Titre original Loro
Date de sortie 31 octobre 2018
Durée 151 mn
Réalisé par Paolo Sorrentino
Avec Toni Servillo , Riccardo Scamarcio , Kasia Smutniak
Scénariste(s) Paolo Sorrentino, Umberto Contarello
Distributeur Pathé Distribution
Année de production 2018
Pays de production Italie, France
Genre Biographie
Couleur Couleur

Synopsis

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme. Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

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Le Guide des Sorties du 31-10-18

Ce qu’il faut voir cette semaine.

Silvio et les autres : Forza Sorrentino ! [Critique]

Paolo Sorrentino fait le portrait de Silvio Berlusconi dans un film aussi envoûtant que vénéneux. Gros gros choc.

Photos de Silvio et les Autres

Casting de Silvio et les Autres

Toni Servillo
Silvio Berlusconi

Critiques de Silvio et les Autres

  1. Première
    par Gael Golhen

    Commençons par là : Silvio et les autres est l’anti-Caïman. En 2006, alors que le Cavaliere était politiquement ruiné, Moretti dépouillait le bouffon de sa faconde, de son cabotinage, et dénonçait la froide mécanique de sa tyrannie. Dans une stylisation orwellienne (sobre, clinique, en colère) la dernière partie de son film, carnage total, faisait littéralement froid dans le dos. 12 ans plus tard Sorrentino s’empare de « tête d’asphalte » au moment même où le pays sombre dans un populisme rance rappelant le pire de ses années de pouvoir. Mais l’ambition du cinéaste n’est pas la même. L’idée n’est pas de dépouiller le prince de ses attributs ni de s’interroger sur la régulière production de toxines fascistes par le peuple italien. Comme le dit le titre français, Sorrentino préfère s’attaquer au portrait d’un homme haï et redouté de tous à travers son regard et celui des autres. Une œuvre fractale, un puzzle mental, qui passe notamment par la vision d’un petit proxénète remontant les arcanes du pouvoir (extraordinaire Riccardo Scarmaccio), d’une femme qui l’a aimé mais se sait délaissée, d’un consiglieremuet et plus que flippant ainsi que de tous ses courtisans venimeux. Tous les marqueurs du cinéma sorrentinien sont bien là (rutilance stylistique, séquences musicales démentes, luxe aussi vide que voluptueux), mais la focale a changé. Si Sorrentino jusqu’à Young Pope tissait des introspections mélancoliques, son Silvio est d’abord un dédale de digressions et de vignettes fulgurantes qui passent d’un point de vue à l’autre, organisant un immense canevas pointilliste, une charade sensorielle traversée de moments de solitude dandy et d’interrogations mélancoliques. On passe de bacchanales tristes à des promenades nocturnes, de conférences de presse surchauffées à des tractations politiques dans des villas pour découvrir par bribes, progressivement, les travers, les névroses, la tristesse et les folies de ce petit homme.

    Tour d’ivoire
    Plus que l’homme ou le politique, ce qui l’intéresse c’est ce qu’il représente : Berlusconi c’est l’incarnation totale de l’Italie monstrueuse que le cinéaste chronique depuis ses débuts. Naturellement Silvio synthétise donc tout son cinéma pour le porter à incandescence : la laideur morale de L’Ami de la famille, le dandysme de La Grande Bellezza, la cruauté politique d’Il Divo et les symboles de Young Pope. Jusqu’à reprendre le thème, shakespearien, de son œuvre entière : l’enfermement dans des tours d’ivoires qu’on construit soi-même et d’où l’on contemple, stupéfait, tout ce qu’on a laissé à l’extérieur. Le monde réel comme ses illusions. Le Berlusconi de Sorrentino rappelle Jep Gambardella ou Lenny Belardo - le pape Pie XIII - ces types qui évoluent dans des cloitres gigantesques (Rome, le Vatican), peuplés de vieillards souffreteux, de femmes sublimes et d’inconnus inaccessibles. Mais il en serait le cousin abâtardi, qui ne parvient jamais à sa Rédemption.

    Requiem
    Et la politique dans tout ça ? D’abord il y a des moments où le cinéaste pose sa morale de manière affirmée (extraordinaire scène d’appel téléphonique qui dit clairement que Silvio B. ne fut jamais rien d’autre qu’un « vendeur »). Ensuite, il ne faudrait pas oublier que si Sorrentino s’est imposé comme le plus récent rejeton de Fellini c’est aussi l’héritier d’Elio Petri dont il a gardé cette manière d’imaginer que le lien entre politique et cinéma reste d’abord la modernité. Et Silvio et les autres est bien un morceau de cinéma ultra-moderne. Mais il y a surtout ce plan final (dont on préfère laisser la surprise), incroyable requiem final, où Sorrentino regarde l’Italie et ses victimes dans les yeux. Rien que pour cette scène-là, Silvio et les autres est peut-être l’un des plus beaux et des plus déchirants films du cinéaste.