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West Side Story

L’une des meilleures choses qui soient arrivées à Steven Spielberg est sans aucun doute sa rencontre avec le génial chef opérateur polonais Janusz Kaminski en 1993. La façon dont celui-ci a su adapter sa technique à une esthétique déjà en place a désormais valeur de signature et de refuge. Kaminski est devenu le plus fidèle allié du maître. La lumière avec ses très identifiables reflets horizontaux qui peuvent tour à tour éblouir ou guider le regard, la prédominance des teintes orangées et bleues, embaument un monde en ruines ou menacé de destruction.

Thomas Baurez
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Ham on Rye

Des adolescents américains enveloppés dans une lumière chaude de fin d’été. Des travellings latéraux accompagnent leur marche le long de trottoirs d’une banlieue proprette que le cinéma US des 80’s aura figée pour l’éternité. Où vont-ils ? Vers le moment « le plus important de leur vie », comprend-t-on. On passe d’un groupe à l’autre, essayant de raccorder tout ce petit monde et d’en saisir les éventuelles disparités. Ham on Rye, premier long-métrage de Tyler Taormina, se présente comme un college movie classique. C’est un leurre.

Thomas Baurez
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Les Elfkins: Opération Pâtisserie

Aussi maladroite que motivée, la jeune Elfie s'est exilée avec ses copains Tom et Sam du pays des Elfkins -ces petits lutins qui aidaient à une époque les humains à accomplir leurs laborieuses tâches pendant la nuit, comme, par exemple, boucler un magazine de cinéma- pour arriver chez un pâtissier menacé d'expulsion par son propre frère...

Sylvestre Picard
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Un endroit comme un autre

Un père, élevant seul son bambin de 3 ans, est atteint d’une maladie incurable. Il lui faut donc trouver une famille d’accueil. Le voilà donc condamné au porte-à-porte où passent en revue tous les profils possibles : les bourgeois rigides, les prolos beaufs, la célibattante… Uberto Pasolini (Une belle fin), tel Ken Loach, est adepte d’un mélodrame dépouillé de ses excès baroques pour ne retenir que sa fibre pulsionnelle. L’un comme l’autre se posent en observateurs des âmes combattantes que leurs mises en scène soutiennent à bout de bras.

Thomas Baurez
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Lingui, les liens sacrés

Lingui partage avec L’évènement, son sujet : l’avortement clandestin. Mais là où Audrey Diwan emprunte les codes du survival, Mahamat Saleh-Haroun (Grisgris) révèle la violence d’un quotidien sous couvert d’un naturalisme doux et apaisé. L’action se passe dans le Tchad d’aujourd’hui, où l’avortement est doublement interdit : par la loi et la religion musulmane.

Thomas Baurez
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Où est Anne Frank !

L’intuition, c’est qu’une histoire ne peut pas éternellement se raconter d’une seule et même façon. Et l’Histoire, la grande, non plus, car rien n’est figé, ni le temps, ni le contexte dans lequel les récits se transmettent. Ce constat, Ari Folman l’a porté sur lui-même, dans l’époustouflant Valse avec Bachir en 2008, déconstruction/reconstruction de son expérience de soldat pendant la guerre du Liban au début des années 80 et de ce qu’il en restait vingt-cinq ans après, à lui, à son pays (Israël) et au monde.

Guillaume Bonnet
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Any day now

Pour son premier film, Hamy Ramezan a choisi de regarder en arrière. De se replonger dans son enfance… qui fait écho à la réalité d’aujourd’hui. Alors qu’il n’avait que 13 ans, comme son jeune héros Ramin, sa famille persécutée a dû fuir l’Iran pour s’installer - après avoir survécu aux camps de réfugiés de l’ex- Yougoslavie - en Finlande en 1990. Et c’est là que la fiction prend le pas sur sa réalité.

Thierry Chèze
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Rose

Aurélie Saada a deux amours. La chanson bien sûr (en solo comme en duo avec Brigitte aux côtés de sa complice Sylvie Hoarau) mais aussi le cinéma. Membre du collectif Les Quiche (avec notamment Isabelle Vitari ou Benoît Pétré, le réalisateur de Thelma, Louise et Chantal), auteurs de Foon, elle avait laissé quelque peu de côté cette deuxième passion ces dernières années… jusqu’à ce Rose qui marque ses grands débuts dans la réalisation d’un long métrage.

Thierry Chèze
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Une femme du monde

C’est l’histoire d’une prostituée (Laure Calamy post-césarisée) qui ne fait mystère de son métier à personne. Ses habitués peuvent ainsi compter sur sa « fidélité »… qu’elle attend un peu trop en retour de la part de ses clients. Marie a un fils, 17 ans, qui comme beaucoup de jeunes gens de son âge, est largué avec des rêves qu’il croit trop grand. Marie dit non et tente d’enrayer un déterminisme de classe. Il faut de l’argent, alors elle accepte de travailler en dehors de ses bases, quitte à s’exposer plus durement.

Thomas Baurez
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Les Amants sacrifiés

L’envie d’aller arpenter d’autres terrains que celui du fantastique qui l’a fait roi s’était déjà fait jour chez l’auteur de Cure dans son précédent film, Au bout du monde, conte initiatique à la Lost in translation. Kiyoshi Kurosawa enfonce le clou en s’aventurant pour la première fois dans le film d’époque. Conçu pour la télé, Les Amants Sacrifiés nous entraîne dans le Japon des années 40, à la veille de son entrée dans la seconde guerre mondiale.

Thierry Chèze
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Si demain

Fabienne Godet poursuit sa collaboration avec Julie Moulier qu’elle avait fait débuter voilà 9 ans dans Une place sur terre. La comédienne incarne ici une femme brisée par une rupture que sa meilleure amie (Lucie Debay, épatante) pousse, pour passer à autre chose, à retrouver l’autrice d’un carnet intime datant d’il y a une vingtaine d’années qui s’est retrouvée anonymement dans sa boîte aux lettres. Si demain raconte donc l’histoire d’une reconstruction au fil d’un road movie vers l’Espagne, peuplé de différentes rencontres.

Thierry Chèze
Affiche_Nudo mixteco : trois destins de femmes
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Nudo Mixteco: Trois destins de femmes

L'actrice mexicaine Ángeles Cruz réalise son premier long-métrage, construit sur trois histoires de femmes qui s'entrecroisent : Maria, revenue au village pour enterrer sa mère, renoue avec Piedad, son amour de jeunesse ; Chabela fait face au retour d’Esteban, son ancien époux, furieux de constater qu’elle a refait sa vie sans lui ; Toña (la partie la plus déchirante du film) revit le viol qu'elle a subi durant son enfance et décide de ne plus se taire. La pauvreté, l'éducation, la sexualité, la masculinité toxique, le droit à l'avortement, la liberté...

Sylvestre Picard
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S.O.S. Fantômes: l'héritage

Jason Reitman reprend le flambeau de son père Ivan pour un troisième volet « officiel » de la saga S.O.S. Fantômes. Direction la rase campagne, où une mère célibataire et ses deux enfants s’installent dans la maison paumée du grand-père (feu Egon Spengler), pour y découvrir que le chasseur de fantômes ne s’était pas coupé du monde par hasard… La transmission intergénérationnelle, il ne sera question que de ça dans ce curieux objet à genoux devant la franchise sacrée du padre, néanmoins en lutte permanente pour son indépendance.

François Léger
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Le Pouvoir du chien

C’est peut-être Julia Ducournau qui en parle le mieux.

Pierre Lunn
Le diable n'existe pas affiche
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Le Diable n'existe pas

C'était le meilleur film de l'année 2020, avant son report en fin d'année suivante pour cause de pandémie. Un an plus tard, Le Ddiable n'existe pas boxe toujours dans la catégorie poids (très, mais alors très) lourds : un film à sketches composé de quatre histoires, de quatre purs thrillers -allant du drama familial et rural hardcore à un audacieux plongeon en prison à la John Carpenter- qui, ensemble aussi bien que séparément, mettent au tapis en termes de cinéma et de colère à peu près toute la pauvre concurrence.

Sylvestre Picard
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Slam

Le cinéaste indien Partho Sen-Gupta, né Mumbaï est passé par la Femis à Paris au début des années 2000 avant de s’installer en Australie. Slam est son troisième long-métrage (on l’avait découvert en 2016 avec Sunrise). Il raconte, dans la périphérie de Sydney, l’étrange disparition d’une jeune musulmane dont tout porte à croire qu’elle aurait rejoint une organisation terroriste. Devant le déchaînement médiatique, son frère est obligé de sortir de son confort peut-bourgeois pour essayer de retrouver celle dont il n’imagine pas une seconde la dérive radicale.

Thomas Baurez
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Le Calendrier

Après Dead man talking, son premier long savoureux d’humour noir nommé aux César, Patrick Ridremont s’aventure dans un film qu’on pourrait croire étiqueté Blumhouse, autour d’une jeune paraplégique recevant en cadeau un calendrier de l’Avent dont chaque « friandise » va révéler son lot d’étrangeté terrifiante pour former un singulier pacte faustien. Cette mécanique à la Saw se révèle indéniablement efficace, avec cette idée maline de reconfier les clés de son destin à son héroïne qui pensait les avoir perdus à jamais dans un accident.

Thierry Chèze
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Animal

La Terre est foutue. Pour de bon. Si on s'en tient à ses vingt premières minutes, c'est le constat fait par Animal, le nouveau documentaire de Cyril Dion (qui a pu être concrétisé grâce à un financement participatif) qui dresse un constat sans appel de l'état de notre planète, ravagée par un cycle irrémédiable de catastrophes écologiques et sociales dont nous sommes bel et bien les seuls responsables. Pas très optimiste, tout ça.

Sylvestre Picard
La pièce rapportée affiche
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La Pièce rapportée

Imaginez le Mocky de la grande époque s’attaquant à une variation moderne de Madame Bovary de Flaubert et vous aurez une petite idée de ce qui vous attend avec le troisième long métrage d’Antonin Peretjatko, librement adapté – une première pour lui ! – d’Il faut un héritier, une nouvelle de Noëlle Renaude. Oubliée la relative déception causée par La Loi de la jungle. On s’inscrit ici plus dans La Fille du 14 juillet qui l’a révélé.

Thierry Chèze
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Les Choses humaines

Prix Interallié et Goncourt des lycéens 2019, Karine Tuil s’est brillamment emparée avec Les Choses humaines de la question de consentement, devenue centrale dans la foulée du mouvement #Metoo. 352 pages n’étaient pas de trop pour embrasser toute la complexité du sujet et y distiller de l’ambiguïté. On comprend donc aisément ce qui a donné à Yvan Attal, l’envie de le porter à l’écran et de retrouver le terrain du sociétal après Le Brio.

Thierry Chèze
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La Méthode Williams

Comme parfois dans le sport, le problème de La Méthode Williams, c’est le coach. Ou plutôt Will Smith. Grimaçant, larmoyant, geignant : la star prend toute la lumière et n’arrive jamais à rendre la folle complexité du père Williams. Ce génie tour à tour parano, mégalo, mytho et possessif, avait su devenir un héros de la communauté noire non seulement en forgeant deux icônes internationales du tennis, mais aussi en assurant la success-story d'une famille issue de Compton.

Gael Golhen
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Ailleurs, partout

C’est en rencontrant en Grèce en 2016 Shahin, un jeune réfugié iranien de 20 ans puis en le retrouvant un an et demi plus tard alors qu’il avait réussi à rejoindre l’Angleterre qu’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter, frappées par sa métamorphose, ont eu l’idée de ce documentaire. Le jeune homme plein d’espoirs était en effet devenu éteint et miné par une colère sourde une fois ce qu’elles pensaient être son but éteint.

Thierry Chèze
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Maman pleut des cordes

Avant d'arriver à Maman pleut des cordes, il faudra être un peu patient : trois courts-métrages sont au programme de cette mini-sélection organisée par les Films du préau. Le superbe Le Monde de Dalia (la belle odyssée muette d'une petite fille-plante), l'intrigant Tout sur maman (un curieux conte russe en noir et blanc dans un univers africain), l'amusant Le Réveillon des babouchkas (un fiévreux soir de Noël chez Grand-mère et ses copines en Russie)...

Sylvestre Picard
La Fièvre de Petrov : affiche française
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La fièvre de Petrov

A la veille du Nouvel An et alors qu’une sale grippe se propage, quelques jours de la vie de Petrov, garagiste et auteur de BD amateur, de sa femme Petrova et de leur fils. Si tout paraît sur le papier relativement simple, Serebrennikov s’emploie d’emblée à tout dynamiter. Petrov est fiévreux et bourré, et les scènes de rêves viennent progressivement ronger le déroulement de sa journée banale.

Gael Golhen
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Madres paralelas

Où aller après Douleur et Gloire, le torrent de louanges qui l’a accueilli et le sentiment, unanimement partagé, que son auteur était parvenu à un sommet ? Comme son alter ego incarné par Antonio Banderas, Almodóvar aurait pu rester claquemuré chez lui, à décliner ses architectures baroques à l’infini, dans le confort de son appartement-musée. Mais Madres Paralelas montre clairement qu’il refuse de s’endormir sur ses lauriers.

Frédéric Foubert
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Ziyara

En 1948, environ 300 000 Juifs vivaient encore au Maroc. S'ils sont aujourd'hui presque tous partis, leurs fantômes sont encore bien présents. Avec Ziyara (la visite aux saints, pratique commune aux juifs et aux musulmans) Simone Bitton (Mur) revient sur ses terres natales, quittées à l'âge de 11 ans, pour rencontrer les gardiens musulmans de sa mémoire juive et tenter de retisser un lien.

François Léger
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Les aventures d'un mathématicien

Pour son premier long, Thorsten Klein revient sur le Projet Manhattan - qui, de 1942 à 1946, a conduit à la production de la première bombe atomique – en adaptant l’autobiographie de Stanislaw Ulam, un mathématicien juif polonais qui y avait participé. Mais cette plongée dans le cœur du réacteur se révèle bien laborieuse.

Thierry Chèze
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Encanto : La fantastique famille Madrigal

Quand le château de Disney est apparu, on a été pris d’une légère appréhension… Ca faisait un petit moment que la magie de l’oncle Walt ne fonctionnait plus tout à fait correctement. Raya, dernier animé sorti du studio, était visuellement impressionnant, mais n’avait pas réussi à dessiner une histoire à la hauteur de ses visions épiques et world. Et ce n’est pas le trailer d’Encanto qui nous avait rassuré : la musique colombienne ne faisait pas rêver et les personnages n’avaient pas grand chose à vendre…

Pierre Lunn
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House of Gucci

It’s all bullshit", en fait. La noble généalogie de la famille Gucci, la fortune fondée sur des sacs en cuir de luxe alors qu’en réalité ce sont les imitations chinoises les plus profitables : bullshit. "La qualité, c’est pour les riches", commente l’oncle Aldo Gucci (Al Pacino) face aux copies made in China. L’art, ou bien une vaste escroquerie menée par de vieux croulants : c’est là l’idée la plus fascinante, et la plus convaincante, du nouveau Ridley Scott.

Sylvestre Picard
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Suprêmes

L’archive de François Mitterrand qui ouvre Suprêmes, où le Président s’interroge sur l’état des banlieues françaises, offre un cadre socio-politique assez puissant au biopic de NTM. L’espace d’un instant, on se prend à fantasmer une fresque grand style, qui raconterait comment la musique de Kool Shen et Joey Starr a réveillé un pays endormi puis accompagné ses mutations.

Frédéric Foubert