La folle histoire derrière le retour inattendu d'Alain Chabat au monde d'Astérix. Le réalisateur nous raconte tout !
Il y a des projets qui naissent un peu par hasard, comme la potion magique. La nouvelle série Netflix Astérix : Le Combat des Chefs - ligne depuis le 30 avril - en est un bon exemple. Qui aurait cru qu'une simple confidence lors d'une masterclasse donnerait naissance à l’un des événements les plus attendus de l’année ?
Tout commence en 2017. Alain Chabat, lors d’une masterclasse à la Cinémathèque, évoque presque distraitement une habitude personnelle : "À mes heures perdues, quand j’ai envie de faire des exercices, j’écris des petits traitements autour d’albums d’Astérix." Une confidence innocente, filmée et partagée sur YouTube. "J’avais envie d’écrire quelque chose, mais je n’avais pas d’idées qui me tenaient suffisamment pour me lancer" explique Chabat à Première.
"Alors, comme pour faire des gammes, pour muscler un peu mon écriture, je me suis amusé à adapter Le Combat des Chefs."
Ce que Chabat ignorait, c’est que Céleste Surugue, directeur général d’Albert René, était à l’affût. "Quand j’entends ça, je copie le lien de la vidéo et je la partage immédiatement à Isabelle Magnac," raconte-t-il. Cette dernière, directrice générale d’Hachette Illustré et impliquée de longue date dans l’univers d’Astérix, connaissait bien Chabat. Elle le contacte sans attendre. "Très vite, elle nous fait passer un traitement que Chabat lui a envoyé. Une quinzaine de pages," poursuit Surugue. "Et c’est… génial."
Le traitement en question ? Une adaptation de la bande-dessinée de Le Combat des Chefs (publiée en 1966) "à la fois très fidèle et en même temps très moderne." La réaction est immédiate : il faut en faire quelque chose. Mais Chabat hésite. Après tout, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre reste gravé dans la mémoire collective comme un énorme succès. Passer derrière sa propre œuvre comporte des risques.
C’est alors qu’Isabelle Magnac lui suggère l’animation plutôt qu’un nouveau film en prises de vues réelles. L’idée fait son chemin, mais le projet peine à se concrétiser. Jusqu’à ce que Netflix entre en scène. "Au début, dans notre tête à tous, il s’agissait d’un film," précise Surugue. Mais après avoir écouté les ambitions de Chabat, c’est Dominique Bazay, la patronne de Netflix, qui propose une autre direction : "Est-ce qu’on ne pourrait pas décliner ça en série ?" Et le projet était lancé.
Dès le départ, deux évidences s’imposent : il faut les meilleurs, et la série doit être réalisée en France. "Netflix a accordé un budget pour tester trois ou quatre studios, avec une petite séquence de trois minutes," explique Krystof Serrand, alors directeur de l’animation chez Netflix. C’est finalement TAT Productions qui remporte la mise. "Sur les tests, nous n’étions pas forcément meilleurs que les autres techniquement," confie Jean-François Tosti, fondateur du studio, "mais nous étions visiblement les seuls à avoir proposé quelque chose avec des touches d’humour."
Le hasard veut que l’un des premiers projets réalisés aux débuts du studio TAT était lié à… Chabat. "C’était un court métrage qui s’appelait Le Vœu," se souvient Tosti.
"Il durait 5 minutes. C’était en 2001, et à la même époque, Alain Chabat allait sortir son Mission Cléopâtre. La production du film cherchait un court d’animation à mettre en avant-première, comme ça se faisait encore à l’époque. On avait envoyé une VHS du Vœu pas terminé, sans trop y croire. Et quelques semaines plus tard, coup de fil : Chabat avait choisi notre film ! On a dû le finir en urgence et on s’est retrouvés tout à coup projetés dans la moitié des salles de France. Vous imaginez l’honneur et le coup d’accélérateur pour notre petite boîte à l’époque ?
Outre le studio toulousain, Netflix et Chabat ont fait appel à des cadors de l’animation. D’abord Fabrice Joubert à la coréalisation. Aurélien Prédal, qui a travaillé sur Vice Versa 2 et Spider-Man: Across the Spider-Verse, est le directeur artistique. Et pour coordonner tout cela, Krystof Serrand, donc, ancien de DreamWorks, qui a commencé sa carrière avec… Astérix. "J’ai appris à lire avec les albums Astérix. J’ai appris à dessiner avec Astérix ! Et j’ai appris l’animation dans Astérix, parce que mon premier boulot professionnel, c’était sur les films Gaumont, au début des années 80, Astérix et la Surprise de César."
Reste une question que tout le monde se pose : pourquoi Alain Chabat revient-il à Astérix plus de vingt ans après Mission Cléopâtre ?
"C’est assez simple en fait : je trouve ces personnages super marrants et attachants," répond Chabat. "Les personnages que Uderzo et Goscinny ont imaginés sont ultra bien construits."
Une admiration qui confine à l’obsession : "Je ne sais pas comment c’est possible que ces personnages, créés il y a 60 ans, soient toujours aussi pertinents pour moi. Tu ne lis pas le même album à 10 ans, 16 ans ou 40 ans. À chaque fois tu te dis : ‘Ah… mais en fait c’est ça que ça raconte !’"
Cette série, c’est donc aussi un hommage au "génie de ce duo" qui l’a "toujours impressionné" : "leur fantaisie, leurs jeux de mots, parfois poussés au délire… ça reste une source d’inspiration essentielle pour moi." Face à de tels monuments, Chabat reste humble : "Certains créateurs sont dans l’espace. Et donc inatteignables. Le minimum, c’est de tout faire pour être à notre humble niveau, à la hauteur de ce matériau."
Les Gaulois n’ont pas fini de nous surprendre.







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