Pierre Niney : "Je suis un GROS control freak"
Mars Films

Un homme idéal revient ce soir à la télévision.

NRJ12 proposera ce soir Un homme idéal, thriller porté par Pierre Niney. A sa sortie, en mars 2015, nous avions rencontré l'acteur.

Première : Delon et le cinéma post-Nouvelle Vague sont les boussoles d'Un homme idéal. Ca t'intéressait de marcher sur ces traces ?
Pierre Niney : En lisant le script, j'ai surtout pensé à Harry un ami qui vous veut du bien pour l'idée du mec normal qui prend tous les mauvais virages. C'est Yann Gozlan qui m'a parlé de La Piscine et de Plein soleil, deux films très sensuels. Plein soleil, c'est le plus beau rôle de Delon. C'est beau, mais pas seulement. C'est aussi très habité, ça joue avec le chaud et le froid, les images solaires et la froideur du cauchemar... Yann poursuivait ces références mais Un homme idéal n'a rien d'un hommage stérile. Je déteste l'idée de faire un film parce qu'on aime Truffaut ou Godard... Je n'ai aucune nostalgie de la Nouvelle Vague alors que c'est un truc très courant aujourd'hui. Des acteurs, des réalisateurs -même de ma génération- sont obsédés et formatés par cette vision du cinéma. Pas moi.

La tension érotique, alors ? De ce point de vue, le changement de registre est impressionnant. Tu deviens un objet de désir… 
Tu trouves ? C’est la caméra, la manière de filmer ou l’environnement qui créent ça. Moi, je ne dois jamais être dans la séduction. Il ne faut surtout pas qu’on sente l’acte de plaire, la sensualité forcée.

Jusqu’à présent, tu jouais surtout les petites choses frêles. Dans les comédies, mais aussi dans Yves Saint Laurent où tu étais victime du destin. Là, tu maîtrises.
Sur Yves Saint Laurent, je serais quand même un peu plus nuancé : Jalil traitait ses années de jeunesse et on a insisté sur sa timidité. Et "les timides sont ceux qui mènent le monde", dit Cocteau dans le film. Mais tu as raison. Je vieillis. Dans 20 ans d’écart, dans Comme des frères, j’ai été choisi pour cette timidité, et une certaine forme de maladresse… Je suis un immense fan de Peter Sellers et de Buster Keaton, donc la naïveté, la poésie de la maladresse, ça me parle. Mais j’avais envie de passer à autre chose.

Même physiquement ? Tu as épaissi.
J’ai pas tellement changé ! T’as vu ma gueule ? Il va falloir que je mange beaucoup de frites avant de prendre un peu d’épaisseur. Ceci dit, pour le film, j’ai fait pas mal d’entrainement, j’ai même eu un coach, la transformation était nécessaire pour m’approprier le rôle. Bon, je suis pas encore Christian Bale non plus.

On parle de ta beauté ?
Ah ah ah !!

Pierre Niney va réaliser son premier film, Sans rire

Avant de venir, j’ai fait un sondage auprès de ma femme et d’une collègue de bureau qui m’ont sorti le même adjectif : charmant.
Ta femme ? T’es sûr ? Ecoute, oui, mes particularités physiques font qu’on me range plutôt dans la catégorie "charmant" que "beau". Ou alors on me prête une beauté bizarre. Ce qui m’arrange parce que c’est dans l’air du temps. Regarde Lena Dunham ou Benedict Cumberbatch… Y a un truc à la mode dans cette étrangeté. 

Décidément pas de reprise de flambeau post-Delon, alors ?
Ah ah, non, j’aurais été mal, je partais de trop loin (rires). Surtout quand tu penses à Plein Soleil, où il est au top de sa beauté. C’est flippant d’ailleurs, ça fait peur. Il n’est pas seulement beau, il est monstrueux de beauté. C’est son film que je préfère parce que là, je ne lui en veux pas d’être beau... Mais le physique, c’est tout et rien à la fois. C’est important mais tellement ingérable que ça semble dérisoire d’en parler.

C’est ce qui fait la différence entre l’acteur et la star, non ? Prenons Brad Pitt.
Tu as raison, lui, c’est une autre planète. C’est marrant parce que je l’ai rencontré et j’ai été sidéré. J’étais à Cannes, j’avais 18 ans, j’allais aux Talents Cannes Adami. Une soirée cool et là, je croise Brad Pitt et Angelina Jolie. J’ai eu ce que les Américains appellent un star struck ! Je m’en moque un peu, moi, de Brad Pitt – enfin je m’en fous pas, il a une carrière de dingue, mais je n’ai jamais eu de poster de lui, je regarde pas tous ses films ; c’est pas comme si je croisais…

Qui ?
… je crois qu’aujourd’hui je préfèrerais croiser un basketteur comme LeBron James ou Kevin Durant plutôt qu’une star hollywoodienne. Mais sur Pitt, j’ai halluciné. Il se passe un truc, direct.

Pour revenir au tournage d’Un homme idéal, tu te regardais sur le combo ?
Tu veux dire comme un ego trip ? (sourire). Pas du tout. Après, il se trouve que j’essaie souvent de regarder ce que je fais pendant une scène. Quand le real est d’accord. Jalil n’aimait pas beaucoup ça, donc je ne l’ai pas trop fait sur YSL, mais Yann me laissait faire. Je crois à la puissance de l’image et je pense que la caméra est plus forte que l’acteur. Un comédien peut se prendre la tête sur sa façon de poser son manteau ou d’allumer sa clope, sans savoir qu’au cadre, on ne le verra pas... Autant travailler sur un autre détail. Je sais que DiCaprio vérifie toutes ses prises au combo. Il y a un docu super sur Aviator où tu le vois regarder la prise avec un casque sur les oreilles, avec Scorsese debout derrière lui. Et puis, DiCaprio se lève et dit : "one more ! One more !" C’est fou ! Il y a un rapport au cadre, à la camera qu’on sous-estime un peu trop en France. Ici, on a une approche plus littéraire du métier de comédien.

C’est pour ça que tu réalises ? Ta série sur Canal, des courts métrages et même un projet de long…
Non. Je ne me suis jamais dit que j’allais devenir réalisateur. C’est un prolongement naturel de ce que je fais. Ça passe toujours par le prisme de l’acteur. Tout part de ma curiosité… et de ma volonté de contrôler les choses. Parce que je suis un GROS control freak ! J’en parlais avec Guillaume Canet au déjeuner des nommés. Je lui ai dit : "toi t’es un peu control freak, non ?" Il n’a rien répondu, il m’a juste souri. Et dans son sourire, j’ai tout vu… Ça m’a rassuré de voir que je n’étais pas le seul.

C’est une tarte à la crème, mais est-ce que la métaphore de l’imposture au cœur du film te parle ?
Oui… C’est une tarte à la crème. Et oui, c’est un thème cher aux acteurs, évidemment. Quand ça marche, tu te demandes toujours si tu mérites d’être en haut et si tu ne prends pas la place d’un autre type plus talentueux. Mais c’est surtout le jeu sur l’identité qui m’intéressait. Avec une mise en abyme supplémentaire, puisque je joue un aspirant écrivain et que la question au cœur du film c’est "comment créer ton talent ?" Quand tu n’es pas doué, comment tu fais ?

Tout le contraire de Saint Laurent qui devait gérer un talent trop encombrant.
C’est une des raisons qui m’ont fait faire le film de Gozlan. Saint Laurent est passionné par la haute couture et le dessin et tu ne peux pas faire plus talentueux que lui. Mathieu est un mec passionné par les livres mais qui n’a aucun talent. Mettre les deux en parallèle, ça créait un choc que j’avais envie de creuser. Et puis ca me faisait penser aux Coen, que j’adore. Ils parlent souvent des losers magnifiques. Mathieu me faisait penser à un de leurs personnages : quel chemin ce mec sans talent va devoir suivre pour s’inventer un don ?

On est loin des Coen quand même.
Oui, ça c’est mon délire hein. Mais ça m’a nourri. Un peu.

On abandonne la piste de l’imposture donc ?
Je veux prendre mon temps. Et cette démarche m’évite de me poser cette question, précisément. Tout a été progressif pour moi. Petits rôles d’abord, puis tête d’affiche. Ça m’a permis de travailler, d’observer de grands acteurs pratiquer et aussi de comprendre les mécanismes de l’industrie. Et ça, ça m’a enlevé la peur.
Interview Gaël Golhen

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