Première
par Frédéric Foubert
Dans un palace de la Côte d’Azur, un vieil espion se demande si ses anciens ennemis jurés ne sont pas de nouveau à ses trousses. Pour les contrer, il replonge dans le souvenir de ses anciens exploits… Reflet dans un diamant mort est le quatrième film du duo Hélène Cattet - Bruno Forzani, explorateurs fétichistes des formes les plus excitantes de l’âge d’or du cinéma populaire des années 60 et 70. Après le giallo (dans Amer et L’Etrange couleur des larmes de ton corps) et le polar revu à la sauce spaghetti (Laissez bronzer les cadavres), ils sondent ici la mémoire des films d’espionnage sixties, de James Bond et ses copies européennes au Danger : Diabolik ! de Mario Bava. Prenant la forme d’un kaléidoscope, nourri de références à l’Op Art, le film questionne les principes d’hypnose et d’illusion inhérents au cinéma. Ici, le méchant parvient à faire croire à ses victimes qu’elles sont dans un film, les robes racontent des histoires, les masques s’arrachent en cascade et chaque image en cache une autre. Au-delà du plaisir d’esthète, il s’agit, aussi, de se demander ce que ce genre qui envoûta les foules recelait de violence machiste, de soumission à un hédonisme mortifère. A la fois amoureux et critique, expérimental et ironique (en gros, c’est comme si Satoshi Kon avait réalisé un OSS 117), le film vibre d’une extraordinaire pulsion de vie cinéphile. Les formes passées ne sont pas mortes : si on les regarde sous un nouvel angle, elles peuvent être rediscutées, revivifiées, ressuscitées, et rebondir ainsi à l’infini.