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Jean Dujardin réalise une performance d'acteur indéniable dans le film de la semaine The Artist. Alors on a tout dit sur Jean Dujardin. Mais face au grand écran où les images en noir et blanc défilent, on ne dit plus rien. Et devant ce Loulou dont il ne sort aucun son de la bouche, ce n'est pas un bond dans les années 20 seulement que l'on fait. Mais aussi un retour en arrière de 15 ans. Face au petit écran cette fois, quand on regardait une graine d'artiste. Les petits souvenirs...Moulé dans son pantalon de costume noir, Jean Dujardin présenté par Laurent Boyer, interprète un sketch qui se déroule au restaurant, dans la peau d'un serveur. Moment anodin dans l'émission Graines de Stars, sauf que. Le hasard, ou certainement le talent, a fait que cette image est restée. Ce jeune brun attire le regard, l'attention, il fait rire. C'est ma première rencontre avec Jean Dujardin, un soir devant ma télé il y a 14 ans. Quatorze ans plus tard, je fais face à un acteur d'une maturité absolue, autant dans les traits que dans ce rôle qu'il incarne et qui lui colle à la peau. Un rôle sous forme de défi, dont Robert de Niro a dit dans les couloirs du Palais du Festival de Cannes que jamais, lui, ne s'y serait frotté. L'Artiste s'est révélé.Et cette ascension à la fois méritée et troublante ne peut que nous plonger dans des souvenirs d'une autre époque. Qui finalement moins loin dans le temps nous semble plus lointaine que le décor des années 20. Parce que Jean Dujardin c'est aussi le trublion de Nous C Nous, trio de choc de la fin des années 90, parodiant les boys bands de l'époque sur un hymne qui a bercé tous les centres aérés dignes de ce nom. Chorégraphie et paroles de haut vol, apprises par coeur et travaillées d'arrache-pied par tous les animateurs de colos. "Si tu lèves les mains au ciel pense à caresser les hirondelles, elles te donneront leurs ailes, là haut dans le bleu pastel fais gaffe de pas percuter un gratte-ciel." Moment difficile dans la piscine. Jean Dujardin c'est lui aussi.Jean Dujardin c'est aussi ce sympathique mec dans lequel Jules, avachi dans le canapé la télécommande à la main ne veut pas se reconnaître alors qu'il est totalement son double, préférant asséner des "Ah tu vois tu es la même, Chouchou c'est exactement toi". Pour peu qu'on s'appelle Alexandra... Jean Dujardin c'est lui, c'est Loulou d'Un Gars Une Fille. Une fiction aux allures de réalité : celle de ceux qui la regardent puis très vite aussi celle de ceux qui la jouent. Couple à l'écran comme à la ville, Alexandra Lamy et Jean Dujardin incarnent le couple people familier par excellence. Jean Dujardin lui c'est moi et toi c'est nous.Alors on fera fi des années Brice de Nice et des OSS117 où, on l'avoue à ce jour on avait personnellement un peu perdu la trace de Jean, ou plutôt elle nous suivait trop. Au bout de longues années où dès qu'une vanne était lancée dans une soirée, un systématique "CA-SSéE" retentissait, une distance a été mise entre Jean et moi. C'était certainement pour mieux se retrouver. Alors qu'on égraine les petits souvenirs avec Dujardin comme sa bande de potes dans Les Petits Mouchoirs, c'est finalement ce don d'être "celui qu'on aime tous" qui transparaît. Celui auquel, nous spectateur, on ne fait que penser, encore plus intensément que les autres personnages, dans le film de Guillaume Canet. Celui qui a réussi à brouiller les pistes, à les rassembler en gardant une ligne de conduite : celle d'être lui-même avec ces multiples facettes et rôles, assumés et appréciés. Une force manifestement. Jean Dujardin lui c'est lui.Alexandra ApikianFollow @alexandrapikian Toutes les chroniques du jeudi iciLa dernière chronique du jeudi : Steve Jobs, comment je suis tombée dans l'iRIP