Marion Cotillard dans Inception
Warner Bros

Voilà dix ans presque jour pour jour, sortait Inception. Marion Cotillard se confiait alors sur sa première collaboration avec Christopher Nolan. Flashback.

Avant de travailler avec Christopher Nolan, quel regard de spectatrice aviez- vous sur lui ?
Marion Cotillard :
Son travail me fascine même si je ne comprends pas tout. Sa singularité est telle que je me laisse porter à chaque fois. Par exemple, en grande fan de Tim Burton et de ses Batman, il m'était a priori impossible d'apprécier un Batman réalisé par un autre que lui. Mais le Batman Begins de Christopher m’a littéralement bluffée ! Car il transcende le film de superhéros : il respecte le mythe tout en s'en emparant avec style. Cela résume parfaitement ce qu’est son cinéma pour moi.

Comment s’est déroulée votre première rencontre pour Inception ?
Elle a eu lieu à Paris. Je ne savais alors absolument rien du film. Ce jour- là, il m'a juste indiqué que mon personnage, Mal, recelait de multiples facettes et tenait un rôle essentiel dans la vie de celui de Leonardo DiCaprio. Mais il n'a pas souhaité rentrer dans les détails pour me laisser découvrir le film en losant scénario qu’il m’a donné à la fin du rendez- vous. Et il a eu raison: Inception n'est pas un film dont on raconte l'histoire puisque chacun va en avoir une interprétation différente. On a d'ailleurs passé ce rendez-vous à parler... de nos rêves nocturnes, thématique importante d'Inception. Or, ce monde mystérieux et impalpable me fascine. J'ai évoqué avec Christopher le fait que j'essayais de les contrôler quand je me retrouvais dans une situation dangereuse... Cela me rend toujours triste de rencontrer des gens qui ne se souviennent jamais de leurs rêves. Moi, c'est l'inverse. Il m'est même arrivé de rêver de la même chose chaque nuit pendant quatre mois. Ça me rendait folle et insomniaque à force d'essayer par tous les moyens de ne pas replonger dans le même cauchemar.

Ca peut paraître étrange de parler de choses aussi intimes que de ses rêves à un premier rendez-vous avec un "inconnu"…
Je le conçois totalement ! (rires) Mais ma timidité provoque, chez moi, naturellement, une sensibilité de communication particulière avec certaines personnes, dont Christopher fait partie. Échanger sur ce sujet provoque cependant un sentiment étrange, puisqu'on raconte à la fois quelque chose de très intime et de très détaché de soi. On apprend beaucoup d'une personne en connaissant ses rêves nocturnes... mais on peut aussi aisément brouiller les pistes !

Une fois définitivement choisie pour incarner Mal, comment avez-vous construit votre personnage ?
J’ai commencé par discuter avec Christopher de ce qui ne m'apparaissait pas très clair dans cette histoire. On a en effet commencé à travailler sur une version non définitive du scénario. Or, comme celui-ci part dans tout un tas de directions différentes, il suscite énormément d'interprétations. Il fallait donc qu'on s'accorde sur une, commune, pour être certains de faire, tous, le même film. Cette discussion est très simple car Christopher est à la fois accessible et précis dans ses réponses. Il n'est pas enfermé dans son monde. Cette phase en amont a été essentielle.

Et si vous n’aviez qu’une image à retenir de ce tournage, quelle serait- elle ?
Jouer sur fond vert me rend mal à l'aise et me fait douter. Mais comme je savais que je pouvais faire confiance à Christopher, j'ai pu m'abandonner à sa vision. C'était surtout frappant ce jour où il a décidé de rajouter des scènes écrites le matin même. On sortait de notre travail préparatoire, je n'avais plus toutes les clés pour le comprendre mais il m'a suffi de le suivre. Malgré les moments de panique que ça peut susciter chez moi, je n'aime rien tant qu'être embarquée par quelqu'un situé dans un univers éloigné du mien.

Tenet, de Christopher Nolan, sera dans les salles le 12 août prochain.