Toutes les critiques de Le Crime Farpait

Les critiques de la Presse

  1. Fluctuat

    Satire grossière d'un consumérisme cliché, éloge de la laideur contre la laideur, Le Crime Farpait enchaîne situations vaines et ennuyeuses sans jamais trouver le ton ni le rythme.
    Alex de la Iglesia est un cinéaste du « coup de coude » dans les côtes, quelqu'un qui vous fait de grandes tapes dans le dos, très amicales, débordantes de fraternité. C'est également un cinéaste de la connivence, du clin d'oeil (énorme), qui vous fait rentrer dans ses films en vous donnant toutes les clés. Pour preuve son précédent film, 800 Balles, hommage cheap et ému au western italien, parodie gentiment post moderne déguisée en déclaration d'amour du genre, où l'on jouait aux cow boy pour de faux dans les décors réels et sublimés du cinéma.Aujourd'hui, Alex de la Iglesia s'attaque à un autre genre : la comédie noire avec cadavre dans la placard ou, plutôt, dans la cabine d'essayage. Tout commence dans un décor blanc et épuré où deux types jouent au vendeur et au client. Ils sont rapidement interrompus par un metteur en scène, sorte d'expert en la matière, affirmant avoir eu un modèle capable de vendre n'importe quoi : Rafael Gonzales. La devise de Rafael est « tout ce que tu veux tu peux l'obtenir ». Femmes, vêtements, voitures... Rafael à la classe, il est obsédé par son apparence et l'argent, il s'agit donc d'un individu profondément superficiel. Il règne en roitelet sur le rayon femmes d'un centre commercial avec pour seul rival le gérant du rayon hommes, tous deux convoitant jalousement la place de directeur.On comprend très vite que cette introduction faite face caméra, où Rafael étale son domaine, ses biens, ses convoitises, ses femmes, sa beauté, son arrogance, sert de pivot à Iglesia pour entreprendre une entreprise de démolition de son personnage, ainsi que de son environnement. Un travail qui par delà l'enchaînement des situations et des gags se voudrait aussi une critique acerbe des canons plastiques de notre modernité, voire de nos modes de vie consuméristes. Seulement, la subversion et le commentaire s'arrêtent ici à un discours se résumant à l'utilisation du cliché contre le cliché : Iglesia ne fait qu'opposer la laideur de l'autre (la femme complice du meurtre commis par hasard par Rafael, une complicité forcée, sorte de piège par amour entraînant un chantage) à l'idée publicitaire de la beauté.Contrairement aux frères Farrelly, chez qui la laideur, les malformations, le handicapé, l'anormalité, révèlent un véritable amour du freaks, une sorte d'élan humaniste foncièrement généreux et joyeux invitant à la communion entre êtres dissemblables, Iglesia ne sort jamais la laideur de la laideur. Au contraire, il fait l'éloge de la laideur pour elle-même, sans en révéler la beauté, comme s'il s'entêtait à ne pas comprendre que le cinéma c'est simplement une femme et une caméra(*). Pire, il définit le laid comme laid à partir des mêmes critères qu'il condamne. Et ce n'est pas la victoire finale du laid qui change le point de vue, puisque au contraire le laid reste laid et invite à rire grassement d'un défilé de disproportions physiques.Iglesia cherche donc à écrire et filmer un conte moral, hystérique et explosif, où l'écoeurement contre la normalité de Rafael serait propice à toujours plus d'humiliation. Seulement toute cette normalité reste constamment définie comme un carnaval des horreurs. En voulant réaliser un théâtre de la cruauté où chacun serait finalement mis dos à dos, Iglesia ne réussit qu'à provoquer lassitude et ennui. Toute sa générosité, ses grandes tapes dans le dos finissent par devenir fatigantes. En effet, derrière le côté corrosif nul du discours et l'explosion progressive du décor et du personnage (parfois réussi), Le Crime Farpait ne montre qu'un ballet où les préjugés enchaînent les situations prévisibles et éculées, aberrantes de normalité et de banalité.(*) Les fans de Fuller comprendront cette référence légèrement détournée (note de l'éditeur)Le Crime farpait
    Un film d'Alex de la Iglesia
    Espagne/Italie 2004
    Durée : 1h44
    Avec Guillermo de Toledo, Monica Cervera, Luis Varela, Fernando Tejero…[Illustrations : Le Crime farpait. Photos © La Fabrique de Films]
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