Ryan Gosling : "Ken est le rôle le plus dur que j'ai jamais joué"
ABACA

L'acteur de Barbie se prête au jeu de l'interview-carrière... à condition d'escalader de fameux château d'eau Warner Bros. (oui, celui des Animaniacs !).

Lors d’une longue entrevue pour Variety, Ryan Gosling est revenu sur l’expérience plastique qui a secoué le monde entier. Le challenge pour l’acteur était de faire corps avec une humanité factice pourtant emplie de sensibilité dans Barbie, de Greta Gerwig. Sa performance surprenante a aidé à moderniser la poupée Ken avec beaucoup d’autodérision dans l'esprit du public, et ce rôle pourrait bien lui valoir son premier Oscar. 

Une intuition féminine

Aujourd’hui, on retrouve des goodies à l’effigie du personnage, notamment inscrits de son indétrônable expression "I’m Kenough". Margot Robbie et Greta Gerwig ont contribué au sauvetage de la poupée et sa redéfinition – elles étaient certaines de leur choix :

"Nous ne pouvions pas imaginer que quelqu’un d’autre puisse faire toutes les choses qu’il a faite et avec autant d’humilité", explique Margot Robbie. Je ne sais pas si beaucoup de grands acteurs masculins feraient un film avec une réalisatrice où leur personnage n’est pas le titre du film. Nous avons toutes les deux senti qu’il n’était pas ce genre de personne." 

Margot Robbie n’a pas manqué de faire l’éloge de son confrère. Elle a salué sa capacité à naviguer à la fois entre les éléments comiques et dramatiques du personnage meurtri.

Ryan Gosling raconte alors avoir failli laisser passer le l’opportunité Barbie :  "J’avais de bonnes raisons de ne pas faire le film." Pourtant, Greta Gerwig nn'a pas lâché l’affaire et n’envisageait pas d’autres acteurs pour le rôle. Le script était écrit pour lui, même si elle ne l’avait jamais rencontré. Elle avait même inscrit  "Ken Ryan Gosling" sur les pages.

Casting Barbie
West Ian/PA Wire/ABACA

"Il y avait un problème avec son emploi du temps, mais je savais que ce serait lui, raconte la cinéaste. Je pense qu’à un moment donné, je lui ai dit que j’avais vu l’avenir, qu’il était dedans et qu’il était Ken. Cela l’a fait rire, mais je pense qu’il a aussi secrètement vu le même avenir."

Margot Robbie était elle aussi, bien décidée à convaincre l’acteur :

"Nous ne pouvions tout simplement pas laisser cela se produire. Il n’y avait pas d’autre possibilité. Greta et moi sommes des gens extrêmement déterminés et persévérants, sans lui, le film n’aurait jamais eu lieu. Chaque fois qu’il se disait : 'Je ne fais pas ça', nous nous disions : 'Nous allons le faire, et ce sera amusant.'"

Finalement, Ryan Gosling s’est laissé dompter : "Je me suis dit : 'Qui suis-je pour discuter avec Greta Gerwig et Margot?' Elles avaient une vision. Elles y croyaient. À un moment donné, je me suis dit : 'Elles voient quelque chose que je ne vois pas.' J’ai pensé que c’était un rôle tellement important que n’importe qui pouvait le jouer. Je comprends maintenant, mais cela m’a pris du temps."

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Pour s’aider, Ryan Gosling s’imprégnait de télé-réalité, dont il raffole : "The Bachelorette ? Oh oui. Je regarde beaucoup de télé-réalité. Beaucoup." Et il fait un lien frappant avec Barbieland et le manoir Bachelorette. "Ce n’est pas très différent, en ce sens qu’ils attendent tranquillement que la Bachelorette leur accorde de l’importance."

Pour maintenir les abdominaux de Ken, Ryan Gosling travaillait quatre heures par jour, suivait des cours de danse et un régime drastique : "C’était principalement à base de café", plaisante l'acteur. 

Son choix capillaire s'est décidé à la dernière minute, après avoir constaté la médiocrité de la perruque prévue : 

"J’avais cette perruque presque Redford, comme ils l’appelaient. J’ai regardé le test à l’écran et j’ai pensé que ce n’était pas Ken. J’avais l’air de travailler chez Shutters ou quelque chose comme ça. Je devais éclaircir mes cheveux"

"C’est le rôle le plus difficile que j’ai jamais eu à jouer. C’était comme un numéro de haute voltige, en short minuscule et sans chemise, sans filet", explique la star de 43 ans.

Une fois qu’il a fini par accepter de jouer le rôle, il s’est donné beaucoup de mal pour découvrir qui était Ken et comment il l’incarner au mieux.

Ironiquement, le rôle ne semblait pas plaire à ses filles, âgées de 7 et 9 ans. Ryan Gosling a retrouvé la poupée Ken dans un piteux état : dévêtu, allongé dans sa cour, face contre terre. L’acteur avait pour l’occasion immortalisé la scène en envoyant le cliché à Greta Gerwig en lui disant : "Rien que pour ça, je devrais être ton Ken. Cette histoire mérite d’être racontée". Heureusement pour lui, ses filles semblent s’être réconciliées avec le phénomène, Ryan Gosling a recroisé Ken dans sa maison familiale, il semblait mieux vêtu :

"Il portait un smoking, quoique sans manches. J’ai demandé à mes filles : 'Qu’est-ce qui s’est passé ?' Et elles m’ont dit : 'Oh, il est mort d’arthrite aux aisselles. Ken est mort !' Je me suis dit : 'Eh bien, au moins il n'es plus face contre terre et il porte des vêtements.' J’ai l’impression qu’il était un peu mieux que la dernière fois."

Petite souris devenue grande

Incarner Ken ne se résume pas à l’esthétique – ce n’est pas qu’un physique, loin de là. De fait, Ryan Gosling s’est aidé de bribes de son passé pour personnifier au mieux le personnage. Après avoir quitté Cornwall en Ontario à l’âge de 12 ans, Ryan Gosling a eu la chance de participer au New Mickey Mouse Club auprès de Britney Spears, Justin Timberlake et Christina Aguilera.

"Je voulais m’assurer que si j’allais le faire — je me disais : 'Je ne peux pas tout gâcher. Je ne peux pas être le gars qui a foiré le film de Barbie, dit Ryan Gosling. Donc, si je vais le faire, je dois faire plus que je ne sais de quoi je suis capable.'" Le comédien a invoqué ses compétences de showman, de performeur musical, à l'aise avec la danse et le chant.

Mickey Mouse Club - Ryan Gosling, Justin Timberlake, Britney Spears, Christina Aguielera
Everett Collection/ABACA

Pour la séance photo Variety, Ryan Gosling a fait la demande d’escalader le château d’eau Warner Bros, à l’aide d’une grue et du cascadeur Chris O’Hara. Pourtant, l’acteur n’était pas à l’aise avec le vide qui lui faisait face :

 "Oh, mon Dieu, dit-il. J’étais gelé."

Mais alors, pourquoi verbaliser une telle demande ? C’était un rêve d’enfant, celui que réalisait ce fan des Animaniacs, le réconfortant cartoon où les animaux investissent l'iconique château d’eau :

"Quand j’étais tout petit, il y avait  une émission intitulée Les Animaniacs, ils vivaient à Warner Bros. dans le château d’eau - c’était comme leur club-house. J’ai adoré ce show. Je pense que cela a semé la graine dans ma tête. C’est comme ça que l’on faisait des films : le terrain était juste votre maison, et vous vous promenez à l’intérieur et hors des décors, et vous pouviez traîner dans le château d’eau."

Il raconte alors avoir plusieurs fois essaye de grimper en haut de ce symbole des studios Warner, mais que chaque demande fut refusée. Suite au succès de Barbie, enfin, il a été autorisé à organiser son "photoshoot" en haut du château d'eau.

"Quand j'avais 16 ans, raconte-t-il, j'ai déménagé à LA et j'ai auditionné pour un projet au sein de la Warner Bros., mais ils ne m'ont pas autorisé à grimper. Il y a une dizaine d'années, quand on a tourné La La Land sur ces mêmes plateau, je n'ai pas eu le droit non plus. Je ne sais pas pour quelle raison, mais à présent, à ce point précis de ma vie et de ma carrière, ils me laissent monter en haut du château. Alors mieux vaut y grimper tant qu'on peut, car on ne sait pas si on pourra le refaire demain !"

Quand Ryan Gosling, ado, jouait dans Chair de poule

Les dessous du succès

Avant de devenir acteur, le lover de N'oublie jamais a commencé par chanter à des mariages, des centres commerciaux, à se promener dans des défilés de mode et à auditionner pour des petits rôles au Canada. Après Mickey Mouse, Ryan Gosling a participé pendant un an à la comédie pour adolescents de 1997 Classe Croisière, ce qui a ajouté suffisamment d’argent à son compte bancaire pour qu'il puisse emménager seul dans le sud de la Californie à 16 ans. "Dieu merci pour West Hollywood", dit-il.

"Ce directeur avec qui j’ai travaillé m’a dit quand j’étais enfant : "Si jamais tu viens à L.A., tu peux dormir sur mon canapé" J’ai vécu une expérience incroyable. J’ai fait mes devoirs à l’abbaye. Mon voisin d’à côté s’appelait Mocha Cream. C’était un endroit incroyable pour atterrir : quelqu’un m’avait montré le film Ma tante (1958), et je me sentais comme l’enfant dans Ma tante. Tout le monde était tellement tolérant et vivait ses rêves. C’était très encourageant et créatif."

En rentrant d’une audition un après-midi, sa voiture est tombée en panne. "Je n’avais pas l’argent pour la remorquer ou la réparer, dit Ryan GoslingJ’ai donc essayé de pousser, les gens me klaxonnaient. Je me disais : 'Je ne la pousserais pas si je pouvais la conduire !'"

Fauché et sans moyen de locomotion, l'acteur jouait sa carrière à pile ou face : "Je me suis allongée dans mon lit, j’ai regardé le téléphone, et je me souviens avoir pensé : 'Si le téléphone sonne, ma vie entière va changer. Et si ce n’est pas le cas, je rentre à la maison.' Alors, je le regardais, il a sonné, et ils ont dit : ' Vous avez le rôle !' Il avait été choisi comme vedette du nouveau spin-off Hercules contre Arès, dont le tournage de cinquante épisodes avait été programmé en Nouvelle-Zélande.

Regardez l'incroyable audition de Britney Spears face à Ryan Gosling pour The Notebook

Ces années se sont écoulées sans incidents. Hercules contre Arès a payé les factures, mais n’a totalement satisfait Ryan Gosling. Après la fin de l’émission, le comédien a passé sa vingtaine dans des films indépendants plutôt sombres.

En 2001, Ryan Gosling a joué un skinhead dans Danny Balint, un rôle de rupture qui lui a servi de tremplin puisque l’année d’après il a joué avec Sandra Bullock dans Calculs Meurtrieers. Ce qui fit l’unanimité c’est son interprétation dans N'oublie jamais en 2004, auprès de Rachel McAdams.

En raison de la grève SAG-AFTRA, qui a commencé une semaine avant la sortie de Barbie, Ryan Gosling n’a jamais eu l’occasion de parler longuement de son processus pour devenir Ken. Ce qu’il dit maintenant indique clairement qu’il ne s’agit pas d’une rupture par rapport à son travail antérieur, mais d’une continuité.

"D’une certaine façon, tout ce que j’ai fait a mené à cela, analyse Gosling. Et je ne peux pas croire que j'en parle à voix haute. Il y avait des moments où je me disais : 'Je n’ai pas eu l’impression d’avoir travaillé aussi fort depuis Blue Valentine.' Il y a eu des moments où j’ai quitté Blue Valentine complètement vidé. Et c’était encore plus dur de jouer Ken. Tout comme dans Blue Valentine, j’incarnais un personnage qui ne pouvait pas garder sa relation, mais cette fois, il devait en même temps la rendre hilarante."

Ryan Gosling montage filmographie
Films sans Frontières/Metropolitan FilmExport/D'Vision

Nouvelles priorités

"Juste pour être avec ma famille, je ne voulais rien manquer", explique Ryan Gosling, qui a rencontré Eva Mendes dans The Place Beyond the Pines en 2012, où il jouait un cascadeur à moto.

 "Mes priorités ont changé, et je voulais être avec mes enfants. Ça va super vite. J’entends le compte à rebours. Je ne sais pas combien de temps je vais avoir, et je ne veux pas le dépenser au mauvais endroit. Je sais que je ne le dépense pas au mauvais endroit si je suis avec ma famille", explique-t-il à propos de ses choix de carrière plus récents.

La performance de Ryan Gosling dans Barbie a contribué à hisser le film au sommet, en lui faisant accumuler 1,4 milliards de dollars de recette, ainsi qu’une nomination aux Oscars. La troisième de sa carrière, puisqu'il était déjà en lice pour Half Nelson, en 2007 (mais il a perdu face à Forest Whitaker pour Le Dernier roi d'Ecosse), et pour La La Land dix ans plus tard (année du succès de Casey Affleck pour Manchester by the Sea).

Cette année, les nominations de Barbie animent la discorde puisque Margot Robbie n’a pas été sélectionnée dans la catégorie Meilleure actrice et que Greta Gerwig est absente de dans la catégorie meilleure réalisation. Ce qui n’a pas manqué d’agacer Ryan Gosling, qui, dans un communiqué, a exprimé toute son incompréhension de ne pas voir ses camarades concourir dans ces catégories, spécialement. Il s’est à nouveau exprimé sur la réaction des nominations :

"Écoutez, j’ai lourdement révisé cette déclaration. Je pense que si j’en dis plus à ce sujet, je vais essentiellement mettre une visière et commencer à défier les gens sur la place de Malibu Beach."

L’acteur de 43 ans fait référence à la manière dont son personnage canalise son agressivité dans le film : "Cela continue de provoquer la conversation dans chacune des incarnations. Il continue de soulever des interrogations. C’est la force du film. J’ai du mal à le comparer à quoi que ce soit."

Ryan Gosling va-t-il chanter "I'm Just Ken" aux Oscars ? L'acteur a la pression !

Musicalement vôtre

En plus de la nomination pour le meilleur acteur, Ryan Gosling se réinvente chanteur à travers l’immense succès d'"I’m Just Ken" écrite par Mark Ronson et Andrew Wyatt sur la fragilité masculine d’un personnage qui n’a aucun but sans sa Barbie. Le titre est nommé aux Oscars pour la meilleure chanson originale aux côtés de "What Was I Made For ?" de Billie Eilish. Une rumeur persistante laisse sous-entendre une possible performance live durant les Oscars.

En attendant une confirmation, Ryan Gosling a enregistré sa voix à "I’m Just Ken" dans un studio d’enregistrement de Londres avec Mark Ronson. "J’ai pleuré quand on m’a envoyé le morceau avec Ryan chantant", dit Greta Gerwig.

Mark Ronson ne regarde généralement pas les chanteurs pendant les sessions d’enregistrement, mais quand il a levé les yeux, il a été surpris de voir à quel point Ryan Gosling était à fond : "Il ressemblait au Grand Caruso - il chantait la chanson avec tout son corps à cinq pieds du micro. Il avait tellement de puissance et de résonance dans sa voix, comme ces vieux chanteurs d’opéra et de théâtre."

Membre du groupe Dead Man’s Bones, Ryan Gosling est habitué à la performance scénique, mais il avoue avoir la pression quant à une potentielle représentation sur la scène de la cérémonie la plus célèbre du 7e art. 

"Quand j'ai joué en public, c’était toujours dans les églises et les cimetières, pas dans les arénas, détaille-t-il. Les Oscars sont un peu plus grandiose que cela, et des millions de personnes écouteront. On ne m’a toujours pas demandé. C’est peut-être trop risqué de me laisser le faire. Je ne sais pas comment cela fonctionnerait, mais je suis ouvert à cela."

"Ne vous inquiétez pas, dit Margot Robbie à ce sujet, Nous poussons Ryan chaque fois que nous le pouvons : 'Fais-le. Allez, ce sera amusant.' J'aimerais tellement. Cela me rendrait — et le monde entier — si heureux."

Peut-être que l’aboutissement ultime du film serait de voir Barbie acclamer Ken sur la scène des Oscars ? Réponse le 10 mars prochain...

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