et, on caricature à peine en affirmant que passé le périphérique parisien c’est le grand vide. On se réjouissait récemment de redécouvrir Marseille hors des seuls sentiers empruntés par la caméra de Robert Guédiguian avec des films iconoclastes comme Fotogenico ou Les femmes au balcon. Loin des clichés. Voici que depuis plusieurs mois une vague (osons le mot !) de films venus des Drom (Départements et régions d’outre-mer) se taillent une place de choix : Fanon de Jean-Claude Barny, Zion de Nelson Foix ou encore Marmaille de Grégory Lucilly… Kouté-Vwa arrive donc porté par un élan qui pourrait élargir sa portée que beaucoup d’exploitants croyaient uniquement dirigées vers un public très ciblés. Or la part d’universalité de ces films repose sur un ancrage territorial certes spécifique que la transfiguration par le cinéma ouvre au monde.

    Kouté Wva se présente comme un documentaire expérimental dont le « récit » repose sur une tragédie : la mort d’un jeune guyanais poignardé lors d’une fête dans les faubourgs de Cayenne. Près de 15 ans après les faits les blessures sont toujours vives, surtout pour son meilleur ami perdu dans ses cauchemars et ses rêves d’ailleurs. Les perspectives semblent ici bouchées. Si le jeune homme vente la beauté des criques et l’odeur des fruits de sa Guyane, elles ont goût d’amertume. Sur les murs du quartier, une fresque représente le visage de l’ami décédé, comme un rappel à l’ordre, une mémoire qui ne doit pas s’effacer pas.

    « Dans Kouté-Vwa, j’ai tenté de documenter au plus près la réalité des protagonistes, tout en offrant par la fiction une réflexion sur la persistance de la violence dans une région marquée par l’histoire de l’esclavage transatlantique. », explique Maxime Jean-Baptiste, 33 ans, dont c’est le premier long-métrage.

    La mère du défunt et son petit-fils, Melrick, traversent également le film de leur sagesse et leur humanité. Comment pacifier la Guyane, faire cesser une violence qui est d’abord sociale ? Le film pose toutes ces questions sans jamais chercher à enfermer son récit dans un discours. A la fin, Melrick se baigne dans l’eau agitée, sa grand-mère le sèche puis l’enlace avant de le laisser courir au loin… L’enfant court vers une liberté bien gardée. Simple et puissant