Toutes les critiques de Enzo

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thierry Chèze

    Ils se sont rencontrés à l’Idhec au début des années 80. Et pendant 40 ans, leur complicité - amicale comme professionnelle - n’a connu aucun nuage. Robin Campillo, le réalisateur de 120 battements par minute (Grand Prix à Cannes en 2017) a co-écrit ou monté (et parfois les deux) tous les films de Laurent Cantet, dont sa Palme d’Or 2008, Entre les murs. Alors quand Cantet a appris être atteint d’un cancer incurable et qu’il a voulu se lancer dans un ultime projet, Enzo, il a spontanément demandé à son ami de l’accompagner. Y compris sur le plateau les jours où il ne serait pas en état. Campillo a évidemment accepté. Mais après avoir trouvé quelques-uns des principaux interprètes (dont la révélation Eloy Pohu dans le rôle-titre), Laurent Cantet s’est éteint le 25 avril 2024. Avant le premier clap. Et Robin Campillo a donc mis en scène seul ce film posthume, qui a ouvert la Quinzaine des Cinéastes 2025. Un film d’émancipation centré sur un ado de 16 ans (Eloy Pohu, une révélation d'exception), apprenti maçon à La Ciotat, ses rapports avec sa famille, son patron et ses collègues, et plus particulièrement l’un d’eux d’origine ukrainienne pour qui il éprouve un trouble inédit. Un film d’une délicatesse et d’une puissance infinie, mêlant merveilleusement les univers des deux cinéastes tant dans la manière de filmer les corps que de parler du monde du travail ou d’inscrire le récit dans les temps agités que nous traversons (la guerre en Ukraine…). Jusqu’à l’ultime scène sublime et poignante. A la vie, à la mort !