Affiches sorties de film mercredi 23 février 2022
SND/ Gaumont/ Memento Distribution

Ce qu’il faut voir en salles.

L’ÉVÉNEMENT
MAIGRET ★☆☆☆☆

De Patrice Leconte

Obsédé par Depardieu et le mythe du commissaire, cette adaptation ne parvient jamais à sauter l’obstacle fétiche pour toucher la case film. Dommage.

Maigret, par le cinéaste de Monsieur Hire, avec l’héritier en titre de Gabin, Depardieu ? Sur le papier, c’était intrigant. Car rencontre entre le monstre sacré du cinéma français et le monolithe pachydermique de la littérature belge semblait plus que tomber sous le sens. Evidente. C’est d’ailleurs le (seul) principe du film. Dans Maigret le commissaire tente de résoudre la mystérieuse mort d’une jeune fille. Mais la véritable enquête du film, c’est celle que la caméra de Leconte mène sur Depardieu jusqu’à friser le documentaire sur l'acteur. Séduisant sur le plan théorique, tout ça fonctionne dans une ou deux scènes où l’acteur combine délicatesse, amertume et balourdise pour aboutir à une grâce paradoxale. L’ennui, c’est qu’il n’y a rien d’autre à l’écran. Dans le cadre, les autres sont soit insignifiants, soit à côté de la plaque. Quant à la mise en scène, à force de suivre son personnage, de se caler sur son rythme, tout patine. Les intentions sont là, intéressantes, la démarche indiscutable. Mais on reste sur l'impression d’une tentative essoufflée qui rate le degré d’ampleur requis pour se qualifier dans la catégorie des grands films hantés ou théoriques.

Gaël Golhen

Lire la critique en intégralité

PREMIÈRE A AIME

LE CHÊNE ★★★☆☆

De Laurent Charbonnier et Michel Seydoux

Enfin ! C’est le cri du cœur qu’on a envie de pousser devant ce film de Laurent Charbonnier (Chambord) et du producteur Michel Seydoux (pour ses débuts de réalisateur). Enfin un documentaire sur la nature dépourvu d’une de ces voix- off lénifiantes qui croit indispensable de devoir expliquer tout ce qu’on voit avec un sens souvent hasardeux de la vulgarisation. Enfin un documentaire sur la nature qui raconte une histoire (avec à l’écriture Michel Fessler, déjà à l’oeuvre sur La Marche de l’Empereur) au lieu de compiler des images aussi spectaculaires soient- elles. Un film puissamment sensoriel avec un héros - un chêne vieux de 210 ans - et une multitude de personnages secondaires, tous ceux qui vivent dans son écosystème (geais, écureuils, hulots, charançons…) dont les aventures tiennent du suspense hitchcockien tant la survie de certains ne tient qu’à un fil. Un sommet du genre.

Thierry Cheze

Lire la critique en intégralité

ILS SONT VIVANTS ★★★☆☆

De Jérémie Elkaïm

Co- scénariste de trois films avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm n’avait encore jamais passé le cap de la réalisation, à l’exception d’un court métrage en 2010. Et Cette expérience serait d’ailleurs peut- être restée unique si Marina Foïs, sa partenaire de Polisse, n’était venue un jour lui parler de son enthousiasme pour Calais mon amour, le livre de Béatrice Huret (qui y raconte sa propre histoire, avec la collaboration de Catherine Siguret) et de son rêve de le voir transposer sur grand écran. Car avec ce projet né en dehors de lui, il semble s’être senti autorisé à franchir un cap. Ils sont vivants nous entraîne à Calais dans les pas de la veuve d’un flic sympathisant FN dont la rencontre avec un enseignant iranien arrivé clandestinement en Europe va bouleverser la vie. Un sujet éminemment casse- gueule que Jérémie Elkaïm a le courage de le prendre de front mais en s’appuyant sur la finesse d’écriture des personnages, à commencer par celui, complexe, riche en ambiguïtés de cette femme percutée par un amour totalement inattendu. Elkaïm filme ces corps comme aimantés et ce désir plus fort que tout avec une sensualité qui emmène ce long métrage loin du banal film à sujet.

Thierry Cheze

Lire la critique en intégralité

LES POINGS DESSERRES ★★★☆☆

De Kira Kovalenko

Dans une ancienne ville minière d’Ossétie du Nord, Ada, la vingtaine, tourne en rond. Elle est coincée, engluée dans un monde sans horizon, circonscrit par la route en bas de chez elle, où vrombissent des camions du matin au soir, les montagnes qui bouchent le ciel au loin, et ce petit appartement où son père, ses frangins et elle passent leur temps à se marcher dessus. Au cœur de son histoire, il y a un traumatisme enfoui, un secret que le film va s’employer à mettre à jour. Kira Kovalenko, 32 ans, ancienne élève d’Alexandre Sokourov, invente avec cette Ada une sorte de petite cousine caucasienne de la Wanda de Barbara Loden. Le parti-pris du mutisme et de l’opacité manque parfois de se retourner contre le film, mais est transcendé par la maestria topographique de la réalisatrice, sa manière très puissante de décrire un petit bout de territoire comme une prison à ciel ouvert.

Frédéric Foubert

LES GRAINES QUE L’ON SEME ★★★☆☆

De Nathan Nicholovitch

Tout part d’une affaire très médiatisée en 2018 : le procès d’un ex- élève du lycée Romain- Rolland d’Ivry pour un « Macron démission » tagué sur les murs de l’établissement. Invité à y conduire un atelier de cinéma, Nathan Nicholovitch est parti de ces événements pour construire avec ses élèves une fiction qui pousse la réalité plus loin en imaginant que la jeune femme accusée n’est pas sortie vivante de sa garde à vue. Une trame de scénario à l’intérieur de laquelle ces ados prennent la parole avec leurs propres mots. Le mélange des genres est donc ici clairement assumé et la subjectivité hissée en étendard. Les Graines… célèbre l’insoumission de sa jeunesse dans un quinquennat où les rapports entre policiers et manifestants se sont tendus à l’extrême, laissant naître l’idée d’une violence institutionnelle qui viendrait tuer dans l’œuf toute velléité de révolte. Un hymne à l’indispensable éveil d’une conscience politique.

Thierry Cheze

Lire la critique en intégralité

UN PEUPLE ★★★☆☆

De Emmanuel Gras

Le peuple qui donne son titre à ce documentaire, ce sont les Gilets Jaunes qu’Emmanuel Gras (Bovines) a été rencontrer dès le début du mouvement sur un rond-point de Chartres comme au milieu de la « mitraille » place de l’Etoile et les environs. Il a vu et entendu des hommes et des femmes révoltés, qui ont mis en jeu - et entre parenthèses - une vie déjà pas facile, pour protester ensemble contre cet ultra-libéralisme décomplexé qui conditionne nos existences. Son film remet en perspective la beauté d’un combat et ses dérives malheureuses qui n’ont pas vocation à tout recouvrir. A bonne distance et pourtant le nez dans son sujet, Gras rappelle que si le combat à déserté le petit écran, la fonction du grand est de montrer sa pertinence et sa vaillance.

Thomas Baurez

Lire la critique en intégralité

SOUS LE CIEL DE KOUTAÏSSI ★★★☆☆

De Alexandre Koberidze

Le film débute par une rencontre et sortilège. La rencontre des deux futurs amants est le fruit du hasard mais comme le précise d’emblée un narrateur omniscient, « le hasard n’existe pas », il faut se méfier. Le sortilège énoncé le temps d’une séquence démente de simplicité (vous verrez !), menace de changer le physique des deux protagonistes au réveil. Et de fait, le matin sera douloureux. Autant dire que nous sommes bien sous le ciel très étrange de Koutaïssi malgré la tension qui sourd de partout. L’époque est indéterminée mais serait « la plus violente de notre histoire. » C’est donc forcément un peu la nôtre, légèrement « dystopiée ». Cette romance à l’humour grinçant signée du géorgien Alexandre Koberidze - nom à retenir- portée par une mise en scène d’une précision flippante, ne ressemble à rien de connu. Accueillons-la à bras ouverts.

Thomas Baurez

Retrouvez ces films près de chez vous grâce à Première Go

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ ★★☆☆☆

De François Desagnat

Le cinéma s’arrache FabCaro. Un an après Le Discours de Laurent Tirard, un autre de ses romans graphiques prend vie sur grand écran. Le métier de son héros (Jean- Paul Rouve, impec) a changé (l’auteur de BD devient acteur de comédie) mais pas l’intrigue puisque celui- ci se retrouve ici aussi ennemi public n°1 embarqué dans une folle cavale… pour avoir oublié sa carte de fidélité en faisant les courses ! Inutile de faire un dessin : le burlesque règne en maître au fil d’un road movie qui pose un regard tout à la fois critique et hilarant sur les dérives paranoïaques de notre société de plus en plus crispée sur les questions identitaires. Seul hic mais d’importance : son passage par le grand écran n’apporte rien car la mise en scène de François Desagnat (La Beuze) n’arrive pas plus à traduire qu’à transcender le propos. Ce côté trop scolaire flirte dangereusement avec le contresens.

Thierry Cheze

COMPAGNONS ★★☆☆☆

De François Favrat

Embarquée une affaire de stups où elle doit trouver de l’argent pour rembourser des dealers de sa cité, une jeune passionnée de street art est prise sous l’aile de la responsable du chantier de réinsertion où elle bosse qui lui ouvre les portes de la Maison des Compagnons pour l’extirper de sa situation. Nul besoin d’être grand clerc pour imaginer où François Favrat (Boomerang) va nous conduire et comment. Mis en scène sans relief, Compagnons ne déviera jamais - rebondissements téléphonés compris - du sentier tout tracé de cet hymne à la transmission entre générations qui fait fi des origines sociales. Même si deux éléments viennent percuter ce film joué d’avance. Son exploration du monde méconnu des Compagnons du Tour de France et l’interprétation du trio Najaa Bensaid - Pio Marmaï- Agnès Jaoui, capable de ces ruptures et cette finesse absents d’un récit, trop obnubilé à faire passer un message.

Thierry Cheze

A NOS ENFANTS ★★☆☆☆

De Maria de Medeiros

A nos enfants est à l’origine une pièce de théâtre construite comme un face- à- face entre Vera, directrice d’un orphelinat pour enfant séropositifs après avoir combattu la dictature au pouvoir au Brésil dans les années 70 et Tania sa fille qui s’apprête à avoir un enfant par PMA avec sa compagne. Un face- à- face comme un dialogue de sourds autour de cette décision, que peine à admettre Vera. Après l’avoir jouée, Maria de Medeiros a eu envie de la porter au cinéma en dynamitant cette bulle mère- fille. Le sujet est passionnant car il raconte cet affrontement entre deux générations de féministes à l’œuvre sur tant de sujets sociétaux actuels. Mais il se dilue dans des flashbacks à l’onirisme mal maîtrisé sur la résurgence du passé de Vera au cœur des les geôles brésiliennes et dans une multiplication vaine de personnages secondaires. Plus de radicalité n’aurait pas nui.  

Thierry Cheze

LA LEGENDE DU ROI CRABE ★★☆☆☆

De Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis

Il était une fois un ivrogne qui cherchait un trésor. Tel pourrait se résumer ce premier long métrage de fiction de deux documentaristes, construit en deux chapitres autour d’une légende qui a traversé les siècles. Celle de Luciano (le plasticien Gabriel Silli, renversant de charisme) qui, à la fin du 19ème, après avoir défié la tyrannie du Prince de Tuscie, fut contraint à l’exil dans la Terre de feu argentine où il se mit en quête d’un trésor enfoui. La Légende du Roi- Crabe ambitionne de mêler l’austérité dépouillée du cinéma d’Ermanno Olmi et le souffle d’un western picaresque. Une audace récompensée de prime abord par l’effet de surprise provoquée par la folie douce qui y règne avant de tirer en longueurs dans une deuxième partie qui bascule un peu trop dans le pur exercice de style certes parfaitement orchestré mais abimant une large part de son originalité.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

BLACKLIGHT ★☆☆☆☆

De Mark Williams

Pour qu’une « neesonade » - film où Liam Neeson casse des gueules, un genre en soi - fonctionne, il faut qu’elle soit brute, à l’os, fendarde et cathartique. Soit tout l’inverse de Blacklight, somnifère de près de deux heures où Neeson refait équipe avec le réalisateur Mark Williams, après le déjà très pénible The Good Criminal en 2020. S’il est possible de passer outre le scénario (un agent très secret du FBI fait le sale boulot dans l’ombre, mais se retrouve au coeur d’une machination), difficile de pardonner à Williams son manque de générosité dans l’action : toute fusillade ou course-poursuite potentiellement fun est méthodiquement sabotée, rallongée, dévitalisée. On savait où on mettait les pieds, mais quand même : bailler devant Liam Neeson qui électrocute des gens, c’est fort de café.

François Léger

SELON LA POLICE ★☆☆☆☆

De Frédéric Videau

C’est en 2017 que Frédéric Videau (A moi seule) a eu envie de s’emparer de la question de la police. Avant donc qu’elle devienne un sujet central dans la société française avec les heurts liés au mouvement des Gilets Jaunes.  Construit façon Rashōmon, Selon la police explore une journée d’un commissariat toulousain, via plusieurs flics de toutes générations. Une polyphonie qu’on retrouve dans la multiplicité des tons employés, le drame social y côtoyant le mélo et un humour tout en dérision. Et c’est précisément ce mélange des genres - symbolisé par ce choix d’une écriture sophistiquée pour raconter une réalité quasi documentaire - qui ne fonctionne pas. Cette artificialité abîme le récit jusqu’à une dernière ligne droite si prévisible qu’elle en perd tout impact. Videau se complique trop la vie pour délivrer un message limpide : dis-moi quelle police tu as, je te dirai dans quelle société tu vis.

Thierry Cheze

 

Et aussi

Gangubai Kathiawadi, de Sanjay Leela Bhansali

La Nature, de Artavazd Pelechian

Pas pareil… et pourtant, de Jesus Perez, Gerd Gockell, Miran Miosi, Christoph Englert, Fred et Sam Guillaume

The Beatles : Get back- The Roof top concert, de Peter Jackson

Valimai, de H. Vinoth

Visages de femmes, de Desiré Ecaré

Reprises

Cluny Brown, de Ernst Lubitsch

Le Parrain, de Francis Ford Coppola