Que pensions-nous du film de Christopher Nolan au moment de sa sortie ?
En 2006, entre deux Batman, Christopher Nolan signait un des bijoux de sa filmographie, Le Prestige, à revoir ce dimanche sur Arte. Un tour de magie qui avait bluffé Première lors de sa sortie. Notre critique de l'époque :
Une brillante métaphore du cinéma
"Est-ce que vous regardez attentivement ?" Dès les premières images de ce film cousin de Memento, la voix off nous entraîne dans les recoins obscurs du drame victorien. Le Prestige semble d’abord voué à son tour de force esthétique, un exercice de style gothique consistant à marier passé et futur, bric-à-brac et technologie. Lyrisme sombre, réalisme brut : Nolan confirme après Batman Begins, son statut de styliste dark monstrueux. Chaque plan est un piège pour l’œil et conduit au bord de l’asphyxie visuelle.
Mais derrière la fantaisie mélancolique fin de siècle sa cache… un double fond. Ce n’est pas l’illusion qui intéresse le cinéaste. C’est la technique, les coulisses du spectacle qui confèrent au Prestige son socle théorique et son potentiel poétique. L’affrontement entre le showman et le technicien raconte en réalité l’opposition entre le spectacle et la science, la magie et le réel, et rejoue en douce l’affrontement de Méliès contre Lumière. En suivant Borden et Angier (Christian Bale toujours névrosé et Hugh Jackman intense), deux artistes qui se brûlent les ailes dans une course obsessionnelle au progrès, Nolan se lamente sur la disparition de l’âge du fer tout en s’émerveillant de l’électricité et de la mécanisation…
Cocktail de visions futuristes et d’imageries classiques, intrigue tortueuse qui s’amuse à perdre le spectateur, tragédie humaine contre mécanique du récit, Le Prestige est une belle métaphore du cinéma. Avec son duel d’acteurs imposants, sa mise en scène stylée et son script brillant, Nolan vient de réussir son nouveau tour.
Gaël Golhen
[En attendant Tenet] Comment Nolan a supplié David Bowie de jouer dans Le Prestige







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