Le Vent se lève de Ken Loach
Diaphana

La première Palme d’Or du réalisateur britannique est à l’honneur ce soir de « Place au cinéma » sur France 5, présenté par Dominique Besnehard

Un film historique engagé

Le Vent se lève plonge le spectateur au cœur de la guerre d’indépendance irlandaise – qui s’est déroulée entre 1919 et 1921 – puis de la guerre civile qui a suivi jusqu’en 1923. Et ce à travers l’histoire de deux frères d’abord unis dans une bataille commune puis profondément divisés quant à la stratégie d’une alliance avec les Britanniques. Ce sujet passionne Ken Loach depuis longtemps. En 1975, il avait signé une série en 4 épisodes, Days of hope, centré sur ces soldats anglais qui, de retour du front de la première guerre mondiale, ont été envoyés en Irlande maintenir l’ordre. Et en 1991, son Secret défense plongeait dans Belfast secoué par les heurts violents entre l’IRA et la police britannique, en prenant parti pour les premiers contre les seconds. En 2006, Le Vent se lève enfonce le clou, alors depuis 1998, s’est engagé un processus de paix dans le conflit nord- irlandais. Loach refuse que ce pan meurtrier de l’histoire britannique tombe dans l’oubli. Et il le raconte ici avec un net penchant pour les tenants d’une Irlande unifiée et socialiste contre les partisans d’un compromis avec Londres, vus comme des traîtres

Un enfant de Cannes

Palme d’Or à l’unanimité. C’est ce qu’a annoncé sur scène le Président du Jury Wong Kar Wai avant que le cinéaste britannique ne monte sur scène chercher son trophée. Entre Cannes et Ken Loach, l’histoire d’amour remonte à 1970 où, dès son deuxième long métrage, Kes, il se retrouve sélectionné à la Semaine de la Critique. Il fait son entrée dans la compétition onze ans plus tard avec Regards et sourires et y sera régulièrement primé. Trois Prix du Jury pour Hidden Agenda en 1990, Raining stones en 1993 et La Part des anges en 2012. Deux prix de la Critique internationale pour Riff Raff en 1991 et Land and Freedom en 1995. Le prix d’interprétation masculine pour Peter Mullan, son héros de My name is Joe en 1998. Le prix du scénario pour Sweet sixteen en 2002. Et en 2016, il entrera dans le cercle fermé des cinéastes doublement palmés d’or grâce à Moi, Daniel Blake

Un cinéaste boudé par son pays

Nul n’est prophète dans son pays, veut l’adage. Et Ken Loach encore moins que les autres. En règle générale, ses films sont proposés en Angleterre sur dix fois moins d’écrans qu’en France. La Palme d’Or du Vent se lève lui a permis cette fois- là plus de visibilité mais une partie de la critique a continué à ne pas être tendre avec son travail, même s’il assurait n’avoir absolument pas fait un film sur les Anglais qui tabassent les Irlandais. Une partie d’entre elles a pourtant été jusqu’à violemment et injustement l’accuser d’avoir commis un film propagandiste à la Leni Riefenstahl. Mais en parallèle, Le Vent se lève est devenu le plus gros score au box- office pour un film indépendant irlandais en Irlande. Et en France, avec 971 334 entrées, il reste le plus gros succès de Ken Loach à ce jour.

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