Smoke
Apple

Dennis Lehane signe un thriller à combustion lente, qui met un peu trop de temps à s’enflammer, mais s’appuie sur une atmosphère crépitante et sur un Taron Egerton toujours aussi charismatique en enquêteur charmeur.

Taron Egerton est en train de devenir une superstar du streaming. Dans la foulée de l'énorme carton Carry-On – deuxième plus gros succès de l'histoire de Netflix – le jeune Anglais de 35 ans porte pour Apple l'une des séries les plus excitantes de l'été : Smoke, un thriller enflammé imaginé par Dennis Lehane, le romancier derrière Mystic River et Shutter Island. Ici, l’auteur explore une autre obsession américaine : les incendiaires. Et comme souvent chez lui, le feu n’est jamais qu’un prétexte pour ausculter les âmes noircies.

Inspirée du podcast Firebug, la série suit Dave Gudsen, enquêteur travaillant chez les pompiers et spécialisé dans les feux d’origine criminelle. Ancien soldat du feu lui-même, traumatisé par un accident qui a failli lui coûter la vie, Dave se lance aux trousses de deux pyromanes qui sèment la terreur dans les paysages humides du nord-ouest des États-Unis. La police locale va l'obliger à faire équipe avec la détective Calderone, flic pugnace au passé trouble, pour accélérer l'enquête et stopper la vague d'incendies.

Smoke
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Évidemment, ensemble, ils forment un tandem de feu, entre confrontation d’ego et tension complice. Un duo d’enquêteurs cabossés qui s'apprivoisent tandis que le danger fumant plane en permanence. Comme un sentiment d’apocalypse capable de tout ravager à tout instant. Parce que le feu est partout dans Smoke : dans les enquêtes, dans les souvenirs, dans les regards. Et la mise en scène des incendies est impressionnante. Elle confine même parfois à la pure fascination sensorielle. Les flammes crépitent à l’écran, hypnotiques, presque sensuelles. Terriblement angoissantes aussi, tant l'homme paraît impuissant face au brasier. L’ambiance est là, brûlante et immersive.

Mais à trop couver la braise, la série manque parfois d’oxygène. Le rythme est lent, l’écriture très dialoguée, et Smoke peine à s’enflammer. Son esthétique travaillée ne suffit pas à masquer une mécanique de thriller un peu datée.

Smoke
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Dennis Lehane semble se satisfaire de son statut de polar d'été peinard, quelque peu engoncé dans les codes d'un genre trop obsédé par True Detective depuis une décennie. On y retrouve ce ton mélancolique, cette lumière grisâtre, et son duo d'enquêteurs qui fait tout. Smoke mise essentiellement sur le charisme d’Egerton pour garder notre flamme allumée. Et son association avec Jurnee Smollett fonctionne à merveille, faisant jaillir lentement mais sûrement l'étincelle au milieu de ce polar atmosphérique.

Sans aucun doute, la dernière collaboration de Lehane avec l’ex-Kingsman – à l’époque de la série carcérale Black Bird (déjà sur Apple) – était plus originale. Plus emballante aussi. Mais Smoke finit par trouver son ton, à force d’insister sur ce qu’elle fait de mieux : filmer le feu, les visages, et l’attente. Ce n’est pas une explosion, mais une lente combustion, pleine de cendres et de secrets. Un thriller imparfait mais habité. Et parfois, ça suffit pour entretenir les braises de notre intérêt… même quand il semble prêt à s’éteindre.

Smoke, saison 1 en 9 épisodes, à voir sur Apple TV+ et aussi Canal + en France, du 27 juin au 15 août 2025.


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