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Sacré meilleur film de la section Orizzonti à la Mostra 2018, ce premier long métrage du directeur de la photo thaïlandais Phuttiphong Aroonpheng réussit à maintenir tout au long de son récit volontairement nébuleux un équilibre toujours délicat entre poétique et politique. Il s’ouvre par la découverte, dans une forêt, d’un homme blessé et inconscient par un pêcheur islandais qui le soigne et lui offre son amitié. Avant qu’un beau jour celui- ci disparaisse mystérieusement et que, petit à petit, l’étrange étranger muet semble peu à peu prendre sa place. Des images et un son très travaillés (coup de chapeau à la singulière B.O. des Strasbourgeois de Snowdrops) donnent à cette intrigue un aspect envoûtant tout en embrassant un sujet o combien concret. A savoir le drame vécu par les Rohingyans, cette minorité birmane musulmane poussée par les violentes persécutions organisées par les autorités de ce pays (un nettoyage ethnique, selon l’ONU) à un exode massif et forcément risqué. A travers ce personnage de réfugié muet, Manta Ray apparaît comme une fable sur un peuple privé de voix et sur laquelle plane l’ombre de ces hommes et ces femmes, migrants clandestins, retrouvés noyés sur cette plage où son personnage central a échoué, lui, vivant. Son côté abscons constitue sa limite et on éprouve régulièrement le sentiment qu’Aroonpheng se regarde un peu trop filmer. Mais le geste cinématographique reste fort pour un premier long.
Manta Ray

