David Fincher t-shirt
Première/store.nin.com

Le réalisateur de Mank a-t-il un message à faire passer ?

En découvrant la Une du numéro 512 de Première, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne, vous avez peut-être tiqué sur le t-shirt arboré par David Fincher. On peut y lire ce message, "used to stand for something" (avant tu représentais quelque chose), autour de la carte des Etats-Unis. Il s’agit d’un article vendu sur la boutique en ligne de Nine Inch Nails, le fameux groupe de rock indus de Trent Reznor et Atticus Ross. Il fait même partie d’une collection, intitulée "Pandemic 2020", qui "reflète notre anxiété et notre colère face à cette époque inédite", dit le site web. 

Achetez le numéro 512 de Première

On doute cependant que le cinéaste ait eu besoin de commander le dit t-shirt en ligne. David Fincher et Nine Inch Nails (ou NIN en abrégé), c’est la famille. Une histoire qui remonte au sublime clip de "Only", signé par Fincher en 2005, et qui s’est poursuivie au cinéma depuis que le réalisateur a décidé de faire de Trent Renznor et Atticus Ross ses compositeurs de musiques de film favoris. Le duo a ainsi signé les bandes originales de The Social Network (avec un Oscar à la clé), Millenium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes et Gone Girl. Et il vient de remettre ça sur Mank, qui sort le 4 décembre prochain sur Netflix.  

"Ma collaboration avec David est à la fois étrange et très naturelle", nous confiait Trent Reznor en 2014, pour la sortie de Gone Girl. "Sur Social Network, il m'a volontairement laissé naviguer à vue : il m'a montré des rushes sans plus d'explications, et j'ai tâtonné en m'inspirant des couleurs, des textures, des mouvements amples de caméra. Sur Millenium, on a fait tout le contraire : on a beaucoup parlé du film et de sa noirceur, et j'ai amassé des heures de musique avant même de voir le moindre plan. La méthode de Gone Girl est un compromis : on discutait, je m'invitais en salle de montage, mais on a surtout passé du temps enfermés à tester des morceaux comme si on enregistrait un album."

Reznor nous expliquait également que leur terrain d’entente se trouvait dans la radicalité et "l'absence de compromis". "David est un modèle d'intégrité, il ne transige jamais face à la pression de l'industrie. Et pourtant, il maîtrise parfaitement le cahier des charges. On a aussi en commun une sorte de violence sourde, qu'on travaille depuis nos débuts. Mais avec lui, j'ai justement appris à en sortir, ou plutôt à diluer cette froideur dans une oeuvre a priori plus sereine et mainstream. A priori seulement…"

Gone Girl/Mank : Pourquoi David Fincher n'a pas tourné de film depuis six ans ?

Depuis Gone Girl, sorti en 2014, Reznor et Ross n’ont pas chômé. Traque à Boston de Peter Berg, c’était eux. 90’s de Jonah Hill aussi. On oubliera Bird Box (un très mauvais souvenir pour Reznor) pour citer la série HBO Watchmen et un autre film à venir, Soul, la nouvelle bombe made in Pixar. Excusez du peu. Et on pourrait aussi parler des BO que Trent Reznor a signé sans son comparse, comme celle de Lost High Way de David Lynch. 

Leur style, emprunt de sonorités électroniques, fait fureur et sied parfaitement au cinéma de Fincher. Et si on pouvait s’interroger sur leur capacité à habiller musicalement un film se déroulant dans le Hollywood des années 1930, les extraits diffusés sur le compte YouTube du groupe (et un site web répertoriant au passage plus de 200 images de Mank) achèveront de nous convaincre de leur talent et de leur capacité d’adaptation. 

Ah, un dernier mot sur le t-shirt. La phrase "Used to stand for something" est tirée des paroles de "Capital G", un titre de Nine Inch Nails de 2007 qui dénonçait la présidence Bush et l’avarice des puissants (le "G" valant pour George W. et pour "greed"). 13 ans plus tard, il semble s’appliquer à Donald Trump et à sa gestion de la crise du Covid-19. Une manière pour Fincher, qui n’a jamais critiqué publiquement le locataire de la Maison Blanche, de profiter de la promo de Mank pour faire passer un message à l’approche des élections ?  

Sept choses à savoir sur Mank, le nouveau David Fincher

A lire aussi sur Première