Paris Texas
Tamasa Distribution

La Palme d’Or 1984 signée Wim Wenders est à l’honneur ce soir de « Place au cinéma » sur France 5, présenté par Dominique Besnehard

L’amitié Wim Wenders- Sam Shepard

Amoureux du mythe américain depuis sa jeunesse, l’allemand Wim Wenders s’y installe en 1977 à l’invitation de Francis Ford Coppola qui lui propose de mettre en scène Hammett, un film sur l’écrivain Dashiell Hammett (Le Faucon maltais) qu’il produit. Cette aventure peuplée de conflits dans tous les sens tourne au cauchemar et ne s’achève que cinq ans plus tard. Mais dans tout ce processus complexe, il s’est fait un ami, l’acteur et dramaturge Sam Shepard. C’est lui que le cinéaste voulait pour camper Hammett avant que le studio Orion n’y mette son veto. Et les deux hommes se sont alors jurés qu’ils se retrouveraient… sans se douter que cela se produirait aussi rapidement. Car quand Shepard envoie à Wenders son roman Motel chronicles avant sa publication, le cinéaste a un coup de foudre. Il sait qu’il tient son prochain film. Son vrai film américain. Alors ils se mettent à plancher ensemble sur le scénario. Wenders veut rester fidèle au livre et rêve d’un road movie traversant les Etats- Unis jusqu’au Canada. Shepard entend trahir son propre récit et souhaite concentrer son récit dans le seul Etat du Texas. Ils échangent, parlementent. Et tombent d’accord sur l’histoire de Travis qui réapparaît subitement sans explication après quatre années d'errance passées au Mexique et part au Texas à la recherche de la femme qu’il aimait et de leur fils. Paris Texas vient de voir le jour. Wenders veut évidemment aussi que Shepard joue Travis. Mais celui- ci décline : il ne peut se résoudre à quitter Jessica Lange dont il vient de tomber amoureux sur le tournage de Frances et part tourner avec elle Les Moissons de la colère de Richard Pierce. Mais Shepard qui souffle quand même l’idée  de son « remplaçant » : Harry Dean Stanton qui, en 30 ans de carrière, n’avait jamais eu droit à un premier rôle.

La France en force

Chat échaudé craint l’eau froide. Pour ce film américain, Wenders a donc choisi des producteurs allemands et français. Et parmi eux, une légende : Anatole Dauman, le producteur d’Hiroshima mon amour, de La Jetée, de La Planète sauvage, de L’Empire des sens ou encore du Tambour, co- Palmé d’Or en 79. Et il n’est pas le seul français de ce plateau : Jean- Paul Mugel (Césarisé pour Farinelli de Gérard Corbiau, dix ans plus tard) se retrouve en charge du son, Agnès Godard, future directrice de la photo attitrée de Claire Denis y travaille comme assistante caméra. Et cette même Claire Denis assiste, elle, directement, Wenders sur le plateau, comme elle le fera encore en 1987 pour Les Ailes du désir avant de débuter sa carrière de cinéaste l’année suivante avec Chocolat.

L’Amérique le boude

Palme d’Or à Cannes avant que plus de deux millions de Français ne se précipitent à sa découverte en salle, Paris Texas avait tout pour faire un sérieux candidat aux Oscars. Et quand on voit les candidats à la course à la statuette du meilleur film en 85 – La Déchirure, La Route des Indes, Les Saisons du cœur, A soldier’s story et, le lauréat, AmadeusParis Texas avait aisément de quoi rentrer dans le Top 5. Mais son distributeur sur place, la pourtant toute puissante Fox, n’y croit pas donc n’investit pas. Or aux Oscars, l’argent est le nerf de la guerre. D’où le zéro pointé aux nominations même pour Harry Dean Stanton.

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