Antonio Fargas
Capture YouTube

Le légendaire Antonio Fargas nous raconte les coulisses du tournage dans le Los Angeles des 70’s, et sa place dans l’histoire de la "Blaxploitation", entre fierté et lucidité.

Série culte s'il en est, Starsky & Hutch a fêté ses 50 ans en 2025. Un anniversaire particulier pour Antonio Fargas, alias « Huggy les bons tuyaux ».

L'acteur américain, qui aura bientôt 80 ans, se souvient des tournages fous du cop show, dans le Los Angeles effervescent des années 1970. Nous l'avons rencontré, à l'occasion du Festival de télévision de Monte-Carlo.

PREMIÈRE : Combien de fois par jour les gens vous appellent-ils encore « Huggy les bons tuyaux » dans la rue ?

Antonio Fargas : (Il rigole.) En vrai, pas tant que ça. Beaucoup de jeunes aujourd’hui ne savent même pas très bien ce que c’est, Starsky & Hutch ! En revanche, j’ai joué dans la sitcom Tout le monde déteste Chris (produite par Chris Rock) dans les années 2000, pendant quatre saisons, et certains me reconnaissent plus pour ça aujourd’hui. Mais c’est vraiment une question d’âge...

Comment s’est passée votre toute première audition pour la série ?

Mon audition, c’est en gros le rôle que j’ai tenu dans le thriller Across 110th Street, en 1972. Le réalisateur Barry Shear, qui avait dirigé ce film, était aussi aux commandes du pilote de Starsky & Hutch. C’est lui qui m’a recommandé pour le rôle de Huggy, et je n’ai même pas eu à passer d’audition. À l’époque, j’acceptais plein de rôles un peu barrés et je commençais à me faire une petite réputation. Dans le premier épisode, je fais juste une petite apparition dans un cinéma, où je file un tuyau aux deux flics. Mais les producteurs voyaient déjà le potentiel du personnage. Et peu à peu, ils lui ont donné plus de place.

Antonio Fargas
Abaca

Comment était l’ambiance de tournage dans le Los Angeles des années 1970 ?

On tournait 50 % du temps en studio, et 50 % en extérieur, dans les rues de L.A. Par exemple, le bar où traînait toujours Huggy, c’était un vrai rade de la ville, et ils en avaient recréé l’intérieur en studio.

Aviez-vous la possibilité d’improviser ?

Les auteurs écrivaient en fonction de notre voix, notre personnalité, et on pouvait adapter les lignes. Notre boulot, c’était vraiment de faire vivre chaque dialogue. Et justement, Huggy était un survivant dans la série… tout comme moi dans la vie.

Qu’entendez-vous par là ?

Ce métier est stressant. On ne sait jamais quel rôle on aura le lendemain. Surtout à l’époque : rien ne durait très longtemps. Il fallait vraiment aimer ça pour continuer. Je n’ai jamais joué pour l’argent, mais par amour du jeu, pour le plaisir d’incarner des personnages.

Antonio Fargas
Capture YouTube

Aviez-vous votre mot à dire sur le style vestimentaire de Huggy ?

Là encore, il s’agissait de survivre… Donc je mettais ce qu’on me donnait et j’essayais d’en tirer le meilleur parti. Parfois je trouvais ça un peu trop, mais c’était ce que le personnage exigeait. Le plus dur, c’était quand les réalisateurs essayaient de m’expliquer comment être noir. Comment être un mec de la rue. C’était à moi d’amener ça. Je ne voulais pas qu’on me dise comment faire. Je tenais à représenter mon peuple de la manière qui me semblait juste.

Vous vous sentiez comme un représentant de la communauté noire à l’écran ?

Oui, forcément. J’ai tourné dans beaucoup de films pendant la période de la Blaxploitation… On était exploités à l’écran, et certains intellectuels de l’époque n’aimaient pas les rôles que je jouais. Ils nous reprochaient d’incarner des types de la rue, et c’est vrai que j’en ai joué beaucoup. Ils préféraient une représentation à la Bill Cosby, plus « modèle », qui dépassait certains clichés. Mais pour moi, il y avait de la passion et un matériau formidable à explorer dans ces histoires de quartiers. J’ai bien gagné ma vie grâce à ces personnages, même si, oui, j’ai parfois eu peur de caricaturer la population afro-américaine. C’était parfois un vrai défi de ne pas tomber dans le cliché, mais je ne l’ai jamais fui.

Antonio Fargas dans Starsky et Hutch
Abaca

Avez-vous eu au moins l’occasion de conduire la célèbre voiture rouge de Starsky & Hutch ?

(Il rigole.) Non, pas vraiment en fait ! Je crois qu’il y a une scène, dans la série, où c’est moi qui conduis… Mais à part ça, je n’avais pas trop le droit. Cette voiture, c’était presque un personnage à part entière, et à cause des assurances, ce n’était pas vraiment possible. D’ailleurs, c’est Paul (Michael Glaser) qui conduisait la plupart du temps, et les producteurs étaient super stressés quand lui et David (Soul) faisaient leurs propres cascades !

Vous êtes apparu dans tant de séries cultes, de La Croisière s’amuse à CHiPs, en passant par Drôles de dames, Deux flics à Miami ou MacGyver. Qui vous a le plus marqué ?

Telly Savalas ! On a tourné une scène ensemble dans Kojak, où il suçait sa fameuse sucette. Il m’en a offert une, et on s’est regardés dans les yeux pendant quelques instants… Je m’en souviens encore très bien. C’était un type très impressionnant.