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Les critiques de Première

  1. Première
    par Thomas Baurez

    Une guerre civile est par essence fratricide. Les hommes et les femmes qui s’affrontent finissent par se confondre et se fondre dans une identité tantôt revendiquée (l’insolence des vainqueurs) ou dissimulée (le fardeau des vaincus) Le film de Tudor Giurgiu fait de ce chaos identitaire l’essence même de son récit. Les signes de reconnaissance tombent dès lors que l’extrême brutalité du réel contrarie toutes perceptions. Décembre 1989, la ville de Sibiu en plein cœur de la Transylvanie est un champ de bataille depuis que la révolution contre le régime de Ceausescu est en marche. La caméra saisit la frénésie d’un espace où les balles et les cris blessent les corps. Et soudain, un abime. Le bassin d’une piscine vidé de son eau devient une prison où policiers et miliciens sont parqués avant d’être jugés. La caméra arpente chaque centimètre du carrelage froid où une micro-société de parias se réorganise. Qui est qui dans ce grand bain ? Chacun revendique le droit de ne pas être celui qu’on croit. Alors que les corps et les âmes s’additionnent ce n’est pas tant la vérité extérieure que l’on scrute que la façon dont les comportements et les interactions traduisent la profondeur des êtres. Avec un sens de l’absurde et du tragique incomparable, Tudor Giurgiu redéfinit les contours de l’Histoire à l’échelle d’un cadre à taille humaine. Le bassin vide de la piscine soudain débarrassé de ses occupants affiche son insignifiance. L’(in)humanité ne s’agite plus. Elle est partie ailleurs. Les blessures, elles, sont restés à la surface.