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Ce pitch vous dit quelque chose ? Pas étonnant puisqu’il s’agit d’une énième adaptation d’Anna Karénine. Darejan Omirbaev, qui nous avait habitués à plus d’audace (la poésie de La Route, la cruauté de Tueur à gages), se contente d’illustrer à la lettre le classique de Tolstoï en le transposant dans le Kazakhstan moderne, tiraillé entre misère et opulence. Pour lui, pas de mystère : l’inconsistance de Chouga/Anna et de son amant est symptomatique de la mentalité « nouveau riche » qui s’est emparée du pays. Cette thèse est illustrée par la façon dont il dirige et filme les deux acteurs principaux : elle, belle et froide ; lui, peu charismatique et mou. On ne se sent pas concernés par la tragédie qui se noue tant Ormibaev, trop dogmatique, impose une certaine distance avec ses personnages. Le cinéma erratique et symbolique du réalisateur kazakh n’était-il pas, à la base, tout simplement incompatible avec la densité romanesque du chef-d’oeuvre de Tolstoï ?
Toutes les critiques de Chouga
Les critiques de Première
Les critiques de la Presse
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La modernité de Chouga consiste à faire cas de l'existence d'Anna Karenine et des multiples adaptations qui ont été faites au cinéma. (...) La beauté du film réside dans cette subtile inversion de ce qui est vécu et de ce qui est rêvé.
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Chouga, avec ses lulières froides, exténuées, ses paysages urbains où les hommes sont superflus, enfonce loin le clou du dépouillement. (...) Le cinéaste réussit l'exercice périlleux de l'actualisation - non parce qu'il propulse Tolstoï en plein XXIè siècle, mais parce qu'il restitue son urgence et sa force émotionnelle au roman.
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La sortie tardive du dernier film en date d'Omirbaev, réalisé il y a trois ans, témoigne à sa manière de cet épuisement. Cette oeuvre forte et délicate, qui n'est pas la plus percutante de son auteur, transpose le roman célébrissime de Léon Tolstoï, Anna Karenine (1877), rebaptisée Chouga, dans le Kazakhstan d'aujourd'hui. Plusieurs fois adapté au cinéma, le livre trouve chez Omirbaev le traitement le plus épuré de son histoire. Chouga transforme la fresque romantique sur la vanité de la noblesse russe en haïku des temps modernes, ceux de la nouvelle bourgeoisie kazakh. Le film est donc l'histoire d'une ascèse qui nous suggère que rien ne change en ce bas monde, hormis les formes qui s'adaptent à leur temps.
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Darezhan Omirbaev (Killer et La route) use d'une mise en scène délicate et grâcieuse, à la poésie malheureusement trop plaquée pour convaincre. Mais au-delà du drame qui se joue, le film propose une intrigante photographie d'un pays indépendant depuis peu -le Kazakhstan!- où ruralité et urbanisme, modernisme et tradition, tentent de cohabiter.
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La passion est sourde, tapie dans les métaphores - certaines un peu maladroites, comme ces escargots baveux pour signifier l'union charnelle du couple adultère. Elliptique et minimaliste, le film est lent, mais cette lenteur est synonyme de densité. Il y a ce beau moment où, la désillusion prenant le pas sur l'amour, on voit des portes se fermer une à une, tel un étau qui se resserre. Des lunettes noires, un foulard, et quelques plans de la gare d'Astana, la capitale du pays : c'est avec le minimum que le cinéaste traduit la fameuse délivrance de l'héroïne malheureuse.


