DR

Ce qu’il faut voir ou pas en salles cette semaine.

PREMIÈRE A AIMÉ

Juste la fin du monde ***
De Xavier Dolan

L’essentiel
Un huis-clos étouffant sur une famille dysfonctionnelle.

Huis clos aride, jamais inquiet de se rendre aimable, Juste la fin du monde divisera aussi sûrement que la personnalité de son réalisateur. Avec son sixième long métrage (adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce), Xavier Dolan raconte la mort du dialogue familial et nous met à table durant une heure trente avec des gens qui ne savent plus se parler,  s’invectivent, se coupent la parole en permanence. Des personnages sauvés du grotesque par les interprétations fabuleuses d’un casting cinq étoiles et un principe de mise en scène – le théâtre en gros plan – à l’opposé de l’exercice de style.
François Léger

Lire la critique en intégralité

Kubo et l’amure magique ***
De Travis Knight

Dans un Japon légendaire, Kubo est un petit garçon borgne qui possède le pouvoir d’animer les feuilles de papier par sa musique. Aidé d’une femme-singe et d’un scarabée samouraï, il part en quête de l’armure magique pour défaire le seigneur Lune. Ce résumé ne fait qu’effleurer la beauté continuelle du dernier-né en stop motion du studio Laïka (L’Étrange pouvoir de Norman). La technique – le papier, les marionnettes – définit le sujet du film, et vice versa. Le character design parfait (les deux sœurs tueuses, inoubliables) est au service d’une histoire intense et profonde. À part l’humour parfois forcé et mal calé en termes de timing, on n’est pas loin du sans faute.
Sylvestre Picard

Brooklyn Village ***
D’Ira Sachs

Une famille bobo de Manhattan hérite d’un appartement à Brooklyn et de la boutique attenante, occupée par une couturière. Faut-il augmenter son loyer ? À partir d’un argument minuscule, le pointilliste Ira Sachs compose, sans que l’on voit l’effort, un tableau d’une profondeur et d’une subtilité folles. La minutie d’un cadre, la légèreté d’un travelling, la justesse d’un fondu au noir… Cette grammaire, délicate mais cruelle, appuie sur la jointure entre le prosaïque et l’intime, entre l’amour filial et le prix au mètre carré. Avec ses adultes lestés par les responsabilités et ses ados filant vers l’avenir, Brooklyn Village creuse avec grâce le sillon tracé par le chef-d’oeuvre d’Ira Sachs, le sublime Love is Strange.
Caroline Veunac

 

 

PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

Cézanne et moi **
De Danièle Thompson

L’amitié tumultueuse entre le peintre en quête de gloire et l’écrivain qui l’a trouvée.

Danièle Thompson voulait faire de la relation entre Cézanne et Zola une pièce de théâtre. La réalisatrice a décidé d’exploser le cadre pour fillmer une amitié scellée sous le soleil provençal et nourrie de grands espaces. Pour fi lmer, surtout, les tourments d’un peintre en quête perpétuelle – de nouveauté, de lumière, de renommée. Ce qui aurait pu être un duo figé d’acteurs en costume est en fait l’esquisse d’une époque bouillonnante entre Paris et Aix-en-Provence, la bohème crève-la-dalle mais libre et le carcan de la bourgeoisie réactionnaire, l’inspiration, la frustration, l’insouciance et les tourments, sublimement filmée – marque de fabrique de Thompson dont même les comédies sont sophistiquées. Au coeur de ce tourbillon se dessine le portrait d’un peintre inaccompli, que Gallienne compose de manière inégale : parfois impressionnant et parfois trop exubérant, l’acteur du Français, plus présent que Canet à l’écran, finit par faire de l’ombre au tableau.
Vanina Arrighi de Casanova

Soy Nero **
De Rafi Pitts

Déporté au Mexique alors qu’il a grandi à Los Angeles, Nero, 19 ans, décide de s’engager dans l’armée américaine.

Le réalisateur de The Hunter s’intéresse ici aux Green Card Soldiers, ces migrants illégaux qui depuis le Patriot Act de George W. Bush, peuvent éviter l’expulsion en rejoignant les troupes américaines. Comme son héros, le film semble apatride : tourné aux Etats-Unis et au Moyen-Orient par un Iranien avec l’aide du scénariste de la nouvelle vague roumaine Razvan Radulescu et d’un casting de jeunes acteurs latinos et afro-américains, Soy Nero défie les frontières, produisant ainsi un certain vertige du dépaysement, du déracinement et de la perte d’identité. Comme son héros également, le spectateur est brutalement envoyé, par le biais d’une ellipse, de l’oasis illusoire et ultra-sécurisée de Beverly Hills au désert brûlant et aride de la guerre. Parfois un peu démonstratif, ce conte moderne sous tension captive néanmoins grâce à son sens de l’absurde métaphysique hérité de Beckett et de Buzzati.
Eric Vernay

Rock’n’roll of Corse **
De Lionel Guedj et Stéphane Bébert

Le parcours d’Henry Padovani, Corse débarqué à Londres au moment de l’explosion du mouvement punk et premier guitariste de The Police. Le sujet est éminemment sympathique (et empathique : Henry devient vite copain avec tout le monde grâce à son bagout tranquille) et le documentaire capte des moments de grâce surprenants. On retrouve Topper Headon, l’ex-batteur et ex-junkie de The Clash qui coule des jours tranquilles à boire du thé dans la pluvieuse campagne anglaise ; ou encore Jayne County, star du punk qui a changé de sexe (et immortelle interprète de Fuck Off, en 1977). Le film prend alors l’allure d’un post-scriptum tranquille au rock des 70s, où l’on ne meurt pas forcément d’une overdose.
Sylvestre Picard

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

Blair Witch 0
D’Adam Wingard

Les deux premiers films d'Adam Wingard, You're Next et surtout The Guest, étaient suffisamment forts pour faire de lui un véritable espoir du cinéma de genre. Sacrée déception que son Blair Witch, qui réussit l'exploit de concentrer à la fois les pires travers du style found footage incohérent (montage miraculeusement clair, musique omniprésente, jump scares à gogo) mais aussi de l'industrie : le film est à la fois une suite ET un remake du Projet Blair Witch, qui ne sort jamais des schéma du copié-collé simpliste et banal, délayé dans la banalité de l'horreur grand public des années 2000. Vous vous souvenez des nouveaux La Malédiction ou de Amityville ? C'est la même chose. En 1999, le premier Blair Witch nous a fait faire des cauchemars ; en 2016, le nouveau nous colle la migraine.
Sylvestre Picard

Tout va bien *
D’Alejandro Fernandez Almendras

Avec l’insouciance propre à l’âge adolescent, Vicente boit et couche sans penser au lendemain. Jusqu’à cette nuit d’ivresse et cet accident de la route mortel dans lequel il est impliqué qui font de lui un bouc émissaire. Le précédent drame moral du chilien Alejandro Fernández Almendras, Tuer comme un homme, avait plus de nerf. À force de minimalisme, Tout va bien (qui s’inspire d’une histoire vraie) s’abîme dans une neurasthénie que les artifi ces périmés (les échanges de SMS en surimpression) ne secouent jamais. Aussi peu stimulant sensoriellement et intellectuellement que ses personnages et ses acteurs sont mous, le film glisse sur le réel qu’il entend saisir et provoque, au mieux, un ennui poli.
Caroline Veunac

Vendanges *
De Paul Lacoste

Qui sont ceux aujourd’hui qui partent pour « faire les vendanges » ? Hommes, femmes, chômeurs, travailleurs précaires... Son précédent documentaire, Entre les bras – La Cuisine en héritage, parvenait à capter de façon impressionniste quelque chose de la transmission. Paul Lacoste peine à reproduire ce miracle avec Vendanges, qui reste un portrait sans relief d’une France qui subit la crise de plein fouet et cherche un second souffle.
Christophe Narbonne

Et aussi
Des Porto-Ricains à Paris de Ian Edelman
Les nouvelles aventures de Pat et Mat de Marek Benes
Tête de chien de Tommy Weber

Et la reprise de
Cinq pièces faciles de Bob Rafelson