Brasseur, les liens du sang
Le sous marin productions - Swan productions

Jeff Domenech était en train de monter le documentaire, Brasseur, les liens du sang qu’il a réalisé avec David Dessites quand le comédien a disparu. Il raconte son Claude Brasseur.

Le comédien Claude Brasseur est décédé mercredi à l’âge de 84 ans. Il avait collaboré avec Jeff Domenech en 2014 sur son autobiographie menée sous la forme d’une conversation, Merci (paru aux éditions Flammarion) où il livrait pour la première fois sa vie, ses coups de coeur et ses coups de gueule, avec humour, finesse et une grande humilité. Il revenait particulièrement sur son enfance et son adolescence à l’ombre de la figure écrasante de son père, Pierre Brasseur. Dans cet ouvrage, il revendique sa lignée « unique au monde ». Il parle théâtre, célébrité, guerre d’Algérie et sport. Alors qu’il est en train de monter le documentaire qu’il a réalisé avec David Dessites, Jeff Domenech revient sur la vie et sa carrière du comédien.

 

A quelle occasion avez-vous rencontré Claude Brasseur. Comment est née l’idée d’une autobiographie?

Je l’ai rencontré au Festival Lumière lors de la présentation du Singe en hiver où j’accompagnais Jean-Paul Belmondo. Tout le monde lui parlait de La Boum ou Un éléphant ça trompe énormément, je l’ai questionné sur Josepha et L’autre côté de la mer. Ca a éveillé sa curiosité parce que ces deux films lui tenaient particulièrement à coeur et personne ne lui en parlait jamais. On a passé deux-trois jours ensemble et il m’a accordé sa confiance pour un documentaire, fort de ce qu’il avait vu sur Jean-Paul Belmondo (Belmondo, Itinéraire...). J’ai réalisé une douzaine d’heures d’entretiens en 2014, et devant la richesse de ses propos et de sa vie - il a débuté avec Gabin, Renoir, Franju, Michel Simon- je lui ai demandé pourquoi il n’y avait pas de livre sur lui. Il m’a répondu: "il n’y en a pas et il n’y en aura jamais. J'ai eu 5-6 propositions de grosses maisons d’éditions que je n’ai jamais signées". Il ne voulait pas écrire une autobiographie alors qu’il ne savait pas écrire et il ne voulait pas tirer la couverture à lui alors que sa famille est dans ce métier depuis des décennies. C’était tout à son honneur. Il a donc accepté un jeu de questions réponses. A la relecture, ce qui lui importait c’était de vérifier qu’il n’avait pas dit du mal de qui que ce soit. Il disait: « Je ne suis pas là pour régler mes comptes, mais pour parler de ce que j’ai vécu. »

 

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans ses confidences?

Son humilité. Il se considérait comme un artisan. Il n’avait pas de plan de carrière. Chacun de ses rôles était une pierre qui construisait sa carrière, que ce soit au théâtre, au cinéma ou à la télévision. Il ne faisait aucune différence. Il travaillait énormément. Alors qu’il s’apprêtait à jouer Clémenceau sur scène (dans La colère du tigre de Philippe Madral), il s’était documenté comme un fou. Son appartement était rempli de livres sur Clémenceau. Marc Esposito m’avait raconté qu’il l’avait vu sur le tournage de L’orchestre rouge de Jacques Rouffio pour Première où il jouait le rôle d’un espion et qu’il apportait une foule de petits détails qui ajoutaient à l’épaisseur et la véracité du personnage. Il bossait beaucoup ses rôles.

 

A-t-il été marqué par certaines rencontres?

Il était conscient que certains de ses rôles comptaient plus dans le coeur des gens: Un éléphant..., La boum, La guerre des polices. A cause de ces films, il a aussi loupé des occasions. Alain Page avait spécialement écrit pour lui l’histoire d’un pompiste alcoolique intituéeTchao Pantin, il avait sa photo devant sa machine à écrire. Claude Brasseur sortait de La Boum et avait, comme il dit, « des scénarios du sol au plafond ». Quand il a reçu le livre, il a jeté un coup d’oeil à la 4ème de couverture et l’a reposé. Quelques mois plus tard, Claude Berri achetait les droits du livre.

 

Il a eu le César du meilleur acteur pour La guerre des polices

Je lui ai demandé pourquoi il ne disait rien en montant sur scène chercher son César. Il m’a dit: « Cette année-là, on s’accordait tous pour penser que Patrick Dewaere le méritait pour Série Noire. Mais Dewaere s’était mis beaucoup de gens de la profession à dos et il l’a payé. Je l’ai eu, mais je sentais qu’il n’était pas pour moi »

 

Il a aussi hérité de rôles qui ne lui étaient pas destinés. La Boum était écrit pour Francis Perrin…

Camping pour Jacques Villeret. En parlant de Villeret, il y a une chose qui l’a un peu blessée: c’est que Francis Veber n’ait pas fait appel à lui pour l’adaptation cinématographique du Dîner de cons qu’il a créé sur scène face à Villeret en 1993 et avec laquelle il a cartonné. Il a monté le projet sans même lui en parler. Il me racontait que ça lui avait fait mal au coeur.

 

Comment vivait-il d’être le fils de Pierre Brasseur?

Je crois que c’est lourd à porter d’être le fils d’un monstre sacré. Ca a été un des premiers « fils de ». Il a débuté sous son vrai nom Claude Espinasse et il a demandé à son père l’autorisation d’utiliser le nom « Brasseur ». En fait, il n’a pas vraiment connu son père. Pour lui, c’était un touriste, il venait le voir tous les 15 jours, il lui faisait faire un tour en voiture. Il a été élevé entre la pension et ses grands parents. Il n’a pas vraiment connu l’amour paternel ou maternel. Si son père était fier qu’il reprenne le flambeau, il ne doit qu’à son mérite de s’être fait un prénom et de s’émanciper de l’héritage. Claude regrettait qu’ils n’aient pas eu l’occasion de croiser le fer. Il n’a pas commis la même erreur avec son fils Alexandre avec lequel il a partagé l’affiche au théâtre dans Mon père avait raison de Sacha Guitry. Il avait beaucoup d’admiration pour son fils et était heureux qu’il perdure, comme il disait  « la plus grande dynastie de cinéma en France ».

 

Regardez la bande-annonce de Brasseur, les liens du sang

 

BRASSEUR TEASER V2 from LE SOUS-MARIN PRODUCTIONS on Vimeo.

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