DR

>>> Notre dossier 40 ans de blockbusters

Tom Cruise était déjà une star avant l’été 86, mais c’est Top Gun qui fait de lui une icône. Dans les mois qui suivent la sortie du film, si les candidatures à la Navy et à l’US Air Force se mettent soudainement à grimper en flèche, c’est parce que tous les gosses d’Amérique veulent ressembler à Maverick, le pilote tête brûlée de la Fighter Weapons School. Trois ans avant, c’étaient les mêmes qui étaient tous allés s’acheter une paire de Ray-Ban Wayfarer en sortant de Risky Business. Pour l’acteur, le film sera encore plus qu’un marchepied vers la gloire : un manifeste. Un étendard. On retrouvera des échos de Maverick dans presque tous ses personnages futurs : le pilote de Jours de Tonnerre (Top Gun avec des voitures), le barman de Cocktail (Top Gun dans un bar), Ethan Hunt, Jerry Maguire… Et le public finira par le confondre avec ce personnage de jeune loup reaganien aux dents longues (et très blanches), un type uniquement drivé par la performance et l’excellence. Pour l’intéressé, c’est un peu plus complexe que ça, comme il l’expliquera génialement un jour au détour d’une interview : "Les gens me disent : vous êtes juste une star dans Top Gun. Mais j’ai toujours pensé que j’étais un acteur jouant un personnage qui se prend pour une star." Une synthèse parfaite de sa carrière.

>>> Le blockbuster : 40 ans toujours costaud

Si Top Gun est un manifeste, c’est bien sûr aussi celui de son duo de producteurs, les amusants Don Simpson et Jerry Bruckheimer. A ce moment-là, les deux associés avaient déjà explosé le box-office et redéfini les règles du business avec Flashdance et Le Flic de Beverly Hills, mais Top Gun (n°1 de l’année 1986, 356 millions de dollars de recettes à l’arrivée) est le concentré idéal de leurs ambitions : pitch "high concept" compréhensible en une fraction de seconde ("C’est Star Wars sur Terre", disait Bruckheimer à l’époque), exaltation de l’ado pré-pubère qui sommeille en chaque spectateur mâle, rock FM et pop sirupeuse en bande-son (le Take My Breath Away de Berlin, composé par Giorgio Moroder, Oscar de la meilleur chanson), script au ras des pâquerettes et pur orgasme visuel à l’arrivée… Le film scelle surtout leur rencontre avec l’homme qui saura mieux qu’aucun autre mettre en scène leurs fantasmes, Tony Scott. Le frangin de Ridley n’avait pourtant alors qu’un seul long sur son CV, un film de vampires certes somptueux (Les Prédateurs) mais qui avait méchamment bidé. Pas grave : Don et Jerry étaient fans d’une pub que Tony avait tourné pour Saab, où une bagnole faisait la course avec un avion de chasse. Scott raconte : "Au début, je pensais faire Apocalypse Now sur un porte-avion, un truc viscéral et implacable. Mais j’avais rien compris ! Ce que Simpson et Bruckheimer voulaient, c’était du cinéma pop-corn. Un soir, j’ai eu un flash : ces pilotes d’élite, c’étaient les rock stars du ciel. C’est comme ça qu’il fallait les filmer. On a tourné au premier degré, sans chercher à intellectualiser quoi que ce soit". Scott étudie néanmoins de près les photos arty du photographe Bruce Weber, injectant un soupçon de trouble homo-érotique dans les scènes de vestiaire et de beach-volley (traumatisant Tarantino au passage). On transpire beaucoup dans ce film. Simpson et Bruckheimer lui refileront les clés de la boutique sur Le Flic de Beverly Hills 2, Jours de Tonnerre et USS Alabama, avant de mettre le pied à l’étrier à son fils spirituel, Michael Bay, avec Bad Boys et Rock.

>>> 40 ans de blockbusters hollywoodiens : Flashdance (1983)

Et Tom Cruise, bien sûr, passa tout le tournage à bosser comme un damné… Avant même de signer pour le film, il tanne Simpson et Bruckheimer pour peaufiner le script et étoffer le background de Maverick, inventant notamment l’histoire du papa disparu au Vietnam - les pères absents, mauvais ou défaillants deviendront l’un des thèmes majeurs de la filmo de l’acteur en écho à sa vie privée. Il s’entraîne des semaines durant à l’école de pilotage de l’Aéronavale américaine (dont le film offre un reflet fantasmé), où on lui serine des trucs comme : "Il n’y a que quatre métiers digne d’un homme : acteur, rock star, pilote de chasse et président des Etats-Unis." Bruckheimer s’énerve quand Cruise, un jeune homme très matinal, lui téléphone à 4 heures du matin pour proposer de nouvelles lignes de dialogue. Simpson tranche : "Ce petit ira loin".

>>> 40 ans de blockbusters hollywoodiens : Retour vers le futur (1985)

29 ans plus tard, la dope a tué Don Simpson (en janvier 1996), Tony Scott s’est jeté d’un pont (en août 2012), et Val Kilmer n’a plus vraiment la silhouette d’un pilote d’élite. Cruise, lui, s’accroche à la carlingue d’un A400 en train de décoller dans Mission : Impossible - Rogue Nation, son nouveau hit annoncé, et continue de promettre au monde un hypothétique Top Gun 2. "I feel the need. The need for speed"… Ça fait longtemps, oui, que le credo de Maverick est devenu le sien.

Frédéric Foubert

Bande-annonce de Top Gun :