Les meilleurs films de 2019 pour l'instant
Universal/The Jokers/Les Bookmakers/Mars Films/El Deseo

Au menu du best of du premier semestre 2019 : un film de 13h34, des trolls, des dragons, des parasites, François Civil, des élephants, de la douleur et de la gloire.

 

Border de Ali Abassi
Une douanière suédoise au flair surnaturel et au physique de troll rencontre son double aux manières primales. Sur la frontière entre deux mondes, Ali Abbasi adapte John Ajvide Lindqvist (Morse) raconte une histoire terrifiante, échappant à tous les codes et tous les clichés. Le meilleur film fantastique de l’année pour l’instant.

 

 

El Reino de Rodrigo Sorogoyen
Avec ce survival qui voit un homme politique espagnol corrompu essayer de sauver sa peau et un honneur perdu, Rodrigo Sorogoyen livre un film nerveux qui tient le spectateur collé à son siège pendant plus de deux heures. Dans la peau de cet anti-héros, Antonio de la Torre démontre un charisme ahurissant et prouve -deux ans après la bombe Que dios nos perdone- qu'il forme avec Sorogoyen le plus beau tandem du cinéma espagnol actuel.

 

 

Sorry to bother you de Boots Riley
Ce premier long rageur du musicien Boots Riley suit la terrible ascension d'un jeune glandeur bientôt roi du télémarketing qui va basculer dans un monde orwellien où la réussite sociale détruit tout. Film hybride et délirant, punk et hip-hop à la fois, Sorry to bother you est une comédie satirique qui permet de croire toujours en l'avenir d'un cinéma indépendant libre et survolté prêt à défier toutes les normes.

 

 

La Flor de Mariano Llinás
Six films en un. 13h34 renversantes de fluidité, fruit d’un tournage étalé sur 10 ans entre Argentine, Sibérie, Paris, Londres et Berlin. Ne cherchez pas plus loin la proposition cinématographique la plus dingue de ce premier semestre 2019. Elle sort tout droit de l’imagination de l’Argentin Mariano Llinás et de ses quatre comédiennes époustouflantes qui évoluent avec la même justesse dans les différents genres traversés par cette œuvre- somme : série B, mélo musical, film d’espionnage, hommage à Partie de campagne de Renoir…

 

 

Mon Inconnue, de Hugo Gélin
On aurait pu remplir ce top de films avec François Civil, le nouveau super espoir du cinéma français donnant l’impression cette année d’être dans un film frenchy sur deux. On a retenu Mon Inconnue, délicieuse comédie romantique high-concept (un écrivain se réveille dans un monde où il n’a jamais rencontré la femme de sa vie) qui prouve que Hugo Gélin a tout compris : le rythme, les vannes, le charme… Tout y est. En bonus : Benjamin Lavherne en majesté dans les scènes les plus tordantes de l’année.

 

 

90’s de Jonah Hill
Jonah Hill feuillette son album photos des années 90 : génération Air Jordan, Wu-Tang et Nintendo… Madeleine de Proust pour tous les slackers qui sont aujourd’hui des trentenaires désabusés regardant impuissants les années qui défilent ? Pas seulement. Polaroïd sépia d’un garçonnet intégrant une bande d’ados skaters, 90’s puise ses influences chez Clark, Korine, Van Sant et le fameux Video Days. Mais sans jamais verser dans la nostalgie facile. C’est beau.

 

 

Douleur et gloire de Pedro Almodóvar
Almodóvar se regarde le nombril et offre ses propres traits à sa muse Antonio Banderas. Douleur et Gloire est un film introspectif, ultra-sensible et sensuel où les doutes existentiels du cinéaste deviennent le moteur de l'action. Où les fantômes du passé éclairent les figures du présent.... Un des sommets de l'œuvre d’Almodovar. Encore un.

 

 

So long, my son de Wang Xiaoshuai
Quarante ans de l'histoire d'un couple marqué par la mort accidentelle d'un enfant dessinent en creux les bouleversements de la Chine moderne. Le cinéaste Wang Xiaoshuai signe un magnifique mélodrame avec une retenue qui n'empêche pas l'explosion des sentiments. La puissance intérieure des deux interprètes principaux, logiquement primés à la dernière berlinale, est ce que l'on a vu de plus vibrant cette année. 

 

 

Alita : Battle Angel de Robert Rodriguez
Après quinze ans de nanars divers (Desperado 2, la série Spy Kids, Sin City 2…), Robert Rodriguez a trouvé une bonne idée : reprendre un vieux projet de James Cameron, l’adaptation du manga de cyber-SF culte Gunnm. La baffe est d’une ampleur inattendue : un pur film d’action, électrisant et parfaitement écrit, tournant autour du corps inouï d’Alita, extraordinaire créature de cinéma, mi-chair mi-numérique, dont les grands yeux sont braqués vers le futur.

 

 

Parasite de Bong Joon-ho
Bong Joon-ho s’inspire de l’ironie de Chabrol et de la rigueur de Clouzot et signe une fable politique survoltée, furibarde et magistrale. Un triomphe de mise en scène, un triomphe à Cannes, un triomphe dans les salles : plus d’un million de spectateurs ont déjà été voir Parasite et ce n’est pas fini (une VF du film va sortir cet été). La Palme d’Or la plus cool depuis Pulp Fiction ?

 

 

Grâce à Dieu, de François Ozon
François Ozon s’attaque au silence coupable de l’Eglise sur les crimes pédophiles et, au passage, à l’épineuse question du film-dossier. Au final, il signe moins son Spotlight que son Zodiac : une histoire d’obsession qui menace de rendre fous ses protagonistes. Un théorème sur la fragilité masculine et le désir de reconstruction porté par trois acteurs (Ménochet, Arlaud, Poupaud) à la puissance stupéfiante.

 

 

Les Eternels, de Jia Zhangke
Un fascinant portrait de la Chine contemporaine par le grand Jia Zhangke, dans un film conçu aussi bien comme un best-of de sa filmo (immense) que comme une lettre d’amour à sa compagne, l’actrice Zhao Tao, de tous les plans ou presque. Un projet romanesque d’une ambition folle et d’une beauté sidérante.

 

 

Dumbo, de Tim Burton
Relecture superbe d’un des plus beaux films d’animation de tous les temps, par un fan manifestement très sincère. Tim Burton réfléchit au mythe Dumbo en même qu’à sa propre filmo. Emblématique de ce double mouvement d’hommage et d’appropriation, la scène des éléphants roses est parmi ce qu’il a fait de plus bouleversant. Son meilleur film depuis (insérez ici le titre de votre Tim Burton préféré).

 

 

La Mule, de Clint Eastwood
Le retour du roi. Dix ans après Gran Torino, vingt-sept ans après Impitoyable, Eastwood nous refait le coup du chant funèbre et des adieux dans le crépuscule. Mais dévoile cette fois-ci un autre visage, moins iconique, plus humain. La Mule montre les larmes et les rides d’un homme qui n’a plus l’angoisse de vieillir, mais la peur de mourir. Eastwood est nu.

 

 

Dragons 3 : Le Monde caché de Dean DeBlois
La saga Dragons, devenue adulte, est prête à dire adieu aux chimères de l’enfance. Harold et Astrid vont fonder une famille, et Crocmou en profite pour atteindre enfin sa forme la plus parfaite : bondissante, joyeuse, émouvante. Profondément vraie. Dans Dragons 3, Crocmou existe pour de bon.

 

 

Vice d'Adam McKay
Après le monde de la finance avec The Big short, Adam McKay raconte avec le même ton satirique, grinçant et outrancier le quotidien de l’administration Bush en choisissant le meilleur angle : Dick Cheney, son Vice-Président, sa tête pensante, son homme de l’ombre soudain projeté en pleine lumière et génialement interprété par Christian Bale, récompensé d’un Golden Globe pour l’occasion. Sur le fond comme sur la forme, une comédie du pouvoir furieusement irrésistible.

 

 

Être vivant et le savoir d'Alain Cavalier
Depuis quand a-t-on parlé de mort et de deuil avec autant de finesse, de profondeur et d’espièglerie mêlées ? Dans ce nouveau sommet documentaire d’une carrière foisonnante, Alain Cavalier raconte à la fois à l’écran et hors champ le combat de son amie Emmanuèle Bernheim contre la maladie qui la ronge. Et construit un puzzle riche d’une multitude de pièces toutes plus inattendues que les autres qui, une fois la dernière posée, vous submerge d’une émotion inouïe. Un chef-d’oeuvre absolu de pudeur.

 

 

Synonymes de Nadav Lapid
Nadav Lapid, l’une des voix les plus originales du cinéma israélien pose pour la première fois sa caméra en France et raconte - en mode très autobiographique - l’arrivée d’un jeune Israélien fuyant la folie d’un pays qu’il s’est mis à haïr pour le nôtre qu’il fantasme comme parfait. En parfait équilibre entre un bouillonnement cérébral intense et un irrésistible sens de l’humour pince-sans-rire et du burlesque, Synonymes tient tout à la fois du sprint et du marathon, porté par l’une des plus grandes révélations côté comédien de ce premier semestre 2019: Tom Mercier. Un Ours d’Or à Berlin plus que mérité.