Cate Blanchett - Tar
Universal

Le Lion d’or est revenu à All the Beauty and the Bloodshed, documentaire sur la photographe américaine Nan Goldin.

Netflix n’aura pas fait main basse sur le palmarès de la Mostra de Venise. Très représentée dans la sélection officielle avec pas moins de quatre films en compétition (Athena, de Romain Gavras, Bardo, d’Alejandro González Iñárritu, Blonde, d’Andrew Dominik, et White Noise, de Noah Baumbach, qui avait également l’honneur de faire l’ouverture du festival), la plateforme est repartie bredouille, alors qu’elle avait pris l’habitude ces dernières années de lancer depuis le Lido ses productions les plus prestigieuses dans la course aux Oscars (de Roma, Lion d’or en 2018, à The Power of the Dog, prix de la mise en scène l’année dernière). Ses films ont néanmoins beaucoup fait parler, du choc provoqué par l’époustouflante tragédie insurrectionnelle de Gavras, jusqu’aux conversations passionnées autour de Blonde, film qui provoque des réactions très polarisées.

Le jury présidé par Julianne Moore a choisi de récompenser le documentaire All the Beauty and the Bloodshed, de l’Américaine Laura Poitras (lauréate de l’Oscar du meilleur docu en 2015 pour Citizenfour) : un portrait de la photographe légendaire Nan Goldin, retraçant non seulement son parcours artistique, mais également le combat qu’elle mène aujourd’hui contre les Sackler, richissime famille américaine au cœur du scandale des opioïdes, responsable de centaines de milliers de morts aux Etats-Unis. Poitras est la troisième réalisatrice d’affilée à remporter le Lion d’or, après Chloé Zhao en 2020, pour Nomadland, et Audrey Diwan l’an dernier, pour L’Evénement. Son film est très bon, même si on ne l’imaginait pas finir aussi haut sur le podium. Il offre à Julianne Moore l’occasion de faire un choix politique, engagé, et qu’on imagine assez personnel – l’actrice, via son compagnonnage artistique avec Todd Haynes, l’un de ses cinéastes fétiches, est rattachée à l’histoire de l’underground américain, dont Nan Goldin est l’une des plus grandes chroniqueuses.

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Une autre réalisatrice était sur la deuxième marche du podium : la Française Alice Diop, lauréate du Grand Prix avec Saint Omer, son premier long-métrage de fiction après plusieurs documentaires remarqués, qui s’inspire de faits réels pour raconter le procès d’une femme accusée d’avoir tué sa fille de quinze mois, en l’abandonnant à la marée montante sur une plage du nord de la France.

Parmi les autres lauréats : l’Italien Luca Guadagnino, prix de la mise en scène pour son road-movie-américain-love-story-adolescente-cannibale Bones and All (avec Timothée Chalamet et Taylor Russell, qui remporte de son côté le prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir) ; Cate Blanchett, pour son rôle de chef d’orchestre tyrannique dans Tar, gros morceau de cinéma monumental et intimidant signé du revenant Todd Field (seize ans après Little Children) ; le réalisateur Jafar Panahi, prix spécial du jury pour Aucun ours, qui a été salué par une standing-ovation alors qu’il est actuellement prisonnier en Iran ; enfin, nos chouchous Martin McDonagh et Colin Farrell sont repartis respectivement avec le prix du scénario et le prix d’interprétation masculine pour le délectable Les Banshees d’Inisherin, nouveau film (et nouveau titre à coucher dehors) de McDonagh, après 3 Billboards : les panneaux de la vengeance (alias Three Billboards outside Ebbing, Missouri).

Les Banshees d'Inisherin
Fox Searchlight

 

Attendu en salles en fin d’année, Les Banshees d’Inisherin est une tragi-comédie racontant la brouille absurde entre deux amis (Farrell et Brendan Gleeson, soit le duo de Bons baisers de Bruges reformé), sur une île fictive au large de l’Irlande, en 1923, alors que la guerre civile fait rage au loin. McDonagh a l’habitude d’être récompensé pour ses scénarios (déjà à Venise en 2017 pour 3 Billboards, qui lui avait ensuite valu un Oscar quelques mois plus tard), mais Farrell n’avait pas été salué par une récompense aussi prestigieuse depuis longtemps. La dernière fois (sauf erreur), c’était un Golden Globe pour… Bons baisers de Bruges, déjà de McDonagh.

Le palmarès complet de la 79ème Mostra (et les dates de sorties françaises des films primés) :

Lion d’or du meilleur film : All the Beauty and the Bloodshed, de Laura Poitras (non daté)

Lion d’argent, Grand prix du jury et Lion du futur, meilleur première œuvre : Saint Omer, d’Alice Diop (sortie le 23 novembre)

Prix de la meilleure réalisation : Luca Guadagnino pour Bones and All (non daté)

Prix d’interprétation féminine : Cate Blanchett pour Tar, de Todd Field (sortie le 22 février)

Prix d’interprétation masculine : Colin Farrell pour Les Banshees d’Inisherin, de Martin McDonagh (sortie le 28 décembre)

Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir masculin ou féminin : Taylor Russell pour Bones and All, de Luca Guadagnino

Prix spécial du jury : Aucun ours, de Jafar Panahi (non daté)

Prix du meilleur scénario : Martin McDonagh pour Les Banshees d’Inisherin, de Martin McDonagh